mercredi 27 avril 2011

Sabino et la lutte pour la répartition des terres

Le cacique yukpa Sabino Romero lors d'un débat
à l'Université centrale du Venezuela. (Ph: Seb)


Arrêté en 2009 après des affrontements ayant coûté la vie à deux personnes, le cacique indigène vénézuélien Sabino Romero dénonce un procès tronqué avec, en trame de fond, la démarcation des terres ancestrales riches en ressources naturelles.


La lutte pour la terre dans les montagnes de Perijá remonte aux années 1930, lorsque les éleveurs de bétail (ganaderos) commencèrent à s'approprier les territoires historiquement occupés par les peuples indigènes de la zone, parmi lesquels les Yukpas. Par la suite, l'exploitation des mines de charbon par les multinationales fut également un facteur de déplacement de ces populations.

Sabino Romero, cacique d'une des communautés yukpas de la Sierra de Perijá (dans l'Etat de Zulia, à l'ouest du Venezuela), bataille depuis près de 30 ans pour la récupération de ces territoires ancestraux. En 2007, son père était assassiné par des sicarios (tueurs à gage).


Un décret présidentiel qui limite la participation des peuples

Lors des affrontements d'octobre 2009, Sabino lui-même figurait parmi les blessés. Il fut ensuite arrêté et accusé d'homicide. Le second cacique, Alexander Fernández, y perdit sa femme enceinte. Il fut lui aussi arrêté. Il dénonce aujourd'hui les mauvais traitements endurés: coups et sac sur la tête pour l'obliger à témoigner contre Sabino en échange de sa liberté. Mais Alexander n'a jamais plié. Depuis le 15 mars, tous deux jouissent de liberté conditionnelle mais le procès se poursuit. "Lors des audiences nous avons systématiquement dénoncé l'absence d'un procès équitable. Les 97 “preuves” présentent toutes des vices de procédure", explique Leonel Galindo, avocat volontaire qui défend la cause des Yukpas.

Les médias locaux ont tenté de présenter l'affaire comme une simple querelle entre familles indigènes. Mais les enjeux sont tout autres: il s'agit de la continuité du processus de démarcation des terres (et des intérêts financiers en jeu pour les ganaderos). Sabino en est l'un des plus fervents défenseurs, ayant rejeté tout "arrangement" favorable à ces derniers et refusant également de se plier aux discours et recommandations officielles. Car, si les populations indigènes ont vu leurs droits, langues et cultures officiellement reconnus par la Constitution de 1999, ainsi que par la Loi des Peuples et Communautés indigènes de 2005, leurs dispositions restent encore trop souvent lettres mortes. Aujourd'hui, Sabino profite de sa liberté pour dénoncer le lourd silence qu'ont par exemple maintenu les médias officiels envers la cause des Yukpas. Il dénonce également les prises de position de la ministre des Peuples indigènes, Nicia Maldonado.


Le jour même de sa libération, les organisations indigènes de l'Amazonie vénézuélienne (à l'autre extrême géographique du pays) se prononçaient elles aussi pour exiger une révision du processus de démarcation, qu'elles estiment confisqué par les autorités. Elles signalent ainsi que le décret présidentiel de novembre 2010, qui modifie les conditions de démarcation, "limite la participation directe des peuples et organisations indigènes". Elles dénoncent aussi la ministre Maldonado qu'elles accusent de "promouvoir la division, l'affrontement et de délégitimer les peuples indigènes et leurs organisations, compliquant de la sorte le processus de démarcation dans différentes régions du pays".



Article publié dans la rubrique "Vu d'Amérique" du bimensuel suisse L’Anticapitaliste n° 44, le 31 mars 2011.

mercredi 23 mars 2011

Le Venezuela suspend son projet de centrale

NUCLÉAIRE - La catastrophe de Fukushima remet en cause le développement nucléaire avec Moscou.

Le président Hugo Chávez a annoncé mardi dernier avoir "donné l'ordre de geler les plans et les études préliminaires" du programme nucléaire pacifique vénézuélien. "Ce qui s'est passé ces dernières heures est quelque chose d'extrêmement dangereux pour le monde entier. Et malgré la grande technologie et les avancées du Japon en la matière, regardez ce qui se passe avec certains réacteurs nucléaires. Et on ne connaît pas encore la portée du problème...", a-t-il déclaré lors d'une rencontre au Palais présidentiel avec des investisseurs chinois.

En octobre 2010, durant une visite à Moscou, Hugo Chávez avait officialisé un accord avec son homologue russe Dimitri Medvedev pour la construction de la première centrale nucléaire au Venezuela. Projet qui avait alors "inquiété" Washington. Mais la crise japonaise semble avoir refroidi les ambitions vénézuéliennes, présentées à l'époque comme une avancée vers l'indépendance technologique et énergétique. "Je n'ai pas le moindre doute que cela va modifier très fortement les projets de développement de l'énergie nucléaire dans le monde", a estimé le président vénézuélien.

