mardi 28 octobre 2008

Joyeuse campagne

Alors que l'opposition tapisse les murs de la ville depuis plusieurs semaines déjà, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) a commencé plus récemment sa campagne d'affichage. Ici, une affiche invite l'électeur: "Allons-y joyeux". (Photo: Seb)

Après quelques semaines de vacances, la voix du sud revient avec une nouvelle image, une page Facebook pour la promo et l'envie de mettre un coup d'accélérateur pour vous proposer reportages, billets d'humeur et interviews, le tout à moins d'un mois des élections régionales et locales au Venezuela.

Depuis mon retour à Caracas, la campagne électorale est en route, quoique encore à faible intensité. Le point de plus important à l'heure actuelle est probablement la rupture de l'Alliance patriotique dans le camp de la gauche.

Depuis plusieurs mois, Hugo Chávez appelait à l'unité du PSUV (Parti socialiste uni du Venezuela) avec les autres formations de gauche ayant refusé de se dissoudre pour intégrer celui-ci (1). Mais à la mi-octobre, le président vénézuélien a rompu publiquement cette alliance, faute d'accord sur les candidatures unitaires dans certains états (le pays compte 23 états, plus le district de la capitale, Caracas) et municipalités.

Les principaux alliés du PSUV étaient jusqu'ici le Parti communiste du Venezuela (PCV) et Patrie Pour Tous (PPT). L'Alliance patriotique comprenait également d'autre petits partis dont certains disposent de quelques sièges à l'Assemblée nationale (Parlement). De son côté, la formation Podemos (Pour une Démocratie sociale) s'était ralliée à l'opposition depuis le référendum sur la réforme constitutionnelle en décembre 2007 et ne faisait donc pas partie de l'alliance électorale actuelle.


Avec cette rupture, Chávez a rué dans les brancards en qualifiant ses alliés de "contre révolutionnaires" pour ne pas avoir appuyé les candidats du PSUV dans certaines régions, et s'est dit prêt à les "faire disparaître du panorama politique".


La nouvelle ligne?


Ces déclarations du président vénézuélien (et président du PSUV) ont provoqué des réactions, notamment au Parti communiste dont le secrétaire général, Oscar Figuera, commentait récemment à l'agence de presse IPS que ces accusations étaient "injustifiées et gratuites".


Figuera soulignait le fait que "sur le terrain électoral, les communistes appuient 17 des 22 candidatures du PSUV. Dans les autres cas, nous appuyons ceux que nous considérons les meilleurs cadres pour qu'avance et s'approfondisse la révolution".


Le dirigeant du PCV rappelait également que son parti "est partie intégrante du processus (ndlr: de changements sociaux, le proceso) depuis 1997, nous étions alors l'un des premiers partis à appuyer la candidature de Chávez. Et depuis 1931 nous faisons partie des forces révolutionnaires sur le continent américain. Ces critiques ne se justifient pas", concluait-il.

Du côté de la base, une jeune militante et employée dans un ministère me commentait récemment: "rien à foutre de la nouvelle ligne!", en faisant référence à la ligne adoptée par Chávez par rapport au PCV. Et un ami m'expliquait que dans les locaux de l'école de formation populaire dans laquelle il travaille, on voyait fleurir les affiches indiquant "somos todos comunistas!" (ndlr: "nous sommes tous des communistes!").

Notes:

(1) Lire sur ce blog : La révolution bolivarienne sur le chemin de l'unification, mai 2007.

dimanche 26 octobre 2008

Un dimanche soir à Manicomio...

Un dimanche soir dans le quartier populaire de Manicomio, à Caracas... (Photo: Seb)

samedi 13 septembre 2008

L'opposition bolivienne tente le passage en force

Une trentaine de paysans ont été assassinés jeudi dernier par des milices armées de l'opposition dans le département de Pando. (Photo: Abi)

Le référendum du 10 août dernier a réaffirmé la légitimité du premier président indigène de Bolivie. Élu en 2005 avec 53,7% de voix, Evo Morales a en effet été réélu par plus de 67% des électeurs. Mais ses principaux opposants, les préfets autonomistes des riches départements de Santa Cruz, Beni, Pando et Tarija, ont également été ratifiés lors de ce scrutin. Ils parient désormais sur un passage en force pour tenter d'enrayer le processus de transformations sociales en marche.


"Nous démontrons une fois de plus que le Beni est uni, qu'il va défendre son autonomie et ses recettes provenant de l'IDH (Impôt direct sur les Hydrocarbures). Ces manifestations ne sont rien d'autre que l'exécution d'un plan que nous avons élaboré pour la récupération de l'IDH".

Telles sont les déclarations du président du Comité civique juvénile du Beni, José Luis Peñafiel, après la prise des installations du Service départemental d'Education de cette région du nord du pays. Durant l'action menée par les membres du Comité, un dirigent paysan et une femme furent malmenés par les assaillants.

Ce type d'action est devenu monnaie courante depuis l'échec de l'opposition bolivienne de révoquer le président Morales par les urnes. Voyant le vent tourner, les préfets autonomistes avaient même un moment envisagé de boycotter un référendum qu'ils avaient eux-même exigé.

