samedi 13 décembre 2008

Le Venezuela soigne sa dépendance à l’or noir

Depuis l'éclatement de la crise économique et financière, le gouvernement vénézuélien se veut rassurant sur un point: le pays est assez solide économiquement pour résister aux remous de la récession mondiale. Cependant celle-ci, accompagnée de la baisse des prix du pétrole, remet sur le tapis un des principaux objectifs de Caracas, s'affranchir de sa dépendance à l'or noir et développer le secteur productif.

Le 29 octobre dernier, le premier satellite vénézuélien était mis sur orbite depuis la province chinoise du Sichuan. Le satellite Simon Bolivar, ou Venesat-1, est l'aboutissement d'une coopération de près de trois ans avec la Chine, "le seul pays qui ait garanti le transfert de connaissances à des vénézuéliens", précise le Ministère de la Science et la Technologie.

Car au delà des apports pratiques du satellite lui-même (en matière de télécommunications, d'éducation dans les zones les plus reculées du pays, etc.), c'est surtout le transfert de technologies qui intéresse Caracas, afin d'œuvrer au "développement intégral du pays". "L'idée est de fabriquer un second satellite ici au Venezuela", avance déjà la ministre en charge du projet, Nuris Orihuela.


Et la collaboration avec le géant chinois ne s'arrête pas là. En mai dernier, les deux pays ont annoncé la création d'un fond commun de 6 milliards de dollars, qui devrait prochainement doubler sa capacité à 12 milliards. Cet apport permettra de développer des projets dans les secteurs du logement, des infrastructures et transports, des industries de base, de l'énergie, de la santé, de l'éducation, ou encore de l'agriculture.

Cette dernière est prioritaire avec 35% du fond assignés. Il faut dire que la souveraineté alimentaire est l'un des principaux champs de bataille de la révolution bolivarienne. Même si le gouvernement affirme avoir augmenté de près de 25% la production agricole depuis 1998, les autorités reconnaissent que les effets sur l'approvisionnement des produits de base ne se feront pleinement sentir qu'au cours des quatre prochaines années.

Du cacao au pétrole

"Tout au long de son histoire le Venezuela a été un pays monoproducteur. Depuis l'époque où nous exportions du cacao, ensuite le café vers la moitié du XVIII ème siècle, et finalement l'exportation pétrolière depuis le début du XX ème", explique Alfonso Alvarez, membre de l'Association bolivarienne d'Economie socialiste.

Cette monoproduction se répète donc de façon cyclique dans l'histoire du pays, même si avant l'apogée de l'or noir l'agriculture avait acquis un certain niveau de développement "qui a été balayé par la production pétrolière" au siècle dernier.

Mais du côté de l'opposition on tire à boulets rouges sur la politique économique et productive du gouvernement. "Nous assistons à l'affaiblissement systématique et progressif de l'appareil productif privé", assénait encore récemment Miguel Henrique Otero, directeur éditorial du journal d'opposition El Nacional.

Pourtant la politique gouvernementale, si elle met effectivement l'accent sur le secteur public et les entreprises dites "de production sociale" coopératives ou cogestion coopératives-entreprises publiques), n'en délaisse pas pour autant le secteur privé. Le fond commun avec la Chine, par exemple, n'exclut pas les entreprises privées ou mixtes et apportera même l'équivalent de 500 millions de dollars afin d'inciter leur participation dans des projets d'envergure. D'autre part, beaucoup reprochent au secteur privé de n'avoir jamais vraiment développé, par le passé, cet appareil productif qu'il réclame aujourd'hui.


"L'économie rentière s'est aggravée avec la copie du modèle consumériste nord américain et cela mène à ce que personne ne prenne de prévisions pour demain; cela mène à penser que la prospérité des ressources pétrolières atteindra des sommets et ce n'est pas le cas, les aléas de l'économie peuvent nous toucher aussi, cette possibilité existe", résume le ministre de l'Economie et des Finances, Ali Rodriguez Araque.



Article publié dans Le Courrier du 22 novembre 2008

mardi 9 décembre 2008

"S'ils continuent comme ça..."

"Combattre, révoquer, avancer". (Photo: Seb)

"S'ils continuent comme ça, nous prendrons les armes!" (1), scandaient quelques centaines de jeunes jeudi dernier dans le centre de Caracas (2). Ils faisaient référence aux menaces, expulsions et agressions dont ont été victimes ces derniers jours les médecins cubains, mais aussi les étudiants vénézuéliens des différentes missions sociales dans les états et municipalités gagnées par la droite lors du scrutin régional du 23 novembre. (3)


En réaction à ces agressions répétées, quelques collectifs militants, médias communautaires, conseils communaux, etc., avaient convoqué une manifestation qui s'est terminée par la "décoration" (voir la photo ci-dessous) du siège de la Mairie du grand Caracas (remportée par le candidat de l'opposition, Antonio Ledezma), en guise d'avertissement.