Paolo Traversa, chef du programme "P Gamma" de l'Institut vénézuélien de recherches scientifiques (IVIC), estime que c'est une bonne décision: "La situation dramatique du Japon doit être prise en compte. Si on veut continuer à utiliser l'énergie nucléaire dans le monde, il va falloir revoir les plans des futures installations. En ce qui concerne le Venezuela, nous n'avons pas de centrale nucléaire. Ce que nous devons faire maintenant c'est développer et diversifier nos sources d'énergie. Nous avons de grandes réserves de gaz et des zones ou il y a du vent en permanence, nous pourrions y développer des parcs éoliens".

Selon les déclarations du ministre de l'Energie, Alí Rodríguez Araque, lors d'une comparution devant le Parlement le 17 février, la région de la Guajira vénézuélienne disposerait d'une capacité de génération d'énergie éolienne équivalente à 10 000 mégawatts, alors que le projet nucléaire avec Moscou aurait quant à lui dû atteindre les 4000 MW au cours des dix prochaines années. Cependant, le seul projet éolien actuellement en construction, dans la péninsule de Paraguaná (qui devrait apporter 100 MW), n'est toujours pas entré en fonctionnement. La première pierre du chantier a été posée en novembre 2006 par le président Chávez et l'inauguration était alors prévue pour l'année suivante.

Enfin, le président colombien Juan Manuel Santos a lui aussi salué "le geste d'opportune précaution" de son voisin vénézuélien. "Nous ne devons pas seulement nous préparer à affronter le changement climatique, nous devons aussi nous concentrer sur la prévention d'autres catastrophes que l'action de l'homme, de par sa course à la technologie, peut occasionner", a-t-il déclaré.



Article publié dans le quotidien suisse Le Courrier le 22 mars 2011.

lundi 14 mars 2011

Réveil vénézuélien

Tournage au Venezuela du film "El chico que miente" de Marité Ugás.
(Ph: SUDACA FILMS)

CINÉMA - Au Venezuela, la production nationale commence à gagner sa place auprès du public avec, en coulisses, une politique de soutien aux talents locaux. La sélection du film "El chico que miente" dans la compétition du dernier Festival de Berlin témoigne de cette renaissance.

Le film El chico que miente (Le garçon qui ment) raconte l'histoire d'un adolescent de 13 ans qui a perdu sa mère lors des tragiques inondations dans l'Etat de Vargas, en 1999. Dix ans plus tard, persuadé qu'elle est toujours en vie, il décide de partir à sa recherche le long des côtes du Venezuela. Réalisé par la Péruvienne Marité Ugás, mais écrit et produit par la Vénézuélienne Mariana Rondón, ce road movie sélectionné en compétition au dernier Festival de Berlin participe de ce qu'on pourrait appeler la renaissance du cinéma vénézuélien.

"Après avoir été un genre en soi, notre cinéma commence à se diversifier. On produit maintenant des films historiques, des comédies romantiques, etc. Ce qui ouvre un grand nombre de possibilités", explique Mariana Rondón. Scénariste et productrice d'El chico que miente, elle a par ailleurs réalisé Cartes postales de Leningrad, primé au festival Biarritz Amérique latine en 2007.

Lors du tournage de ce film, en 2003, les structures publiques d'aide à la production n'existaient pas encore. "A l'époque, il n'y avait pas d'argent. Je dirais qu'il a fallu attendre 2007 pour voir arriver des subventions au cinéma".

C'est effectivement en 2006 qu'a été créée la Villa del Cine, une maison de production 100 % publique. La même année naissait aussi Amazonia Films, fondation de l'Etat destinée à la diffusion des oeuvres cinématographiques. C'est encore en 2006 qu'a vu le jour le Fonds de promotion et de financement du cinéma (Fonprocine), administré par le Centre national autonome de cinématographie (CNAC), institution qui existe, elle, depuis 1994.

Investissements publics

L'effort commence à porter ses fruits et les chiffres en témoignent: 50 longs métrages ont été produits au Venezuela entre 1993 et 2005, puis 75 au cours des cinq années suivantes. Et d'après Mariana Rondón, la tendance devrait se confirmer en profitant d'un phénomène intéressant: "Beaucoup de cinéastes qui ont étudié ou qui vivaient à l'étranger reviennent maintenant au Venezuela. Le CNAC vient d'ouvrir les candidatures pour l'année en cours et ils sont tous ici en train de déposer leurs projets".

La réforme de la Loi sur le cinéma en 2005 constitue un autre instrument décisif de cette renaissance. Elle a permis entre autres la création du Fonprocine et oblige les salles à distribuer les films nationaux durant deux semaines au moins. "Les résultats sont fantastiques. Pour vous donner un exemple, à la sortie de mon premier long métrage, le distributeur a annulé la projection la veille de l'avant-première, sous prétexte qu'il avait un 'meilleur film' à passer. Et je me suis retrouvée avec mon film sur les bras sans savoir quoi faire! Aujourd'hui, avec la loi et ces instruments pour nous défendre, les avancées sont immenses".