Le 15 août dernier, les membres de l'Union des Jeunesses de Santa Cruz ont essayé d'occuper par la force le siège départemental de la Police nationale. Les membres de cette organisation de droite radicale ont attaqué les installations policières à jets de pierres, bâtons et pétards.

Selon l'aveu de Peñafiel, les opposants à Evo Morales n'hésiteront pas a exécuter "de telles mesures radicales" dans les prochaines semaines, notamment pour récupérer les recettes provenant de l'IDH.

Sur décision du gouvernement bolivien, 30% des recettes de cet impôt (l'équivalent de 166 millions de dollars par an) destinées aux régions, sont actuellement utilisés pour financer les retraites des personnes de plus de 60 ans, sous le nom de "Rente de la Dignité" (Renta Dignidad).

Le panorama reste complexe

Les mesures sociales comme la Renta Dignidad, les politiques d'éducation pour tous appuyées par un plan d'alphabétisation avec l'aide de Cuba et du Venezuela, ainsi que la politique de nationalisation et de récupération des ressources naturelles, entre autres, ont convaincu 67,41% des boliviens (2 103 732 personnes sur 3 120 724 votes valides) de permettre à Evo Morales et à son vice président, Alvaro García Linera, de terminer leur mandat.

Lors du scrutin du 10 août, les préfets de huit des neuf départements du pays se sont également soumis à référendum. La neuvième, Savina Cuellar (1), du département de Chuquisaca, venait d'être élue en juin suite à la démission de l'autorité précédente et n'a donc pas dû se soumettre à l'épreuve des urnes.

Deux préfets d’opposition ont été révoqués, il s'agit de Manfred Reyes de Cochabamba et de José Luis Paredes de La Paz. Du côté des appuis à Evo Morales, tous ont été confirmés dans leurs fonctions. Après dépouillement de 100% des urnes, la Court nationale électorale (CNE) a annoncé fin août la ratification de justesse d'Alberto Aguilar, du département d'Oruro, avec 50,85% des voix.

Mais si le référendum révocatoire était sensé clarifier le jeu politique, la ratification des préfets autonomistes, qui avaient organisé des consultations régionales (considérées illégales par la CNE) en faveur d'une autonomie départementale, n'a pas permis de débloquer la situation.

Appelés au dialogue par l'exécutif national au lendemain du 10 août, les leaders de l'opposition ont bien vite claqué la porte des négociations et appelé à la grève générale.

Celle-ci ne fut suivie que partiellement mais les dirigeants "civiques" et les préfets d'opposition, réunis au sein du Conseil national démocratique (Conalde), ont ensuite annoncé fin août des blocages de routes, l'occupation d'installations pétrolières et la fermeture de valves de gazoducs, notamment dans la région de Santa Cruz. Et ce de manière indéfinie jusqu'à obtenir la récupération de la totalité de l'IDH pour les budgets départementaux.

Le 22 août, un porte-parole du Comité civique de Tarija avait même déclaré ne pas exclure des actions plus radicales allant jusqu'à "obliger" le gouvernement du président Morales à "rendre ce qu'il a volé".

Face à ces menaces, le gouvernement bolivien a sommé l'armée de garantir la sécurité des installations gazières et pétrolières, principales ressources économiques du pays. L'exécutif a également répondu par un décret établissant des sanctions aux préfectures, mairies ou fonctionnaires qui se feraient écho de telles actions.

Selon l'Agence bolivienne d'Information (ABI), les coûts qui découlent de la réparation et de la remise en marche des installations affectées par les blocages, ainsi que les pertes occasionnées à l'Etat, devront être assumés par les entités concernées.

Retarder l'approbation de la constitution

Malgré sa victoire dans 95 des 112 provinces du pays, Evo Morales n'a pas obtenu la reconnaissance espérée d'une opposition qui se radicalise de jour en jour. Le référendum révocatoire était déjà un stratagème avancé par la droite pour retarder l'approbation de la nouvelle constitution, les revendications sur l'IDH en sont un autre.

Le gouvernement bolivien doit maintenant s’atteler à convoquer de nouvelles élections à Cochabamba et La Paz pour remplacer les préfets révoqués, ainsi qu’à faire voter la nouvelle constitution. Rédigé par une Assemblée constituante, le nouveau texte fondamental fut approuvé en décembre dernier par celle-ci, malgré le boycott des partis de droite.

Fin août, Mr. Morales avait annoncé la réalisation des deux scrutins régionaux (Cochabamba et La Paz) pour le 7 décembre prochain, ainsi que la tenue du référendum national sur le texte constitutionnel.

La journée devait également inclure une consultation populaire sur le nombre maximum d’hectares autorisés pour les propriétés terriennes privées (5 000 ou 10 000 hectares), article qui figure dans le projet de constitution et qui n’a pu être tranché par l’Assemblée constituante.

Cependant, quelques jours plus tard, la Court nationale électorale rejetait le décret émis par le Président de la République et exigeait que la convocation se fasse par un projet de loi qui doit maintenant être approuvé par le Congrès.

La date du prochain référendum reste donc encore floue, d’autant plus que l’opposition va essayer de bloquer ce projet de loi au Congrès.

La ratification d'une nouvelle constitution, qui permettrait une réélection du président Morales et enclencherait surtout la mise en oeuvre d'une réforme agraire interdisant les propriétés agricoles de plus de 5 000 ou 10 000 hectares, n'est pas du goût des latifundistes locaux. Certains d'entre eux sont en effet à la tête d'exploitations pouvant aller jusqu'à 200 000 hectares.