"Ledezma dehors. Il n'y a pas de peuple vaincu".
Les graffeurs s'en sont donné à coeur joie.
(Ph: Seb)

Mais la droite, elle, ne s'est pas limitée aux avertissements. Le 27 novembre dernier, trois syndicalistes de l'UNT (Union nationale des Travailleurs) ont été assassinés dans l'état d'Aragua, l'une des régions ouvrières les plus combatives du pays. Par ailleurs, un dirigeant paysan a également été assassiné dans l'état de Portuguesa début décembre. (4)

Ces crimes sont l'oeuvre de "sicarios" (tueurs à gages) et restent malheureusement monnaie courante au Venezuela où 216 dirigeants paysans ont perdu la vie ces dix dernières années (5). D'autre part le 28 novembre, Stalin Pérez Borges, coordinateur national de l'UNT, déclarait au nom du collectif Marea Socialista que pour retrouver les auteurs de ces crimes "nous ne pouvons compter sur la justice ordinaire, car c'est la même qui condamne les travailleurs".

Le syndicaliste réclamait la création d'une commission spéciale "à laquelle participent les centrales ouvrières et dont les résultats aient force de loi" et demandait à l'Assemblée nationale (Parlement) d'habiliter rapidement cette commission.

Selon Pérez Borges, les travailleurs "ne peuvent tolérer qu'il ne leur reste que le chemin de l'enquête postérieure à cet abject assassinat. C'est pourquoi nous appelons immédiatement à l'organisation des autodéfenses ouvrières et populaires. Le gouvernement doit fournir les ressources nécessaires pour l'entraînement et la défense armée des travailleurs et de leurs dirigeants".

"Ce ne sera pas la police corrompue, et dans de nombreux cas directement coupable d'assassinats, qui va prévenir ces crimes. Ce seront nous, les travailleurs. C'est pourquoi nous proposons: enquête, punition et organisation de nos propres autodéfenses contre le fascisme", concluait-il lors de déclarations à la presse.

Quelques photos supplémentaires de la manifestation du jeudi 4 décembre, juste pour le plaisir:


Des collectifs étaient venus de différents quartiers de la ville. (Ph: Seb)

"Mc Merde, dehors!".
Un "fast-food impérialiste" se trouvait sur le chemin de la manifestation... pas de chance. (Ph: Seb)

Malgré l'importance des revendications, la musique n'a pas fait défaut lors de la mobilisation. (Ph: Seb)

Notes:

(1) "Si siguen con la vaina, tomaremos las armas!".
(2) Voir le post ci-dessous.
(3) Voir aussi sur ce blog Elections régionales au Venezuela: la bataille reste à venir.
(4) Lire Fernando Esteban, Situation tendue au Venezuela après les élections, in Rouge.
(5) Ibid.

mercredi 3 décembre 2008

Ofensiva popular


Ce jeudi 4 décembre, les mouvements sociaux appellent à manifester à Caracas afin de défendre les acquis de la révolution face aux nouvelles autorités de droite.


Les consignes :

"Il n'y a pas de peuple vaincu"

"Combattre et avancer"

"Offensive populaire"

lundi 1 décembre 2008

Elections régionales au Venezuela: la bataille reste à venir

(Photo: Seb)

A une semaine des élections régionales et municipales au Venezuela, le nouveau rapport de forces est déjà clairement dessiné. Le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) a remporté 17 états sur 22 et 80% des municipalités (1). Mais le score de l'opposition, limité dans les chiffres, n'en est pas moins d'une importance stratégique capitale. Et les effets se font déjà sentir sur le terrain.


Lors du scrutin du 23 novembre, la droite a fait main basse sur d'importantes régions du pays: les états de Táchira et Zulia, frontaliers avec la Colombie; l'état industriel de Carabobo; la mairie du grand Caracas et l'état de Miranda qui ceinture la capitale.

Elle a aussi remporté l'état insulaire de Nueva Esparta, dont la principale île est celle de Margarita, zone principalement touristique mais aussi l'une des frontières maritimes du Venezuela. Nueva Esparta et Zulia (2) étaient déjà aux mains de l'opposition, mais la capitale de ce dernier, Maracaibo, a été perdue par le chavisme.

La perte du Táchira amplifie la porosité d'une frontière déjà difficile à contrôler et ouvre la porte à l'entrée massive de paramilitaires colombiens. Cela peut accentuer également la fuite d'aliments à prix régulés vers la Colombie pour y être vendus à des prix plus élevés; comme c'est déjà fréquemment le cas, avec l'objectif politique de provoquer des pénuries d'approvisionnement.