Former les spectateurs

Au-delà des progrès dans la production de longs métrages, l'un des défis majeurs reste de capter un public habitué presque exclusivement et depuis des décennies au cinéma commercial nord-américain. Dans cette optique, Amazonia Films distribue les oeuvres nationales en DVD à des prix accessibles, mais aussi des films étrangers. La Cinémathèque a par ailleurs inauguré un ample réseau de salles communautaires dans les différentes régions du pays. Et la chaîne publique TVes diffuse chaque semaine des films vénézuéliens et latino-américains pour le grand public.

Fondée en mai 2007 pour remplacer la chaîne commerciale RCTV arrivée à la fin de sa concession, TVes entend concilier culture et divertissement. "L'une de nos lignes de travail est la promotion de la production audiovisuelle nationale –ce mandat est même inscrit dans nos statuts. Nous devons créer un modèle de télévision qui permette de montrer nos créations et celles de nos voisins latino-américains, c'est notre objectif fondamental", explique William Castillo, président de la chaîne. "Nous savons que la télévision sert surtout à divertir et nous l'acceptons, mais sans souscrire au modèle commercial. Le but n'est pas d'abrutir les gens avec de la télé-poubelle, ni de les inciter à consommer. Nous pensons qu'on peut se divertir avec la culture, avec une réflexion sur notre propre réalité", précise-t-il.

Pour Manuela Blanco, anthropologue et réalisatrice de documentaires, le cinéma vénézuélien a pris de l'importance en devenant le réceptacle de certaines valeurs et en favorisant l'éveil d'une population plus conscientisée. "Il y a une vraie politique impulsée par l'Etat dans ce sens, même si tout ne fonctionne pas à merveille et qu'il manque parfois des mesures d'accompagnement. Mais on y arrive... L'année dernière a été particulièrement positive avec environ onze avant-premières de films nationaux. On peut dire que les gens ont recommencé à aller voir les films vénézuéliens".



Le cinéma, "miroir de l'âme des peuples"

Réalisatrice de documentaires et activiste à la longue trajectoire, Liliane Blaser évoque l'évolution du cinéma au Venezuela. Née d'un père suisse originaire du canton de Berne, elle dirige depuis 1986 une école de cinéma à Caracas.

Tournage du film "El chico que miente" de Marité Ugás.
(Ph: SUDACA FILMS)

Comment êtes-vous arrivée au documentaire?

Liliane Blaser: Ma mère avait une caméra 16 mm et filmait énormément. Elle était très pédagogue et, pour mes 16 ans, elle m'a acheté ma première caméra, une Super 8. J'ai commencé à filmer et j'ai réalisé un premier court métrage expérimental où je racontais toute l'histoire du monde en 3 minutes!

Ensuite, au début des années 1970, avec un groupe de quatre ou cinq fous, nous avons créé la Communauté de travail et d'investigation (Cotrain). Au départ, nous faisions du travail social dans les quartiers défavorisés de Caracas. Je me suis rendue compte que, pour changer les choses, notre action était importante mais pas suffisante. Nous avons alors fait du théâtre, du cinéma et des revues, en cherchant un peu quel serait notre média. L'art est pour moi une très belle fin en soi, mais c'est aussi un moyen pour transformer la réalité: ce n'est pas juste de "l'art pour l'art".

Quelles sont les étapes qui ont marqué l'évolution du cinéma vénézuélien?

– Dans les années 1960, il y avait un cinéma très militant, "imparfait" dans le sens où il était réalisé avec des bouts de ficelle. Ces films ont eu une grande influence idéologique, même s'ils n'ont pas pour autant provoqué de révolution. Durant la décennie suivante, avec la hausse du prix du pétrole (et l'importante entrée d'argent dans le pays qui en découle, ndlr), on a vu apparaître beaucoup de fictions et de long métrages. Les moyens nécessaires à leur production étaient là. Ces films qui étaient encore attachés à nos racines sociales s'en sont peu à peu détachés pour s'orienter vers des formes plus commerciales, tout en restant quand même du cinéma d'auteur.

A la Communauté de travail et d'investigation, nous avions à l'époque une vision différente de ce qu'était le septième art: nous étions un peu comme une île qui résistait face aux attaques du néolibéralisme. Aujourd'hui, avec la Villa del Cine et toutes ces facilités, le cinéma d'auteur a plus de possibilités. Celui qui a un bon scénario et un peu d'expérience parvient facilement à trouver un financement. En ce qui concerne le profil idéologique des oeuvres, on se rend compte que les institutions soutiennent des productions de natures très différentes, qu'on peut tourner toutes sortes de films au Venezuela.

Comment voyez-vous le futur du secteur?

– Je pense qu'il y aura de plus en plus de personnes formées et d'opportunités. On peut observer une volonté, tant individuelle qu'institutionnelle, de démocratiser le cinéma dans le pays. Cela dit, il faut encore que les gens –le gouvernement comme l'homme de la rue– comprennent que le cinéma est le miroir de l'âme des peuples. Qu'il s'agit là de quelque chose d'important, car c'est le reflet des processus vécus par ces populations.