Pour empêcher cela, beaucoup sont prêts à aller jusqu'au bout. C'est le cas par exemple du président du Comité civique de Santa Cruz, Branco Marinkovic. Fils d'immigrés croates collaborateurs du régime oustachi, il est aujourd'hui à la tête d'une grande entreprise dans l'industrie du soja et, entre autres, ex président de la Fédération des Entrepreneurs privés de Santa Cruz.

La haine raciale qui anime également ces secteurs a occasionné en mai dernier des actes d'humiliation de paysans indigènes dans la ville de Sucre, capitale du département de Chuquisaca. Ceux-ci furent à moitié dénudés, rués de coups et obligés à marcher à genoux, et leurs vêtements brûlés sur la place publique.

Ambassadeur US persona non grata

Récemment, le 10 septembre, le président Morales a déclaré persona non grata l’ambassadeur des Etats-Unis en Bolivie, Philip Goldberg, et exigé son départ du pays.

Goldberg, qui avait occupé par le passé le poste de chef de mission à Pristina, au Kosovo, est accusé par les autorités boliviennes de "conspirer contre la démocratie et promouvoir la division de la Bolivie".

Cette mesure n’est que l’aboutissement d’une série de plaintes officielles du gouvernement bolivien face à l’administration étasunienne. A plusieurs reprises, La Paz avait accusé Goldberg d’exercer des fonctions qui allaient au-delà de la simple mission diplomatique, et notamment de soutenir financièrement les groupes d’opposition à Morales (2).

Enfin, accident ou sabotage, l'hélicoptère Super Puma prêté par le Venezuela et qui transportait régulièrement le président Morales s'est mystérieusement écrasé en juillet dernier, lors d'un vol entre Cochabamba et la ville de Cobija à la frontière brésilienne, tuant 4 militaires vénézuéliens et un bolivien.

Le président Morales, qui aurait dû utiliser l'appareil quelques heures plus tard, affirma par la suite que "le processus de changement continuera à coûter du sang, pour certains en luttant et pour d'autres, comme ces pilotes, en servant le peuple bolivien".

Notes:

(1) Savina Cuellar est une dirigeante indigène qui a rallié les rangs l'opposition. Elle fut membre de l'Assemblée constituante à laquelle elle fut pourtant élue sur la liste du MAS (Mouvement au Socialisme, parti d'Evo Morales). Avant cela, elle avait appris à lire avec la méthode cubaine d'alphabétisation "Yo sí puedo".

(2) L’USAID (United States Agency for International Development) avait déjà été exclue de la région indigène du Chapare pour les mêmes motifs, avec l’appui massif des mouvements sociaux locaux.



Article publié dans Le Drapeau Rouge de septembre 2008 et dans FALMAG

mercredi 20 août 2008

Le Venezuela nationalise le ciment

Le décret de nationalisation de l'industrie vénézuélienne du ciment est entré en application ce lundi 18 août à minuit. Annoncée début avril par le président Chávez, la mesure avait été avalisée par la Court Suprême (Tribunal Supremo de Justicia), qui en avait ratifié la constitutionnalité le 17 juin dernier.

Trois entreprises étrangères sont concernées par ce rachat de la part de l'Etat. La française Lafarge, la suisse Holcim et la mexicaine Cemex. Les deux premières ont accepté de négocier la vente de leurs actions avec le gouvernement vénézuélien.

Holcim s'en sort avec 552 millions de dollars (337 millions d'euros) et Lafarge avec 267 millions de dollars (181 millions d'euros). La multinationale d'origine suisse représentait 23% du marché du ciment au Venezuela, la française 17%.

Toutes deux ont accepté de rester présentes au Venezuela en tant qu'actionnaires minoritaires. L'Etat vénézuélien a acquis 85% de Holcim (qui conserve 15%) et 89 de Lafarge (qui garde 5, les 6% restants demeurent en Bourse).

Dans le cas de Cemex, les négociations n'ont pas aboutit à un accord et les autorités vénézuéliennes ont annoncé son "expropriation".

"Ils demandaient 1 300 millions alors que nous avons acquis les deux autres, qui représentent pratiquement la même capacité que Cemex, pour 819 millions (de dollars)", a expliqué le vice président vénézuélien, Ramón Carrizales.

Le mot expropriation est à mettre entre guillemets car, comme ce fut toujours le cas dans les nationalisations précédentes (télécommunications, pétrole, électricité, etc.), le gouvernement dédommagera l'entreprise mexicaine.

Le ministre de l'Énergie et du Pétrole, Rafael Ramirez, a expliqué que le montant à payer par l'Etat pour les installations de Cemex sera déterminé après évaluation des actifs de la société par des juges.

En attendant, trois des quatre usines de Cemex ont été occupées par des effectifs de la Garde Nationale. Et, de leur coté, les travailleurs se sont mobilisés pour soutenir la nationalisation.

Le 31 juillet dernier, le gouvernement a annoncé sa volonté de racheter la filiale vénézuélienne du groupe bancaire espagnol Grupo Santander. Les négociations sont actuellement en cours pour la nationalisation de cette banque (Banco de Venezuela), une des plus importantes du pays.

mardi 8 juillet 2008

Une directive retour pour les investissements européens?