En ce qui concerne le PSUV, il conserve l'état industriel de Bolivar (malgré un candidat à la réélection clairement ancré à la droite du chavisme), ainsi que l'état frontalier d'Apure, entre autres. Il récupère également les états de Sucre, l'état industriel et combatif d'Aragua, ainsi que l'état agricole de Guarico et celui de Yaracuy (3), dont les gouverneurs s'étaient déclarés "dissidents du chavisme" et avaient lancé leurs propres candidatures, certaines appuyées par l'opposition.

Le total des voix recueillies par les candidats ayant quitté le chavisme atteint à peine les 451 131 votes. Alors que le camp bolivarien totalise 5 073 774 voix contre 3 948 912 pour l'opposition (53,45% contre 41,65%). La participation atteint des sommets historiques pour des élections régionales (qui en général mobilisent moins les électeurs) avec un taux de 65%.

En comparaison avec le référendum sur la réforme constitutionnelle de l'année dernière, le chavisme augmente son score de 694 342 voix, alors que l'opposition en perd 555 442. Cependant, bien qu'il augmente ainsi son score de 20% et que l'opposition perd 10% de votes, le camp chaviste n'est pas parvenu a récupérer la totalité des trois millions de voix perdues depuis 2006.

Contradictions mises à nu

Environ 45% de la population vénézuélienne vit désormais dans un état aux mains de l'opposition, ce qui va considérablement augmenter les ressources financières de cette dernière. Dans la pratique, ces résultats ont déjà deux conséquences importantes. Tout d'abord, ils mettent à nu la nature même de l'opposition qui, derrière son discours de tolérance et d'ouverture (rappelez-vous les mains blanches de ses étudiants), n'en reste pas moins ce qu'elle a toujours été: l'expression d'une idéologie réactionnaire ancrée dans la droite dure.

Les exemples n'ont pas manqué cette semaine. A peine entrés en fonctions, certains élus de l'opposition ont déjà pris des mesures administratives contre les différentes missions sociales. En effet, plusieurs missions d'éducation ou de santé installées dans des bâtiments appartenant aux états ou municipalités tombées aux mains de la droite ont reçu l'ordre de quitter les lieux.

Par ailleurs, des militants des partis réactionnaires ont menacé et agressé des médecins cubains ainsi que des étudiants des missions d'éducation dans plusieurs états. Le président Chávez a réagi ce vendredi en déclarant que "le scénario de 2002 est à nouveau activé. Ils veulent une confrontation. Nous ne leur laisserons pas de trêve, nous défendrons la révolution bolivarienne contre ces fascistes!".

Lors du coup d'Etat du 11 avril 2002, le maire du grand Caracas (élu sur les listes chavistes et qui avait ensuite changé de camp) avait utilisé la Police métropolitaine pour réprimer les manifestations populaires qui réclamaient le retour au pouvoir du président Chávez.

Quelques mois avant les élections de dimanche dernier, la prudence a amené le gouvernement à transférer la Police métropolitaine (qui est la police du grand Caracas) sous les ordres du ministère de l'Intérieur, afin d'éviter justement une répétition du scénario d'avril 2002.

Pouvoir populaire?

Mais cette situation de confrontation met aussi à nu les contradictions au sein même du camp révolutionnaire. La défaite à Caracas et dans les autres régions oblige le chavisme à retourner dans la rue, et surtout elle remet sur la table l'éternelle question du pouvoir. Qui le détient, les fonctionnaires ou le peuple?

Fini le socialisme de salons et de conférences. Où en est réellement le pouvoir populaire? Est-il capable d'enrayer la progression de la droite sur le terrain? On a vu, lors du coup d'Etat d'avril 2002, que ce fut la mobilisation des quartiers populaires qui permit de sauver la situation.

Le chavisme est-il prêt à soutenir les actions organisées de la base dans les états perdus? Ou va-t-il tenter de les canaliser en les dirigeants par en haut pour négocier un statu quo avec l'opposition? Ou, pire, va-t-il les laisser s'essouffler comme il l'a fait lors de certaines occupations d'usines et autres initiatives? Difficile à dire, même si le discours officiel parle "d'approfondir la révolution".

En décembre 2007, lors du référendum sur la réforme constitutionnelle, les électeurs avaient adressé un message sans équivoque au gouvernement. En s'abstenant massivement, les secteurs populaires ne s'étaient pas prononcés, comme ont voulu nous le faire croire les médias, "contre le socialisme du XXI ème siècle" mais bien, dans leur grande majorité, contre l'inefficacité et la mauvaise gestion de ceux qui s'en réclament en paroles mais non dans les actes.

On peut aujourd'hui affirmer que le message n'a pas été compris. Un an plus tard, les mesures prises n'ont pas été suffisantes pour renverser la tendance dans les principaux centres urbains (Caracas, Miranda, Maracaibo). L'insécurité, la mauvaise gestion des déchets et des espaces urbains, entre autres, ont coûté cher au proceso, surtout à Caracas.