Articles publiés dans le quotidien suisse Le Courrier le 12 mars 2011.

lundi 7 mars 2011

Le fiasco libyen de TeleSUR

(Photo: Seb)

Après les déclarations plus que douteuses des gouvernements dits "progressistes" d’Amérique latine, c’est la chaîne multiétatique TeleSUR qui a surpris en serrant les rangs derrière le régime libyen.


"L’ennemi de mon ennemi est mon ami", c’est probablement la formule qui résume la position adoptée ces derniers jours par certains gouvernements réputés progressistes d’Amérique latine face aux soulèvements populaires que vit la Libye. Mais la prise de position la plus inattendue fut sans doute celle de la chaîne publique latino-américaine basée à Caracas. Développant depuis quelques mois déjà sa couverture de l’actualité au Moyen-Orient, TeleSUR a disposé d’un correspondant à Tripoli à partir du 23 février. L’envoyé spécial de la chaîne (Jordan Rodríguez) a reconnu, lors de son premier contact téléphonique, avoir été détenu durant près de cinq heures par les forces de sécurité à son arrivée à l’aéroport. Cependant, vu les bonnes relations que le gouvernement vénézuélien (principal actionnaire de TeleSUR) entretient avec la Libye, quelques coups de fil haut placés ont probablement permis de débloquer la situation et rendu possible l’entrée du jeune journaliste en territoire proscrit à la plupart des médias.


Les premiers commentaires sur place de l’envoyé spécial ont fait preuve d’un manque total d’honnêteté intellectuelle, se limitant à assurer que tout était "normal" à Tripoli et que les manifestations étaient "de soutien à Kadhafi". Par la suite, le site web de la chaîne publiera un article titré : "Tripoli se manifeste en faveur de Kadhafi et les opposants disent contrôler l’est de la Libye" (1). Alors que le journal Le Monde disposait d’une envoyée spéciale dans l’est du pays en plein soulèvement, la chaîne qui se prétend le porte-voix des opprimés du Sud se contentait de reportages sur la place Verte de Tripoli, au milieu de quelques manifestants pro-Kadhafi.


L’anti-impérialisme à quel prix ?


Ce n’est qu’à partir du 25 février que le site www.telesurtv.net reflètera les commentaires d’un autre correspondant depuis Benghazi, en donnant cette fois la parole aux opposants. Ce second envoyé spécial, Reed Lindsay, informera enfin clairement des crimes commis par le régime et commentera même depuis son compte Twitter (@reedtelesur) le 28 février : "Les habitants de Benghazi demandent que les gouvernements de l’ALBA abandonnent Kadhafi et appuient la lutte révolutionnaire du peuple libyen".


Ce parti pris de la chaîne (et des gouvernements de l’Alternative bolivarienne des Amériques -ALBA- en général) prétend défendre un soi-disant anti-impérialisme de la Libye de Kadhafi face aux Etats-Unis et à l’Europe. Il montre cependant toutes les limites d’une telle appréciation politique qui mène ses partisans, consciemment ou non, à se positionner contre les peuples au nom de l’anti-impérialisme.



Note:


(1) Trípoli se manifiesta a favor de Gaddafi y opositores dicen controlar el este de Libia, le 23 février 2011.




Article publié dans la rubrique "Vu d'Amérique" du bimensuel suisse L’Anticapitaliste n° 42, le 3 mars 2011.

mercredi 9 février 2011

Venezuela : le défi du logement pour tous

Le gouvernement de Hugo Chávez a accumulé un déficit sans précédant dans la construction de logements. Les inondations de fin 2010 n'ont fait qu'aggraver la situation.






(Photo: Seb)


Caracas, ville encombrée où seuls les moto-taxis échappent aux embouteillages. Ville des inégalités aussi, entre les quartiers populaires situés à flancs de collines et les zones huppées où le loyer d'un petit appartement peut valoir plus de six fois le salaire minimum. Les pluies intenses qui ont touché tout le pays à la fin 2010 ont mis à nu l'une des contradictions du gouvernement bolivarien. Alors que celui-ci revendique sans cesse son soutien aux plus démunis, il a été le moins productif de ces 40 dernières années en matière de logement. En effet, les administrations antérieures avaient maintenu une moyenne de 67 000 logements par an. Depuis 1999 l'exécutif de Hugo Chávez n'a jamais dépassé les 30 000 annuels.


Beaucoup de lois, peu de constructions


A la mi-décembre, l'Assemblée nationale a accordé à Hugo Chávez une nouvelle loi habilitante lui permettant de légiférer par décret pendant 18 mois. Officiellement, le gouvernement espère ainsi résoudre le problème des 130 000 personnes sinistrées par les pluies et aujourd'hui réfugiées dans des campements improvisés (écoles, bâtiments publics et même certains hôtels réquisitionnés). A titre d'exemple, le Comandante a approuvé en janvier, par le biais de l'habilitante, une Loi des refuges dignes, visant à assurer des conditions de vies acceptables pour les familles sinistrées. On peut cependant s'interroger sur l'utilité d'approuver une loi pour garantir ce genre de mesures.