L'annonce de l'approbation, le 18 juin dernier, de la Directive Retour par le Parlement européen a suscité une vague d'indignation en Amérique Latine, non seulement au sein des populations mais également parmi les gouvernements.

L'une des premières voix à être reprise dans les médias européens fut celle du président bolivien, Evo Morales, qui a écrit une lettre ouverte (1) aux responsables politiques du Vieux Continent.

Dans cette lettre Morales se demandait: "comment pouvons-nous accepter sans réagir que soient concentrés dans ces camps (centres fermés, ndlr) nos compatriotes et frères latino-américains sans papiers, dont l’immense majorité travaillent et s’intègrent depuis des années?".

Et le premier président amérindien de la Bolivie concluait son appel aux dirigeants européens de la sorte: "Vous ne pouvez pas faillir aujourd’hui dans vos 'politiques d’intégration' comme vous avez échoué avec votre supposée 'mission civilisatrice' du temps des colonies".

Mais Morales ne fut pas le seul à rejeter la "Directive de la Honte", les institutions régionales l'ont également fait.

Le 26 juin, l'Organisation des Etats américains (OEA) décidait de créer une commission de haut niveau afin d'établir un dialogue avec l'Union européenne dans le but de "corriger" la directive.

Plus récemment, le premier juillet, le Marché commun du Sud (Mercosur) terminait son XXXVème Sommet de chefs d'Etat et de gouvernement avec une déclaration de rejet unanime de la Directive Retour.

Vers des actions concrètes?

Dans sa lettre aux parlementaires européens, le président Morales soulignait que parallèlement à la Directive Retour, "l’Union européenne tente de convaincre la Communauté andine des nations (Bolivie, Colombie, Equateur, Pérou) de signer un 'Accord d’association' qui inclut en son troisième pilier un traité de libre-échange, de même nature et contenu que ceux qu’imposent les Etats-Unis".

"Nous subissons une intense pression de la Commission européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle ou nos services publics. De plus, au nom de la 'protection juridique', on nous reproche notre processus de nationalisation de l’eau, du gaz et des télécommunications réalisés le Jour des travailleurs".

"Je demande, dans ce cas : où est la 'sécurité juridique' pour nos femmes, adolescents, enfants et travailleurs qui recherchent un horizon meilleur en Europe ?", ajoutait-il.

Et c'est dans cette direction que le président du Venezuela, Hugo Chávez, a orienté son discours. Au lendemain de l'approbation de la directive par le Parlement européen, il déclarait en compagnie du président élu du Paraguay, Fernando Lugo, que "pour les pays qui appliquent cette directive, nous allons revoir leurs investissements ici (au Venezuela) et faire une directive retour vers l'Europe aussi" (2).

"En tout cas, ici au Venezuela, nous n'en avons pas besoin (des investissements européens, ndlr)", avait déclaré Chávez.

Le président vénézuélien avait également averti l'Europe qu'en cas d'application de la directive, "nous n'allons pas rompre les relations, mais en tout cas nous arrêterons d'envoyer notre pétrole aux pays qui mettent en oeuvre la directive". Cependant la vente de pétrole vers l'Europe ne représente qu'un pourcentage minime des exportations vénézuéliennes dans ce domaine. Même chose pour les pays européens qui n'importent qu'un nombre réduit de barils du Venezuela.

Ce samedi 5 juin, jour de la fête d'Indépendance du Venezuela, Chávez a réitéré son discours. En présence d'Evo Morales qui était invité d'honneur, le chef d'Etat vénézuélien a réaffirmé que dans son pays "il y a des banques et des entreprises européennes, elles pourraient partir, les entreprises pétrolières aussi. Les choses sont sérieuses".

Contradictoire?

A côté de ces menaces de Chávez, que les secteurs de gauche au Venezuela aimeraient voir mises à exécution, le discours du président reste contradictoire.

En effet, le 11 juin dernier le Comandante a surpris en annonçant une série de mesures visant à "réimpulser l'économie".

Cependant, si certaines de ces mesures peuvent aider les petits producteurs à assurer leurs récoltes à des prix justes (condamnation de dettes, prêts à faibles taux, etc.), d'autres montrent l'hésitation à approfondir le processus vers la gauche; comme par exemple l'annonce de la suppression d'un impôt sur les transactions financières.

Mais au-delà des annonces économiques, c'est le symbole qui a frappé et déçu le mouvement populaire. Chávez est en effet apparu ce jour-là au côté des grands capitalistes vénézuélien, une façon de leur tendre la main.

Même ceux qui avaient participé activement au coup d'Etat d'avril 2002 et au lock-out patronal qui avait suivi en décembre de la même année figuraient parmi les invités.

Il a appelé le secteur privé à participer à l'effort productif au Venezuela, chose que ce secteur n'a jamais fait durant les 50 dernières années de démocratie représentative, maintenant le pays dépendant des importations et le condamnant à n'être qu'un exportateur de matières premières, principalement de pétrole.

Chávez a également tendu la main aux banques privées (!) et les a invité à "suivre l'exemple (des financements publics, ndlr), avec des taux en-dessous des taux du marché, des garanties et des délais de grâce".