Il ne faudrait pas se tromper deux fois en analysant les résultats du 23 novembre. Le soir même du scrutin, le président Chávez parlait d'une victoire et affirmait: "Le peuple me dit: Chávez, continue sur le même chemin". Le chemin du socialisme est certes celui que la majorité des Vénézuéliens pointe du doigt. Mais le chemin est semé d'embûches. Le point positif qu'on peut tirer de cette nouvelle distribution des cartes, c'est qu'elle va raviver les luttes et ramener les mobilisations à l'ordre du jour.

Notes:

(1) Le Venezuela compte 23 états, plus le district de la capitale. Mais les élections n'ont pas eu lieu dans l'état d'Amazonas, qui a un calendrier électoral décalé par rapport au reste du pays.

(2) Le Zulia est l'état le plus peuplé et le plus riche du pays, de par ses ressources pétrolières.

(3) Voir notre article préélectoral "Test grandeur nature pour le processus bolivarien".



Article publié sur le site de La Gauche le 27 novembre 2008

vendredi 21 novembre 2008

Radio Venezuela en Vivo

Vivez les élections régionales et municipales au Venezuela en direct sur Radio Venezuela en Vivo les 22 et 23 novembre 2008

Indigènes protestant contre l'exploitation des mines de charbon dans l'état du Zulia.
(Photo: Seb -
janvier 2006)

Qu’est-ce que Radio Venezuela en Vivo ?
Radio Venezuela en Vivo est une radio qui émet par Internet. Elle a été créée à l’initiative d’un groupe d’internationalistes basés à Caracas et dans les grandes villes du Venezuela, dans le but d’offrir une information objective continue sur la situation réelle du Venezuela pendant la période du Référendum sur la Réforme Constitutionnelle en décembre 2007. Cette iniciative s'est suivi d'une émission spéciale "Bolivie" lors du référendum illégal sur les statuts d'autonomie tenu dans le département de Santa Cruz en Bolivie. Radio Venezuela en Vivo est une radio-internet qui fonctionne pour l'instant de manière ponctuelle. Elle émet principalement en français et en anglais, s’enrichissant aussi d’émissions en arabe et en portugais.

Pourquoi lancer Radio Venezuela en Vivo ?
En tant qu’observateurs internationaux du processus démocratique en cours au Venezuela, les membres de Radio Venezuela en Vivo ont pu voir comment les mensonges médiatiques sur la situation que nous vivons tous les jours sont devenus monnaie courante. Afin de rétablir les critères d'objectivité qui font défaut aux employés des grands groupes de communication, Radio Venezuela en Vivo offre son réseau d'analystes et de journalistes de terrain, de correspondants au Venezuela.

Où et Comment écouter Radio Venezuela en Vivo ?
Sur notre site Internet, en cliquant sur l’icône radio :

http://radiovenezuelaenvivo.blogspot.com/

La publication de notre programmation vous permettra de sélectionner les horaires correspondants à la langue de votre choix.


Quand écouter Radio Venezuela en Vivo ?
Nous commencerons à émettre dans la journée du samedi 22 novembre 2008. Nous proposerons divers programmes d’analyses et de reportages de la part des présentateurs et des correspondants que nous comptons dans tout le Venezuela. A partir du dimanche 23 novembre, nous proposerons un suivi continu 24h/24h des élections régionales et municipales au Venezuela. Depuis la journée de vote jusqu'au résultats et même après puisque nous livrerons une analyse à chaud des résultats.

Les auditeurs peuvent-ils participer à Radio Venezuela en Vivo ?
Oui, et même nous les encourageons à le faire. Le forum que nous installerons sur le site Internet leur permettra de dialoguer avec nos présentateurs et de leur poser leurs questions. Nous disposons aussi d'un mail:

radiovenezuelaenvivo@gmail.com

S'il y a des animateurs d’une radio parmi les auditeurs, n’hésitez pas à réutiliser nos émissions. D'une manière générale, la participation de tous est essentielle pour faire connaître l’existence de cette radio. Il ne faut pas hésiter à renvoyer cette présentation à tous les contacts possible.


Contre les mensonges médiatiques, écoutez Radio Venezuela En Vivo !

Radio Venezuela en Vivo

http://radiovenezuelaenvivo.blogspot.com/

radiovenezuelaenvivo@gmail.com

lundi 17 novembre 2008

Test grandeur nature pour le processus bolivarien

Acte de soutien aux candidats du PSUV dans l'état de Barinas. (Photo: Seb)

Le 23 novembre prochain les Vénézuéliens se rendront aux urnes pour élire leurs représentants locaux et régionaux. Ce scrutin fait office de test pour le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), récemment mis sur pied et qui lance pour la première fois ses candidats dans l'arène électorale. Mais c'est aussi le premier scrutin depuis le rejet de la réforme constitutionnelle présentée l'an dernier par le président Chávez.