Par ailleurs, l'habilitante permet également d'adapter rapidement la législation afin de récupérer de nombreux terrains sous-utilisés, surtout en milieu urbain. Cependant, si cette mesure pourrait s'avérer judicieuse dans le cadre d'une politique de logement planifiée sur le long terme, elle apparaît ici comme une nouvelle décision prise dans l'urgence et visant à rattraper un déficit produit de plusieurs années.

Dans le cas de la capitale, les autorités de la mairie du grand Caracas (aux mains de l'opposition) dénoncent que, depuis 2007, l'Exécutif a promis la construction de 55 000 logements et n'en a terminé concrètement qu'à peine 1000. De son côté, l'ONG de défense des droits de l'homme Provea dénonce dans son rapport annuel (2009-2010) le peu de transparence dans les chiffres relatifs au logement présentés par le gouvernement. L'organisation assure que "pour la troisième année consécutive, le rapport de l'organisme chargé de coordonner la politique de logement ne présente pas de données actualisées du déficit d'habitations dans le pays. Les derniers chiffres officiels connus datent de 2007, et estimaient le manque de logements à 2 800 000".



Article publié dans la rubrique "Vu d'Amérique" du bimensuel suisse L'Anticapitaliste, le 3 février 2011

jeudi 3 février 2011

Le Venezuela connectera Cuba au réseau mondial internet

Deux jeunes écolières s'initient à l'informatique dans un collège de La Havane, en 2006.
(Photo: Seb)

Caracas, Kingston et Alcatel-Lucent permettent à La Havane de contourner l'embargo grâce à un câble sous-marin.

Un câble de fibre optique long de 1600 km est actuellement déployé depuis les côtes vénézuéliennes vers la région orientale de Cuba. Il permettra à l'île de multiplier par 3000 sa capacité de connexion. L'arrivée du navire français Ile de Batz au port de Siboney, dans la province de Santiago de Cuba, est prévue pour le 8 février. De là, l'extension du câble sous-marin de fibre optique se prolongera encore de 230 km pour atteindre la Jamaïque, dans ce qui est considéré par les autorités concernées comme un "projet d'intégration régionale".


Effet de l'Alba


Les travaux d'installation sont assurés par une filiale de la compagnie française Alcatel-Lucent, la chinoise Shanghai Bell, et représentent un investissement d'environ 70 millions de dollars. Mais l'administration du projet sera à charge d'une entreprise cubano-vénézuélienne 100% publique, Telecomunicaciones Gran Caribe, créée dans le cadre de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba).

Le câble, qui devrait être opérationnel à partir du mois de juillet, a une durée de vie estimée de vingt-cinq ans et fournira à Cuba une capacité de connexion de 640 gigabits. Actuellement, l'île ne dispose que de 209 mégabits par seconde de sortie et de 379 mégabits d'entrée, d'après les informations publiées sur le site de Radio Habana Cuba (RHC).

Cuba était jusqu'ici le seul pays du continent américain à ne pas être connecté au reste du monde par le réseau sous-marin de fibre optique. L'embargo américain imposait encore jusqu'il y a peu des surcoûts prohibitifs à La Havane pour se connecter au câble qui relie Cancun à Miami, et qui passe pourtant à 32 kilomètres au large de la capitale cubaine.

D'après les déclarations de son gérant local, José Ignacio Quintero, Alcatel-Lucent a d'ailleurs dû prendre des précautions par rapport au blocus. Le représentant de la firme a assuré à la presse vénézuélienne qu'aucune entité ni aucun citoyen étasunien ne participait au projet, "afin de ne s'exposer à aucun type de sanction".

Internet pour tous?

Cette exclusion du réseau mondial obligeait jusqu'ici Cuba à se connecter à internet via satellite, un substitut lent et coûteux. Mais l'installation du nouveau câble n'impliquera pas forcément une massification immédiate de l'accès à la toile. Officiellement, des "carences technologiques et financières" empêcheront encore de généraliser la connectivité. Selon Ramon Linares, vice-ministre cubain de l'Informatique et des télécommunications, "la priorité consiste à poursuivre la création de centres collectifs d'accès à internet et à renforcer les connexions dans les centres de recherche scientifique, les centres d'enseignement et de santé du pays".

La basse densité téléphonique de l'île représente une des limitations d'ordre technique pour le déploiement massif d'internet, mais il devrait cependant y avoir des avancées à moyen terme. D'après les déclarations du haut fonctionnaire à RHC, "tous les Cubains ayant le téléphone devraient, en principe, avoir droit à une connexion internet". Reste à savoir si la volonté politique suivra.

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Article publié dans le quotidien suisse Le Courrier le 02 février 2011

mercredi 5 janvier 2011

Hugo Chávez s'affranchit du parlement pour accélérer sa révolution

Hugo Chávez au palais de Miraflores. (Photo : Seb)

A la veille de l'entrée en fonction de la nouvelle Assemblée nationale, les députés sortants ont mis les bouchées doubles et autorisé le président à légiférer par décret durant dix-huit mois.