Bref, vu ces déclarations contradictoires et l'échéance électorale du scrutin régional de novembre prochain, on peut s'attendre à ce que la "directive retour" pour les investissements européens ne soit pas pour demain.

Notes:

(1) Non à la directive européenne de la honte

(2) Chávez rejette "de toute son âme" la directive Retour approuvée par l’Union Européenne

mardi 17 juin 2008

Le pari démocratique d'Evo Morales

Face aux référendums autonomistes réalisés par l'opposition en dehors de tout cadre légal et au refus de dialoguer de ses dirigeants, le président bolivien Evo Morales joue la carte démocratique pour sortir de l'impasse. C'est la population qui décidera par référendum, le 10 août prochain, qui reste et qui part.


L'opposition bolivienne a jusqu'ici tout essayé pour déstabiliser le premier président amérindien du pays: référendums autonomistes illégaux, boycott du dialogue, violences racistes. Mais Morales a récemment répondu en convoquant un référendum révocatoire pour son mandat, celui du vice président Álvaro García Linera et celui des préfets (gouverneurs) des neuf départements que compte la Bolivie.

Morales joue le quitte ou double, en misant sur le large soutien dont il jouit chez les populations indigènes, paysannes et ouvrières. L'autre chemin, celui de la négociation avec les préfets radicaux de la dénommée "Demi Lune", des départements de Beni, Pando, Tarija et Santa Cruz, a échoué.

Parmi ces quatre régions, trois ont déjà réalisé leur référendum autonomiste, malgré le fait que la Cour nationale électorale (CNE) les ait déclaré illégaux (1). Il s'agit de Santa Cruz le 4 mai dernier, ainsi que Beni et Pando le premier juin. Tarija devrait suivre le 22 juin.

Ces consultations illégales ont été marquées par une très faible participation. Selon les résultats communiqués, le département de Pando a enregistré une abstention de 46,5%, alors que la chaîne de télévision privée ATB parlait de 50,1%, dans une région qui compte à peine 28 000 personnes en âge de voter.

Dans le cas de Beni, l'abstention a été de 34% sur une population d'à peine 134 483 personnes inscrites au registre électoral. Et à Santa Cruz elle a tourné autour des 40% d'une population votante de 935 527 personnes.

Les résultats communiqués par les cours électorales départementales, contrôlées par l'opposition, font état de 87% pour le "oui" à Pando, 80% à Beni et 85% dans la riche région de Santa Cruz.

Il est important de souligner tout d'abord que ces consultations se sont réalisées sans observateurs nationaux ni internationaux. Même l'Organisation des Etats américains (OEA), qui n'est pas forcément connue pour ses prises de position progressistes, avait refusé d'envoyer des observateurs et avait plaidé en faveur de l'unité constitutionnelle en Bolivie.

Ensuite, l'abstention constitue une démonstration du soutien dont jouit Evo Morales, y compris dans ces régions, étant donné que le message tant du gouvernement comme des mouvements sociaux avait été d'appeler au boycott des consultations, afin de ne pas les légitimer.

Mobilisations populaires

Lors de ces différents référendums, les organisations sociales et syndicales se sont mobilisées dans le pays pour rejeter les statuts autonomistes des départements gouvernés par la droite.

"Nous les travailleurs, nous rejetons ces statuts et rappelons à nos bases que la meilleure manière de démontrer notre rejet est de ne pas aller voter", déclarait le 31 mai la présidente de la Centrale ouvrière de Beni, Sonia Guardia.

Dans les trois départements, travailleurs, paysans et indigènes se sont mobilisés le jour des référendums par des blocages de routes et des manifestations. Dans certaines localités ils ont essayé d'empêcher l'ouverture des bureaux de vote et ont confisqué des urnes qu'ils ont brûlées, parce qu'ils considéraient qu'elles contenaient des bulletins de vote falsifiés.

Le 4 mai, 700 000 personnes ont manifesté à El Alto et à Cochabamba pour exprimer leur désaccord avec ces consultations illégales.

Violences racistes de l'opposition

Pour sa part, l'opposition avait mobilisé ses groupes de chocs. Les organisations d'extrême droite, parmi lesquelles l'Union des Jeunesses cruceñistes (Unión Juvenil Cruceñista, de Santa Cruz) avaient fait le déplacement à Beni et Pando où elles ont agressé des membres d'organisations sociales qui s'étaient mobilisés pour le "non" aux autonomies.

Au delà de la composante de classe entre membres de la bourgeoisie de Santa Cruz ou des autres départements et paysans ou travailleurs, il existe également une composante raciale entre blancs qui appartiennent à cette même bourgeoisie et indigènes ou amérindiens.

Le 24 mai dernier, des dizaines de paysans indigènes ont été humiliés et battus par des membres du dénommé Comité Interinstitutionnel, dans la ville de Sucre (département de Chuquisaca, au sud), alors qu'ils s'apprêtaient à participer à une mobilisation pro gouvernementale à laquelle devait assister le président Morales. Les paysans ont été dénudés jusqu'à la ceinture, leurs vêtements ont été brûlés et ils ont été forcés à marcher à genoux et à scander des slogans anti-Morales.