A une semaine de l'évènement, chaque camp abat ses dernières cartes. Motiver les troupes et marquer des points, tel est l'objectif. Pourtant, la division a fait des siennes autant du côté chaviste que dans l'opposition.

Jeudi dernier, le président Chávez a appelé à "intensifier l'offensive" dans le cadre de la campagne électorale et a demandé à tous les candidats du PSUV (parti dont il est président) de lui envoyer, avant le 23 novembre, "les premières 100 mesures socialistes qu'ils vont prendre". Et le comandante d'ajouter: "s'en est fini de tous ces judas".

Il faut dire que le panorama s'est transformé depuis les dernières élections régionales. Hugo Chávez disposait jusqu'il y a peu de l'appui de 22 des 24 états que compte le pays. Seul le Zulia (riche région pétrolière frontalière avec la Colombie) et Nueva Esparta (composé principalement de l'île de Margarita) étaient aux mains de l'opposition.

Mais plusieurs évènements sont venus bousculer le paysage politique. Il y eut tout d'abord l'éloignement, avec l'appel à voter non à la réforme constitutionnelle, puis le positionnement clair dans l'opposition du parti Podemos (Pour une Démocratie sociale). Ensuite l'expulsion du PSUV de trois gouverneurs provenant du même Podemos et du PPT (Patrie Pour Tous) pour différents motifs: corruption, pratiques politiques douteuses, clientélisme, etc.

Cette recomposition au sein du chavisme a dessiné une nouvelle carte politique du pays. Actuellement, on peut considérer que le camp bolivarien ne contrôle plus ou partiellement plus sept états que sont évidemment Zulia et Nueva Esparta mais aussi Aragua, Sucre, Carabobo, Guarico et Yaracuy.

A titre d'exemple, début novembre le gouverneur de l'état de Sucre, Ramón Martínez (membre de Podemos), niait à la compagnie pétrolière publique PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A.) le droit d'installer une base opérationnelle sur le site de l'aéroport régional de Carúpano. En réaction à cette attitude, le président Chávez ordonna la prise de l'aéroport par l'armée.

D'autre part, le mouvement bolivarien se présente divisé dans certaines régions où le Parti communiste (PCV) et le PPT lancent leurs propres candidats, faute d'être parvenus à un accord sur une candidature unique avec le PSUV.

En ce qui concerne l'opposition, elle se présente divisée dans trois états (Anzoátegui, Bolivar et Yaracuy), ainsi que dans plusieurs municipalités.

Le fait que l'élection de ce 23 novembre porte sur des niveaux de pouvoir proches de la population rend ce scrutin particulièrement sensible. Chávez a souligné que l'opposition espère "remporter des états stratégiques et se déclarer en autonomie, comme l'a fait l'oligarchie bolivienne contre Evo Morales".

Si la situation régionale vénézuélienne n'est pas comparable à la bolivienne (il n'y existe pas cette composante raciale tranchée indigènes / blancs), la victoire de l'opposition dans certains états-clés pourrait cependant susciter de nombreuses impasses comme celle de l'aéroport de Carúpano, et mettre ainsi des bâtons dans les roues de l'Etat national.

Et il est bon de rappeler qu'au Venezuela, le gouverneur d'un état est aussi le chef de la police régionale...



Article publié sur le site de La Gauche le 15 novembre 2008

mercredi 5 novembre 2008

Yes we can. Yo, si puedo!

Le slogan de campagne de Barack Obama ne m'avait jusqu'ici pas spécialement marqué. Mais hier soir, en écoutant à la radio le discours du nouveau président élu, la ressemblance a attiré mon attention: "Yes we can" (Oui, nous pouvons) était si proche de "Yo, sí puedo" (Moi, oui je peux).

Le deuxième slogan est le nom du programme cubain destiné à éradiquer l'analphabétisme en Amérique latine et qui a déjà fait ses preuves notamment au Venezuela et en Bolivie.

Loin de moi l'ombre de l'idée de comparer, par ce parallélisme, Obama à quelconque président se réclamant de la gauche latino-américaine. Il s'agit simplement de l'envie de souligner le défi qui attend le premier président noir des Etats-Unis dans ce que le Nord appelle "le sous-continent", dans lequel "l'Empire" (comme on surnomme ici les USA) a ces dernières années vu son influence grignotée petit à petit par des idées "politiquement pas correctes".