Pour la troisième fois en onze ans, le parlement accorde le droit à Hugo Chávez de légiférer par décret. A chaque fois, les partis d'opposition et les médias ont dénoncé ces lois dites "habilitantes" comme la preuve de l'autoritarisme du gouvernement. Les décrets promulgués lors de la première habilitante avaient provoqué une réaction radicale de l'opposition et mené au coup d'Etat du 11 avril 2002. Cette fois-ci, la mesure intervient à la veille de l'entrée en fonction de la nouvelle Assemblée nationale (ce mercredi 5 janvier), issue des élections du 26 septembre, dans laquelle l'opposition, réunie en Mesa de la Unidad Democrática (Table de l'unité démocratique), fait son retour (minoritaire) au parlement.

Officiellement, la loi habilitante accordée au président vénézuélien le 17 décembre vise à "faire face à l'urgence et à la crise" provoquées par les fortes pluies et inondations qui ont affecté le pays ces dernières semaines, provocant la mort de trente-huit personnes et en forçant 130 000 autres à abandonner leurs logements dans tout le pays. Le premier décret adopté il y a une semaine par Hugo Chávez est en effet la création d'un fond de 10 milliards de bolivars (2,3 milliards de dollars) pour la reconstruction de zones touchées.


Cependant, les pouvoirs attribués au président s'étendent à d'autres domaines tel que la sécurité et la défense, la fiscalité, l'aménagement du territoire, l'utilisation des terres rurales et urbaines, le logement, les infrastructures, transports, les services publics et les accords internationaux (entre autres).

L'écueil des deux tiers

Pour les opposants, cela ne fait aucun doute: "Chávez annule l'Assemblée et légiférera sans contrôle", comme le titrait récemment le journal d'opposition El Nacional. S'il n'est en aucun cas question de dissoudre le parlement (qui continuera à légiférer normalement), il est cependant clair que cette habilitante permettra à l'Exécutif de faire passer certaines lois cadres pour lesquelles il aurait normalement eu besoin du soutien de deux tiers des députés, majorité dont il ne disposera plus après le 5 janvier.


Yul Jabour, membre du bureau politique du Parti communiste du Venezuela (PCV) et député au parlement andin, confirme cette impression. "S'il s'agissait uniquement de résoudre le problème des inondations, la loi habilitante n'aurait pas été nécessaire. Elle est nécessaire pour créer des instruments (légaux, ndlr) qui permettent de faire avancer la participations des travailleurs, des paysans; d'attaquer les mafias de la construction qui se sont enrichies par la spéculation, etc. Le PCV soutient la loi habilitante car nous comprenons la situation politique actuelle et le besoin qu'ont les forces révolutionnaires d'avancer; sous réserve, bien entendu, de nous prononcer lors de chaque décret qui en découlera".

Marathon législatif

Par ailleurs, les députés de la majorité sortante, dominée amplement par le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), se sont livrés ces dernières semaines à une véritable course contre la montre (avec une série de sessions extraordinaires au parlement), afin de voter plusieurs lois et réformes qui ont déclenché les foudres de l'opposition et parfois même un certain scepticisme au sein du chavisme.


L'une d'entre elles est la réforme partielle de la loi sur les partis politiques, qui punit dorénavant les parlementaires qui décideraient de changer de camp durant la législature. Les "coupables" pourraient ainsi se voir destitués pour "fraude aux électeurs", définie comme "toute conduite réitérée qui s'éloigne des orientations et positions politiques présentées dans le programme électoral" de chaque groupe parlementaire. Yul Jabour explique que le PCV a refusé de soutenir le PSUV lors de l'approbation de cette réforme car il estime que "la discipline de parti est une question de conscience, ce n'est pas par des décisions bureaucratiques ou administratives qu'on peut garantir une position politique".

Universités anticapitalistes

Parmi les autres lois approuvées fin décembre figure notamment un paquet législatif concernant le pouvoir populaire, instance favorisant la participation des communautés dans la gestion publique. Plus polémique, une loi dite de "défense de la souveraineté politique" interdit le financement d'ONG ou de partis politiques par des organisations étrangères.

Mais c'est probablement la réforme de la législation sur les universités
(1) qui fera le plus de bruit dans les prochains jours, avec une mobilisation attendue à la rentrée du mouvement étudiant d'opposition. La nouvelle loi met sur pied d'égalité professeurs, étudiants et travailleurs, et déclare avoir pour but de "consolider le lien entre l'éducation émancipatrice et le travail créateur et libérateur, comme fondement des programmes de formation qui contribuent au dépassement du modèle capitaliste aliénant, de ses modes de direction autoritaire, des relations sociales d'exploitation, de la division sociale du travail et de la distribution inégale de la richesse". Inacceptable pour une élite académique, jusqu'à présent retranchée dans ses fiefs sous couvert d'autonomie universitaire.

Note:

(1) A l'heure de publier cet billet sur ce blog, le président Hugo Chávez annonçait son veto à la loi sur les universités et appelait à la création d'une commission nationale afin de la soumettre à une ample consultation populaire.