Les membres du Comité Interinstitutionnel étaient armés de bâtons, de pierres et de dynamite. Au total, 26 personnes ont été blessées et le mandataire a du annuler sa visite. Le lendemain, les organisations paysannes ont répondu par des blocages de routes.

Les nationalisations se poursuivent

Malgré les violences et les difficultés à avancer dans l'approbation de la nouvelle Constitution, Evo Morales continue les nationalisations entamées depuis 2006.

Le 3 juin denier, il a annoncé la nationalisation (en fait un rachat d'actions) de Transredes, l'entreprise de transport d'hydrocarbures. La moitié des actions appartenaient à TR-Holding, une filiale des multinationales Shell et Ashmore.

Après avoir récemment racheté les 51% de l'entreprise, l'Etat bolivien par l'intermédiaire de l'entreprise gazière publique YPFB en contrôlera désormais les 98%.

Durant son discours pour l'occasion, Morales a dénoncé que Transredes appuyait les activités des préfets de l'opposition et leurs plans séparatistes, notamment dans le département de Tarija.

"J'ai de nombreuses informations qui prouvent que cette entreprise conspirait en permanence contre le gouvernement et contre la démocratie. Mes ministres le savent, j'ai supporté depuis 2006 ces conspirations mais la patience a des limites. Nous n'allons pas permettre que d'autres entreprises conspirent, comme Enron ou Ashmore", a-t-il expliqué.

Après le référendum révocatoire du 10 août, un autre défis attendra Morales et les mouvements sociaux. Il s'agit de la ratification, par un autre référendum, de la nouvelle Constitution approuvée en décembre dernier par l'Assemblée constituante, boycottée elle aussi par l'opposition.


Notes:

(1) La CNE considère ces consultations illégales car elle estime qu'elles doivent être convoquées par le Congrès national et non pas par les autorités départementales.



Article publié dans La Gauche, juin-juillet 2008

Lire aussi sur ce blog l'article Bolivie, une opposition sans concessions, janvier 2008

mercredi 28 mai 2008

Conseil communal à Manicomio

Le rendez-vous était fixé à 19h, en face du petit magasin. Le groupe de francophones habitant le quartier de Manicomio avait répondu présent.

Ponctualité vénézuélienne oblige, nous avons eu le temps de boire une bière et de discuter un peu jusqu'à 20h, lorsque la réunion a vraiment commencé.

"Attendons que tout le monde sorte, il faut que se soit bien démocratique". Une fois n'est pas coutume, le retard jeudi dernier avait une réelle motivation. Petit à petit, les habitants du "callejon" et des ruelles avoisinantes prennent place dans la ruelle principale.

C'est une des premières réunions du conseil communal de ce quartier populaire à l'ouest de Caracas. Environs 70 personnes, dont une majorité de femmes, se sont regroupées dans la rue pour constituer le Commission électorale qui sera chargée d'organiser l'élection des portes-parole de la communauté, les "voceros".

Les conseils communaux sont des instances de démocratie participative que les Vénézuéliens sont libres de constituer dans leurs quartiers. Toute personne âgée de plus de 15 ans peut y participer comme votant ou comme candidat.

"Ceux qui connaissent la loi, tant mieux. Ceux qui ne la connaissent pas doivent la lire, c'est important. Ici c'est l'assemblée qui décide", s'exclame Wilfredo dans son haut parleur, alors que les voisins se regroupent autour de la pancarte collée au mur et qui servira de tableau improvisé.

La loi des conseils communaux a été adoptée par l'Assemblée nationale en avril 2006. L'article numéro 2 stipule que "les conseils communaux, dans le cadre constitutionnel de la démocratie participative et protagonique, sont des instances de participation, d'articulation et d'intégration entre les différentes organisations communautaires, groupes sociaux et les citoyens et citoyennes".

Ils doivent permettre "au peuple organisé d'exercer directement la gestion des politiques publiques et des projets orientés à répondre aux nécessités et aspirations des communautés par la construction d'une société équitable et de justice sociale".

Commission électorale

Le premier pas pour conformer un conseil communal est le recensement démographique de la communauté, réalisé par un groupe de "promoteurs" qui en prennent l'initiative. Seules les personnes inscrites pourront voter pour élire les membres des différentes commissions et de l'organe exécutif du conseil.

"Ceux qui ne veulent pas se faire recenser par qu'ils n'ont pas confiance ou parce que ça ne les intéresse pas, c'est leur droit. Mais qu'ils ne viennent pas critiquer le travail du conseil communal après!", vocifère Wilfredo pour que tout le monde entende, y compris ceux qui regardent depuis leurs fenêtres sans participer.

Ce jeudi, l'assemblée doit désigner une Commission électorale de 5 personnes qui seront chargées d'organiser la campagne et les élections des différentes commissions qui conformeront cette instance participative.

Cette commission électorale sera dissoute après les élections et ses membres ne peuvent se porter candidats lors du scrutin.


Parmi les principales commissions, la "Banque communale" sera l'organe chargé d'administrer les ressources financières apportées par le gouvernement pour la réalisation des projets.

La Commission de Contrôle ou "Unité de Contrôle social", sera pour sa part chargée de suivre de près le fonctionnement du conseil communal ainsi que l'administration des finances par la Banque communale.

Ces deux commissions, comme toutes les autres, devront se soumettre aux décisions et contrôle de l'assemblée des citoyens, l'instance suprême.