Et l'Amérique latine sait maintenant ce qu'elle représente. Dans la journée précédant l'élection US, un commentateur de la radio publique vénézuélienne faisait remarquer en substance ceci:

"Nous savons très bien que nous ne pouvons pas attendre une révolution venant de l'élection de Barack Obama, ni nous ne prétendons lui demander de devenir socialiste. La seule chose que nous lui demandons est de s'asseoir à la table et d'entamer un dialogue avec les nouvelles forces du continent, et de le faire avec respect".

Dialogue et respect, c'est ce que beaucoup espèrent ici mais sans pour autant se faire trop d'illusions car, comme le rappelait encore hier l'ex-président cubain Fidel Castro (1), si l'ex-candidat démocrate est "sans aucun doute plus intelligent, plus cultivé et plus posé que son adversaire républicain", il n'en reste pas moins que Barack Obama "appuie le système et s’appuiera sur lui".

Note:

(1) Réflexions de Fidel, Les élections du 4 novembre, Granma

mardi 28 octobre 2008

Joyeuse campagne

Alors que l'opposition tapisse les murs de la ville depuis plusieurs semaines déjà, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) a commencé plus récemment sa campagne d'affichage. Ici, une affiche invite l'électeur: "Allons-y joyeux". (Photo: Seb)

Après quelques semaines de vacances, la voix du sud revient avec une nouvelle image, une page Facebook pour la promo et l'envie de mettre un coup d'accélérateur pour vous proposer reportages, billets d'humeur et interviews, le tout à moins d'un mois des élections régionales et locales au Venezuela.

Depuis mon retour à Caracas, la campagne électorale est en route, quoique encore à faible intensité. Le point de plus important à l'heure actuelle est probablement la rupture de l'Alliance patriotique dans le camp de la gauche.

Depuis plusieurs mois, Hugo Chávez appelait à l'unité du PSUV (Parti socialiste uni du Venezuela) avec les autres formations de gauche ayant refusé de se dissoudre pour intégrer celui-ci (1). Mais à la mi-octobre, le président vénézuélien a rompu publiquement cette alliance, faute d'accord sur les candidatures unitaires dans certains états (le pays compte 23 états, plus le district de la capitale, Caracas) et municipalités.

Les principaux alliés du PSUV étaient jusqu'ici le Parti communiste du Venezuela (PCV) et Patrie Pour Tous (PPT). L'Alliance patriotique comprenait également d'autre petits partis dont certains disposent de quelques sièges à l'Assemblée nationale (Parlement). De son côté, la formation Podemos (Pour une Démocratie sociale) s'était ralliée à l'opposition depuis le référendum sur la réforme constitutionnelle en décembre 2007 et ne faisait donc pas partie de l'alliance électorale actuelle.


Avec cette rupture, Chávez a rué dans les brancards en qualifiant ses alliés de "contre révolutionnaires" pour ne pas avoir appuyé les candidats du PSUV dans certaines régions, et s'est dit prêt à les "faire disparaître du panorama politique".


La nouvelle ligne?


Ces déclarations du président vénézuélien (et président du PSUV) ont provoqué des réactions, notamment au Parti communiste dont le secrétaire général, Oscar Figuera, commentait récemment à l'agence de presse IPS que ces accusations étaient "injustifiées et gratuites".


Figuera soulignait le fait que "sur le terrain électoral, les communistes appuient 17 des 22 candidatures du PSUV. Dans les autres cas, nous appuyons ceux que nous considérons les meilleurs cadres pour qu'avance et s'approfondisse la révolution".


Le dirigeant du PCV rappelait également que son parti "est partie intégrante du processus (ndlr: de changements sociaux, le proceso) depuis 1997, nous étions alors l'un des premiers partis à appuyer la candidature de Chávez. Et depuis 1931 nous faisons partie des forces révolutionnaires sur le continent américain. Ces critiques ne se justifient pas", concluait-il.

Du côté de la base, une jeune militante et employée dans un ministère me commentait récemment: "rien à foutre de la nouvelle ligne!", en faisant référence à la ligne adoptée par Chávez par rapport au PCV. Et un ami m'expliquait que dans les locaux de l'école de formation populaire dans laquelle il travaille, on voyait fleurir les affiches indiquant "somos todos comunistas!" (ndlr: "nous sommes tous des communistes!").

Notes:

(1) Lire sur ce blog : La révolution bolivarienne sur le chemin de l'unification, mai 2007.

dimanche 26 octobre 2008

Un dimanche soir à Manicomio...

Un dimanche soir dans le quartier populaire de Manicomio, à Caracas... (Photo: Seb)

samedi 13 septembre 2008

L'opposition bolivienne tente le passage en force

Une trentaine de paysans ont été assassinés jeudi dernier par des milices armées de l'opposition dans le département de Pando. (Photo: Abi)

Le référendum du 10 août dernier a réaffirmé la légitimité du premier président indigène de Bolivie. Élu en 2005 avec 53,7% de voix, Evo Morales a en effet été réélu par plus de 67% des électeurs. Mais ses principaux opposants, les préfets autonomistes des riches départements de Santa Cruz, Beni, Pando et Tarija, ont également été ratifiés lors de ce scrutin. Ils parient désormais sur un passage en force pour tenter d'enrayer le processus de transformations sociales en marche.