Article publié dans le quotidien suisse Le Courrier le 04 janvier 2011

vendredi 1 octobre 2010

Chávez gagne les législatives sur le fil

La célébration fut discrète dimanche soir dans le camp bolivarien, à l’image de la victoire. Ce n’est qu’à 2 heures du matin que le Conseil national électoral (CNE) a annoncé les premiers résultats. Le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) obtient 98 députés sur 165, l’opposition 65 et les ex-chavistes du parti Patrie pour tous (PPT, qui se présentait seul) 2 députés.
Évidemment, il était impossible de rééditer le score de 2005, lorsque l’appel de l’opposition au boycott du scrutin avait permis à la coalition chaviste de l’époque de remporter 100% des sièges. Mais les candidats du PSUV espéraient remporter la majorité des 2/3 du Parlement unicaméral, afin de pouvoir continuer à approuver les lois organiques, élire les magistrats du Tribunal suprême de justice ou encore les membres du Conseil national électoral.
De même, les 3/5 de l’Assemblée (99 députés) sont nécessaires pour l’approbation des lois permettant au président de la République de légiférer sans passer par le Parlement. Cette proportion n’a pas non plus été atteinte, à un siège près.Le soir de l’élection, l’opposition a déclaré avoir gagné 52% des votes. Mais le lundi soir, le président Hugo Chávez a estimé pour sa part que le PSUV devançait de 100 000 voix la Mesa de la Unidad Democrática (MUD, Table de l’Unité démocratique, alliance des partis d’opposition), reprochant à celle-ci de comptabiliser comme siens, les votes recueillis par les partis indépendants.
Au moment où ces lignes sont écrites, le CNE n’avait toujours pas émis son deuxième bulletin avec la totalité des résultats. Mais il est certain que le score en nombre de votes est serré au niveau national. Par ailleurs, l’importante participation (66,45% des inscrits) est une réussite pour des législatives qui en général n’attirent pas un grand nombre d’électeurs.
Mais pourquoi une si large victoire en nombre de députés si la différence en nombre absolu de voix est si courte ? Parce que les États ruraux peu peuplés (en général acquis au chavisme) sont sur-représentés à l’Assemblée. De plus, un redécoupage des circonscriptions approuvé en janvier dernier a clairement favorisé le PSUV en divisant certaines de celles-ci où l’opposition était majoritaire.
Bref, le PSUV devra désormais négocier certaines décisions et la différence radicale qui existe entre les deux blocs promet des débats plus qu’animés. Mais au-delà de cette victoire sur le fil, il apparait que l’opposition remonte de plus en plus dans les votes. Celle-ci a bâti sa force, ces derniers mois, en mettant le doigt sur l’incapacité du gouvernement à répondre aux problèmes concrets de la population tels que l’insécurité et la violence urbaine, l’inflation et l’inefficacité des institutions publiques.
La révolution bolivarienne se concentre sur le discours et la bataille idéologique, tout en délaissant un important terrain de bataille : le quotidien des citoyens. C’est peut-être la leçon qu’elle doit tirer de ces élections et des signes d’érosion de sa base électorale.



Article publié dans l'hebdo Tout est à Nous! du 30 septembre 2010

mercredi 22 septembre 2010

Une campagne au pas de course

Le candidat Freddy Bernal dans les rues de Catia. (Photo: Seb)

Hugo Chávez est omniprésent dans la campagne et cela irrite l'opposition. Si le président a suspendu son programme dominical "Aló Presidente" pour la période électorale, il n'en multiplie pas moins les allocutions télévisées pour défendre "ses" candidats. Sur les affiches du Parti socialiste uni (PSUV) le message est clair: "Les candidats du PSUV sont les candidats de Chávez". Freddy Bernal est l'un d'entre eux. L'ex-maire de Libertador (la plus grande municipalité de Caracas) a le pas décidé. Cet ancien policier est l'une des figures emblématiques du "chavisme". Depuis le début de la campagne, il multiplie les déplacements à pied dans les barrios, les quartiers défavorisés de Caracas. Aujourd'hui, son parcours comprend le quartier populaire de Los Frailes de Catia, à l'ouest de la capitale. L'homme a le regard vif et les cheveux grisonnants. Il porte une chemise rouge, couleur chère au bolivarisme. Au long de son parcours, il serre des mains, s'arrête aux portes des maisons où on l'invite parfois à entrer; comme dans celle-ci qui fait aussi office de petit magasin communautaire que fournissent les missions alimentaires du gouvernement; ou encore dans le centre médical tenu par deux doctoresses cubaines (y fonctionnent aussi une radio et une bibliothèque). "Avec ces élections, la colonne vertébrale du processus révolutionnaire est en jeu. Pour que le projet socialiste continue à se développer comme alternative au capitalisme, nous avons besoin d'approuver une série de lois afin de créer une structure juridique et politique", explique-t-il sans s'arrêter.