Les domaines que peuvent toucher les conseils communaux, selon leurs niveau d'organisation, sont divers: sport, culture, éducation (en partenariat avec les Missions par exemple), santé, aide aux personnes à bas revenu, infrastructure, transport, etc.

"Le problème n'est pas qu'il n'y a pas de gaz, le problème c'est que les marchands spéculent avec le prix des bombonnes", s'indigne un voisin, alors qu'on s'arrange pour organiser l'approvisionnement en gaz dans le quartier. C'est aussi une des attributions des conseils communaux!

On en revient au but premier de la réunion, la désignation de la Commission électorale. "Allez les expatriés là, ça serait bien que l'un d'entre vous y participe. Vous aussi vous avez des droits!", nous rappelle Wilfredo.

Ma curiosité et l'insistance de l'invitation me poussent à me porter volontaire. Me voilà embarqué dans la Commission électorale du conseil communal de Manicomio.

vendredi 16 mai 2008

Quand Interpol brode autour de son rapport sur l'ordinateur des FARC

Ce jeudi, le secrétaire général d'Interpol, l'étasunien Ronald Noble, a remis en personne à Bogotá le rapport de la Police Internationale sur l'analyse des trois ordinateurs que les autorités colombiennes prétendent avoir retrouvé sur le site du bombardement du campement des FARC, en territoire équatorien, et qui auraient appartenu au numéro deux de la guérilla tué durant l'opération, Raúl Reyes.

A la vieille du cinquième sommet Europe, Amérique latine et Caraïbes, la presse commerciale fait déjà un festin des conclusions énoncées par Noble en conférence de presse.

"Nous sommes certains que les pièces examinées par nos experts proviennent d'un campement terroriste des FARC", a indiqué jeudi le secrétaire général d'Interpol, répondant à un journaliste qui lui demandait s'il pouvait affirmer la provenance de ces ordinateurs.

Pourtant, le rapport écrit dit exactement le contraire (1). Il signale que "la vérification par Interpol des huit pièces à conviction informatiques saisies aux mains des FARC (2) n’implique ni la validation de l’exactitude des fichiers utilisateur, ni la validation de l’interprétation de quelque pays que ce soit relativement à ces fichiers utilisateur, ni la validation de la source des fichiers utilisateur".

En d'autres mots, bien que le rapport prenne comme fait accompli dés le premier paragraphe que ces ordinateurs ont été "saisis dans un camp des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en Équateur, dans la région frontalière avec la Colombie, le 1er mars 2008", il ne peut concrètement en certifier la provenance.

Il met également en garde contre toute interprétation hâtive. Il serait donc bon de rappeler le droit à la présomption d'innocence dont dispose chaque personne et gouvernement jusqu'à ce qu'une instance compétente ait déterminé si quelqu'un est responsable de quoi que se soit (financer, armer les FARC, etc.). Ceci étant un principe de base du journalisme.

Le journal Le Soir, reprenant une dépêche de l'Afp, affirmait jeudi sur son site web que "un rapport d’Interpol, dévoilé jeudi à Bogotá, atteste l’authenticité des documents qui prouvent, selon Bogotá, que le chef de file de la gauche radicale latino-américaine (Chávez, ndlr) aurait financé et armé la guérilla marxiste".

C'est vrai, Noble (3) a assuré que l'équipe d'experts d'Interpol n'a retrouvé "aucun élément attestant la création, la modification ou la suppression de fichiers utilisateur".

Cependant, le rapport rend compte que les pièces à conviction n'ont pas été traitées selon "les principes reconnus internationalement pour ce type d'expertise".

Plus précisément, "l’accès aux données contenues dans les huit pièces à conviction informatiques provenant des FARC entre le 1er mars 2008, date à laquelle elles ont été saisies par les autorités colombiennes, et le 3 mars 2008 à 11h45, lorsqu’elles ont été remises au Grupo Investigativo de Delitos Informáticos de la Police judiciaire colombienne, n’a pas été effectué conformément aux principes reconnus au niveau international en matière de traitement des éléments de preuve électroniques par les services chargés de l’application de la loi".

C'est à dire que les autorités colombiennes ont ouvert directement les fichiers entre ces deux dates. Il est même précisé que "un ordinateur portable ainsi que les deux disques durs externes qui ont été saisis contenaient des fichiers à l’horodatage erroné (dates dans le futur)", datés de 2009.

Finalement, Interpol insiste sur le fait que "l’exactitude et la provenance des fichiers utilisateur contenus dans ces huit pièces à conviction sont et ont toujours été exclues du champ de l’expertise réalisée par Interpol, qui porte sur les aspects d’informatique légale".

Deux rapports, deux couvertures médiatiques

La semaine dernière, l'Equateur à présenté son rapport dénonçant qu'au moins quatre des 25 personnes décédées lors du bombardement du campement des FARC le premier mars, ne sont pas mortes des causes du bombardement mais ont été abattues par balle.

De plus, l'autopsie a démontré que le citoyen équatorien qui se trouvait dans le campement est mort de coups sur le crâne. On se rappellera que Bogotá avait héliporté des troupes après le bombardement afin de récupérer les corps de Raúl Reyes et de Franklin Aisalia (équatorien confondu au départ avec un autre dirigeant de la guérrilla, Julian Conrado).