"Nous démontrons une fois de plus que le Beni est uni, qu'il va défendre son autonomie et ses recettes provenant de l'IDH (Impôt direct sur les Hydrocarbures). Ces manifestations ne sont rien d'autre que l'exécution d'un plan que nous avons élaboré pour la récupération de l'IDH".

Telles sont les déclarations du président du Comité civique juvénile du Beni, José Luis Peñafiel, après la prise des installations du Service départemental d'Education de cette région du nord du pays. Durant l'action menée par les membres du Comité, un dirigent paysan et une femme furent malmenés par les assaillants.

Ce type d'action est devenu monnaie courante depuis l'échec de l'opposition bolivienne de révoquer le président Morales par les urnes. Voyant le vent tourner, les préfets autonomistes avaient même un moment envisagé de boycotter un référendum qu'ils avaient eux-même exigé.

Le 15 août dernier, les membres de l'Union des Jeunesses de Santa Cruz ont essayé d'occuper par la force le siège départemental de la Police nationale. Les membres de cette organisation de droite radicale ont attaqué les installations policières à jets de pierres, bâtons et pétards.

Selon l'aveu de Peñafiel, les opposants à Evo Morales n'hésiteront pas a exécuter "de telles mesures radicales" dans les prochaines semaines, notamment pour récupérer les recettes provenant de l'IDH.

Sur décision du gouvernement bolivien, 30% des recettes de cet impôt (l'équivalent de 166 millions de dollars par an) destinées aux régions, sont actuellement utilisés pour financer les retraites des personnes de plus de 60 ans, sous le nom de "Rente de la Dignité" (Renta Dignidad).

Le panorama reste complexe

Les mesures sociales comme la Renta Dignidad, les politiques d'éducation pour tous appuyées par un plan d'alphabétisation avec l'aide de Cuba et du Venezuela, ainsi que la politique de nationalisation et de récupération des ressources naturelles, entre autres, ont convaincu 67,41% des boliviens (2 103 732 personnes sur 3 120 724 votes valides) de permettre à Evo Morales et à son vice président, Alvaro García Linera, de terminer leur mandat.

Lors du scrutin du 10 août, les préfets de huit des neuf départements du pays se sont également soumis à référendum. La neuvième, Savina Cuellar (1), du département de Chuquisaca, venait d'être élue en juin suite à la démission de l'autorité précédente et n'a donc pas dû se soumettre à l'épreuve des urnes.

Deux préfets d’opposition ont été révoqués, il s'agit de Manfred Reyes de Cochabamba et de José Luis Paredes de La Paz. Du côté des appuis à Evo Morales, tous ont été confirmés dans leurs fonctions. Après dépouillement de 100% des urnes, la Court nationale électorale (CNE) a annoncé fin août la ratification de justesse d'Alberto Aguilar, du département d'Oruro, avec 50,85% des voix.

Mais si le référendum révocatoire était sensé clarifier le jeu politique, la ratification des préfets autonomistes, qui avaient organisé des consultations régionales (considérées illégales par la CNE) en faveur d'une autonomie départementale, n'a pas permis de débloquer la situation.

Appelés au dialogue par l'exécutif national au lendemain du 10 août, les leaders de l'opposition ont bien vite claqué la porte des négociations et appelé à la grève générale.

Celle-ci ne fut suivie que partiellement mais les dirigeants "civiques" et les préfets d'opposition, réunis au sein du Conseil national démocratique (Conalde), ont ensuite annoncé fin août des blocages de routes, l'occupation d'installations pétrolières et la fermeture de valves de gazoducs, notamment dans la région de Santa Cruz. Et ce de manière indéfinie jusqu'à obtenir la récupération de la totalité de l'IDH pour les budgets départementaux.

Le 22 août, un porte-parole du Comité civique de Tarija avait même déclaré ne pas exclure des actions plus radicales allant jusqu'à "obliger" le gouvernement du président Morales à "rendre ce qu'il a volé".

Face à ces menaces, le gouvernement bolivien a sommé l'armée de garantir la sécurité des installations gazières et pétrolières, principales ressources économiques du pays. L'exécutif a également répondu par un décret établissant des sanctions aux préfectures, mairies ou fonctionnaires qui se feraient écho de telles actions.

Selon l'Agence bolivienne d'Information (ABI), les coûts qui découlent de la réparation et de la remise en marche des installations affectées par les blocages, ainsi que les pertes occasionnées à l'Etat, devront être assumés par les entités concernées.