"Nous sommes convaincus que l'alternative au capitalisme est l'Etat communal (centré sur les conseils communaux, ndlr). Et celui-ci se base fondamentalement sur l'organisation, la participation et l'inclusion de la majorité", ajoute celui qui a accompli deux mandats à la tête de Libertador. A première vue les contacts à la municipalité du candidat Bernal fonctionnent toujours; il reçoit en tout cas l'appui logistique de son équipe de presse. Interrogé sur les plaintes de l'opposition quant à un possible favoritisme, il répond: "Nous sommes majoritaires. Et cet avantage nous l'avons construit avec nos forces, par en bas. Nous l'avons construit, comme vous pouvez le voir ici, avec les gens humbles des barrios de Caracas. Ces gens sont membres des conseils communaux, des comités de terre, des comités de santé, des maisons d'alimentation, etc., ce ne sont pas des fonctionnaires, ce sont les leaders de notre campagne et ce sont des militants de base". Le nouveau parlement sera-t-il amené à se sacrifier pour céder la place au pouvoir populaire, à une sorte d'Assemblée nationale de conseils communaux? "Pour l'instant cela n'est pas prévu. Les processus politiques ne se déterminent pas par décret, ils se développent. Nous sommes convaincus que l'Assemblée nationale et le pouvoir communal peuvent travailler ensemble. Il n'y a aucune contradiction car les députés seront les porte-parole et l'expression de ce pouvoir communal". Cependant M. Bernal estime que le mécanisme de représentativité actuel de l'Assemblée nationale est obsolète: "Les hommes et les femmes qui iront au parlement doivent être l'expression de la communauté".

Betzaida Fernandez, membre du Conseil communal de Los Frailes, participe activement à la visite du candidat Freddy Bernal dans sa communauté. Elle est fière de montrer les avancées obtenues en matière d'organisation locale et assure qu'il faut consolider la révolution: "Si nous perdons l'Assemblée, nous perdrons tout ce que nous avons construit durant ces onze dernières années".



Article publié dans le quotidien suisse Le Courrier le 21 septembre 2010

"Il faut plus de pression populaire"

En mai dernier, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) a soumis au vote de ses militants la sélection des candidats qui le représenteront aux élections législatives de ce 26 septembre. A cette occasion, plus de 2,5 millions d'affiliés s'étaient déplacés pour participer au scrutin interne. Un chiffre important mais qui représente en fait moins de 40% des plus de 7 millions de membres que revendique le parti. D'après Raúl Cazal, directeur d'El Dipló, l'édition vénézuélienne du Monde diplomatique, ces 2,5 millions de personnes qui se sont déplacées pour les primaires sont celles que l'on peut vraiment considérer comme des militants: "Les 7 millions soutiennent le processus, ils sont là, attentifs à ce qui se passe, mais ne s'intègrent pas tous dans la discussion politique. Cependant, 2,5 millions de militants cela reste énorme, dans n'importe quel pays".

L'ambition du PSUV depuis sa création était de permettre à de nouvelles figures d'émerger, mais jusqu'à présent les principaux leaders du parti restent des cadres qui occupent les hautes fonctions du gouvernement. L'élection interne a cependant permis un certain renouveau. "Beaucoup de candidats du parti pour les prochaines élections sont des personnes inconnues jusqu'ici. Cela va incontestablement changer le visage de l'Assemblée nationale", assure M. Cazal, qui est également vice-président de l'Agencia Venezolana de Noticias, l'agence de presse officielle. Effectivement, lors du scrutin interne de mai dernier, seuls 22 députés sortants ont été reconduits en tant que candidats à 110 postes disponibles (vote nominal), pour lesquels s'affrontaien 3500 "pré-candidats". Par ailleurs, 52 candidats supplémentaires (vote liste) ont été désignés directement par le président du PSUV, qui n'est autre que Hugo Chávez. Ces 52 noms sont quant à eux issus, pour la plupart, de l'appareil traditionnel.

Le vote de la base a donc, d'une certaine manière, puni les députés sortants. Et il faut dire qu'ils n'ont pas vraiment la cote, même auprès des citoyens qui soutiennent le "chavisme". Malgré la majorité absolue dont il a disposé durant ces cinq dernières années, de nombreux projets de loi sont restés au frigo, comme ce fut le cas de la loi permettant de mettre sur pied un système national coordonné de santé publique ou encore la nouvelle loi sur le travail (comprenant la réduction du temps de travail et la création de conseils de travailleurs dans les entreprises). La loi sur le contrôle des armes se trouve, quant à elle, toujours en discussion au sein de l'Assemblée, son traitement a été "réactivé" récemment après la dure campagne des médias d'opposition sur le problème aigu de la violence urbaine. Le retour de l'opposition au parlement serait-il salutaire afin de dynamiser le camp présidentiel? Pour Raúl Cazal, élire une nouvelle génération (44% des candidats du PSUV ont moins de 30 ans) ne suffit pas: "Je pense que nous avons besoin de plus de pression populaire, pas seulement la pression du président, ni celle de la contre-révolution. Nous avons besoin de la pression de ceux qui sont de notre côté, du côté du socialisme. Parce que sans cela, sans la mobilisation populaire, nous ne parviendrons à aucun changement et les députés continueront à s'endormir sur leurs lauriers".




Article publié dans le quotidien suisse Le Courrier le 21 septembre 2010


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