Les autorités de Quito dénoncent également que la Colombie ne dispose pas d'avions capables de transporter les bombes utilisées dans l'opération, et accusent une "force étrangère" d'avoir participé au bombardement, faisant référence aux États-Unis et à leur base militaire de Manta, située en territoire équatorien.

De nouveau, on voit la différence faite dans la couverture médiatique de ces deux rapports.


Notes:

(1) Pour consulter le rapport d'Interpol en quatre langues, cliquez ici.


(2) Il s'agit de trois ordinateurs portables, deux disques durs externes et trois clés USB.

(3) Le président Hugo Chávez l'a surnommé "ignoble" lors d'une conférence de presse à Caracas ce jeudi, en réaction au rapport rendu par Interpol.

lundi 28 avril 2008

Lutter pour la liberté (économique), ça rapporte !

Le mouvement étudiant de l’opposition vénézuélienne à toujours nié être subventionné par les Etats-Unis. Ses représentants ont toujours rejeté cette étiquette de "peón del imperio" (pion de l’empire étasunien) que le gouvernement leur colle.

Et pourtant le 15 mai prochain, un des principaux leaders de ce mouvement, Yon Goicoechea, se verra remettre un prix de 500 000 dollars à New York par un institut qui à pour but de promouvoir le libéralisme économique.

Tous les deux ans depuis 2002, le Cato Institute décerne le "Prix Milton Friedman pour la Liberté". Le concept de "liberté" de cette institution fait référence au libre marché, dont l’économiste Friedman était un fervent défenseur.

Il est d’ailleurs intéressant de jeter un œil su le site web du Cato Institute (1). L’en-tête de la page parle de lui même : "Liberté individuelle, gouvernement limité, marchés libres et paix".

La dépêche de l’agence Efe, datée du 23 avril, indique que le président de l’institut, Edward Crane, a souligné "la contribution extraordinaire de Goicoechea à la promotion de la liberté".

Le leader estudiantin de l’Université Catolique Andrés Bello (UCAB, privée) a été très actif durant les mobilisations de l’opposition contre la non rénovation de la concession de la chaîne RCTV, ainsi que durant toute la campagne contre la réforme constitutionnelle.

Le Cato Institute, "fondation éducative à but non lucratif", gérait en 2005 un budget de 22,4 millions de dollars et possédait plus de 100 employés temps-plein.

Pas de politique

Le message des étudiants de l’opposition vénézuélienne a toujours été "nous ne sommes pas politiques. Nous luttons pour la liberté d’expression, les droits de l’homme, etc.". Ils ont ainsi réussi à se détacher de l’image poussiéreuse des partis d’opposition.

Cependant Goicoechea, qui dans l’interview à Efe persiste à affirmer qu’il est "indépendant", ne cache pas son envie d’occuper "dans le futur, un poste publique dans la politique vénézuélienne".

Un de ces compères du mouvement étudiant bourgeois a d’ailleurs déjà fait le pas. On peut voir dans les rues de Caracas, depuis plusieurs semaines, des autocollants avec le nom et la photo de l’étudiant Stalin González.

Stalin a dors et déjà commencé sa campagne pour les élections communales et régionales de novembre. Il compte se présenter sur les listes du parti d’opposition Un Nuevo Tiempo (UNT), pour la municipalité de Libertador à Caracas.

Mais Goicoechea n’a rien à lui envier. D’après l’Agencia Bolivariana de Noticias (ABN), il compterait utiliser ce demi-million de dollars pour créer "une école de formation de leaders politiques qui veulent se battre pour leur futur et à laquelle pourront assister des étudiants latino-américains, en particulier de Cuba et de la Bolivie".

Et justement, Yon s’est déjà rendu en Bolivie pour participer à une conférence organisée par les milieux étudiants qui prônent l’autonomie du département de Santa Cruz. Ces jeunes se caractérisent par leur radicale opposition (à de nombreuses reprises violente) au gouvernement de Evo Morales et leur racisme envers la population indigène qui constitue la majorité en Bolivie (2).

Une fois de plus, on remarque que la dépolitisation du débat, quel qu’il soit, à toujours un but politique. Dans ce cas-ci c’est la défense de la liberté… de marché.

Notes:

(1) www.cato.org

(2) Nous reviendrons cette semaine sur le thème de la Bolivie et du séparatisme de la région de Santa Cruz.

Sur le mouvement étudiant d'opposition, voir également la vidéo ci-dessous.

mardi 1 avril 2008

Nouveaux visages, même objectif




Le documentaire sur le mouvement étudiant d'opposition au Venezuela enfin sous-titré en français.


"Nouveaux visages, même objectif" démontre les liens des leaders estudiantins de l’opposition vénézuélienne avec l’organisation serbe Otpor (actuellement Canvas), les institutions du Gouvernement étasunien, les jeunesses du parti de Silvio Berlsconi et le Vatican. Les connections de ces étudiants s’étendent au Parti Popupaire espagnol, Nuevas Generaciones et la Fondation FAES.

On y explique également les incidents de l’Université centrale du Venezuela, là où ont eu lieu des affrontements violents durant la campagne contre la réforme constitutionnelle.

Ce documentaire est également disponible sur :


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