Retarder l'approbation de la constitution

Malgré sa victoire dans 95 des 112 provinces du pays, Evo Morales n'a pas obtenu la reconnaissance espérée d'une opposition qui se radicalise de jour en jour. Le référendum révocatoire était déjà un stratagème avancé par la droite pour retarder l'approbation de la nouvelle constitution, les revendications sur l'IDH en sont un autre.

Le gouvernement bolivien doit maintenant s’atteler à convoquer de nouvelles élections à Cochabamba et La Paz pour remplacer les préfets révoqués, ainsi qu’à faire voter la nouvelle constitution. Rédigé par une Assemblée constituante, le nouveau texte fondamental fut approuvé en décembre dernier par celle-ci, malgré le boycott des partis de droite.

Fin août, Mr. Morales avait annoncé la réalisation des deux scrutins régionaux (Cochabamba et La Paz) pour le 7 décembre prochain, ainsi que la tenue du référendum national sur le texte constitutionnel.

La journée devait également inclure une consultation populaire sur le nombre maximum d’hectares autorisés pour les propriétés terriennes privées (5 000 ou 10 000 hectares), article qui figure dans le projet de constitution et qui n’a pu être tranché par l’Assemblée constituante.

Cependant, quelques jours plus tard, la Court nationale électorale rejetait le décret émis par le Président de la République et exigeait que la convocation se fasse par un projet de loi qui doit maintenant être approuvé par le Congrès.

La date du prochain référendum reste donc encore floue, d’autant plus que l’opposition va essayer de bloquer ce projet de loi au Congrès.

La ratification d'une nouvelle constitution, qui permettrait une réélection du président Morales et enclencherait surtout la mise en oeuvre d'une réforme agraire interdisant les propriétés agricoles de plus de 5 000 ou 10 000 hectares, n'est pas du goût des latifundistes locaux. Certains d'entre eux sont en effet à la tête d'exploitations pouvant aller jusqu'à 200 000 hectares.

Pour empêcher cela, beaucoup sont prêts à aller jusqu'au bout. C'est le cas par exemple du président du Comité civique de Santa Cruz, Branco Marinkovic. Fils d'immigrés croates collaborateurs du régime oustachi, il est aujourd'hui à la tête d'une grande entreprise dans l'industrie du soja et, entre autres, ex président de la Fédération des Entrepreneurs privés de Santa Cruz.

La haine raciale qui anime également ces secteurs a occasionné en mai dernier des actes d'humiliation de paysans indigènes dans la ville de Sucre, capitale du département de Chuquisaca. Ceux-ci furent à moitié dénudés, rués de coups et obligés à marcher à genoux, et leurs vêtements brûlés sur la place publique.

Ambassadeur US persona non grata

Récemment, le 10 septembre, le président Morales a déclaré persona non grata l’ambassadeur des Etats-Unis en Bolivie, Philip Goldberg, et exigé son départ du pays.

Goldberg, qui avait occupé par le passé le poste de chef de mission à Pristina, au Kosovo, est accusé par les autorités boliviennes de "conspirer contre la démocratie et promouvoir la division de la Bolivie".

Cette mesure n’est que l’aboutissement d’une série de plaintes officielles du gouvernement bolivien face à l’administration étasunienne. A plusieurs reprises, La Paz avait accusé Goldberg d’exercer des fonctions qui allaient au-delà de la simple mission diplomatique, et notamment de soutenir financièrement les groupes d’opposition à Morales (2).

Enfin, accident ou sabotage, l'hélicoptère Super Puma prêté par le Venezuela et qui transportait régulièrement le président Morales s'est mystérieusement écrasé en juillet dernier, lors d'un vol entre Cochabamba et la ville de Cobija à la frontière brésilienne, tuant 4 militaires vénézuéliens et un bolivien.

Le président Morales, qui aurait dû utiliser l'appareil quelques heures plus tard, affirma par la suite que "le processus de changement continuera à coûter du sang, pour certains en luttant et pour d'autres, comme ces pilotes, en servant le peuple bolivien".

Notes:

(1) Savina Cuellar est une dirigeante indigène qui a rallié les rangs l'opposition. Elle fut membre de l'Assemblée constituante à laquelle elle fut pourtant élue sur la liste du MAS (Mouvement au Socialisme, parti d'Evo Morales). Avant cela, elle avait appris à lire avec la méthode cubaine d'alphabétisation "Yo sí puedo".

(2) L’USAID (United States Agency for International Development) avait déjà été exclue de la région indigène du Chapare pour les mêmes motifs, avec l’appui massif des mouvements sociaux locaux.



Article publié dans Le Drapeau Rouge de septembre 2008 et dans FALMAG


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