lundi 16 mars 2009

L'industrie alimentaire dans la tourmente

Ces dernières semaines le gouvernement vénézuélien a pris le contrôle de la totalité des entreprises productrices de riz dans le pays, et ce pour une période annoncée de 90 jours. Le secteur privé est accusé de ne pas respecter la régulation des prix appliquée à cet ingrédient classique du menu quotidien de la population. Le président Hugo Chávez a par ailleurs ordonné l'expropriation d'une usine de la multinationale Cargill.

La mesure est motivée par le fait que le secteur privé tente de contourner le contrôle des prix en produisant majoritairement des variétés de riz "à saveurs", qui peuvent être vendues jusqu'à trois fois le tarif fixé par l'Etat. La fédération patronale se scandalise et insiste sur le fait que les entreprises "ne peuvent pas vendre à perte", de son côté le gouvernement invoque la "sécurité alimentaire".

"Ils achètent le riz aux producteurs et ils refusent de le produire au prix régulé; c'est pourquoi j'ai ordonné l'intervention de ce secteur de l'agro-industrie", déclarait fin février Hugo Chávez, qui a aussitôt ordonné à la Garde nationale et à l'armée d'appuyer "la prise et l'intervention de toutes les entreprises qui produisent du riz au Venezuela" (58 usines au total).

Le mercredi 4 mars, un autre pas a été franchi avec la décision d'exproprier l'une des usines de la multinationale Cargill, située dans l'état occidental de Portuguesa. Selon les autorités, cette entreprise ne produisait "pas un seul kilo" de riz de base, mais consacrait la totalité de sa production (2400 tonnes par mois) à des variétés de riz non soumises au contrôle de prix.

"Commencez le processus d'expropriation de Cargill, avec en plus une enquête judiciaire car ce qu'ils font est une violation flagrante (de la loi)", a annoncé le mandataire vénézuélien lors d'une réunion du Conseil des ministres. La législation sur la souveraineté et sécurité alimentaire reconnaît en effet les aliments comme un bien d'utilité publique. Elle permet l'expropriation par décret présidentiel des entreprises ne respectant pas ce cadre légal et ce "contre paiement à un juste prix".

Selon les autorités, cette production ciblée de variétés non régulées pourrait provoquer une déficience dans l'approvisionnement des aliments de base. Dans la pratique, on peine à trouver le paquet de riz conventionnel dans les rayons des supermarchés. Plusieurs produits sont d'ailleurs concernés et les entreprises du secteur agroalimentaire doivent désormais respecter des quotas de production de denrées aux prix régulés.

A titre d'exemple, les usines de sucre, de café ou encore de fromage, doivent destiner 95% de leur production à la version régulée du produit. Les 5% restants pouvant être destinés à des variantes au tarif libre. En ce qui concerne le riz, la quantité régulée doit correspondre à 80% de la production.

Le président Chávez a averti que la prise de contrôle des usines, prévue normalement pour une période de 90 jours, pourrait mener à d'autres expropriations si les entreprises ne collaboraient pas à l'approvisionnement du pays. Pour sa part, le président de la fédération patronale (Fedecámaras), José Manuel González, s'est dit prêt à dialoguer avec le gouvernement "à condition que le Président s'écarte de son projet politique" qui prône l'instauration du "socialisme du XXIème siècle".

Sur le "Simón Bolívar"...

Le "Simón Bolívar" est un voilier trois mats de la Marine vénézuélienne. Construit en 1980 en Espagne, il mesure près de 80 mètres de long.

Fin février, environ 70 cadets s’y sont embarqués pour un voyage de formation de quatre mois vers le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine.


La voix du sud
a eu l’opportunité d’y embarquer et de partager durant quelques heures la vie de l’équipage, entre les ports vénézuéliens de Puerto Cabello et La Guaira.

Le reste en images... (Photos: Seb)

mercredi 18 février 2009

Chávez renoue avec la victoire

Le président Chávez lors du discours de fin de campagne,
sur l'avenue Bolivar, à Caracas. (Photo: Seb)

Après la défaite de décembre 2007 et le succès en demi-teinte de novembre 2008, le président vénézuélien, Hugo Chávez, a renoué avec la victoire ce dimanche 15 février. Avec une différence de près de dix points, les électeurs ont approuvé l'élimination de la limite de mandats pour le président, les maires, gouverneurs et députés.


"Nous avons ouvert de part en part les portes du fut
ur!" C'est comme cela que Hugo Chávez s'est adressé dimanche soir à la foule rassemblée face au Palais présidentiel de Miraflores, après la diffusion du premier bulletin du Conseil national électoral (CNE).

Avec le résultat de ce référendum, la limite de deux mandats consécutifs pour toutes les fonctions électives est désormais supprimée. Le leader bolivarien, qui en est à son deuxième mandat, n'a pas tardé à confirmer son intention de se représenter.


"A moins que Dieu n'en dispose autrement, à moins que
le peuple n'en dispose autrement, ce soldat est déjà précandidat à la présidence de la République pour la période 2013-2019", déclarait-il devant ses partisans qui scandaient "victoria popular" (1).

Le CNE a émis son troisième bulletin ce mardi, avec 99,75% des votes comptabilisés, le 'oui' l'emporte avec 54,86% (6 319 636 votes) face au 'non' qui totalise 45,13% (5 198 006), l'abstention se situant à 30,08%.


L'opposition atteint pour la première fois les cinq millions de votes. Le chavisme, quant à lui, perd un million de voix par rapport aux élections présidentielles de 2006 (7 309 080, son plus haut score).


Les partisans du 'non' confirment leur victoire de novembre dernier (2) dans quatre états: Zulia, Táchira, Miranda et Nueva Esparta. Ils ne rééditent pas la victoire acquise dans l'état de Carabobo mais la remplacent par une victoire dans l'état de Mérida. Cette fois, la circonscription du grand Caracas est restée aux mains du chavisme.

Rectifier le tir... enfin?

Dans son discours, le président Chávez n'a pas céd
é au triomphalisme et a appelé à rectifier le tir "dans tous les domaines du gouvernement". Mais il a surtout abordé les thèmes qui lui ont fait perdre des points ces dernières années, fautes de résultats concrets pour la population.

"Je veux compromettre ma parole et celle de tous ceux qui m'accompagnent dans le gouvernement, (...) dans la bataille que nous devons mener avec plus d'intensité, plus d'efforts et surtout plus de résultats contre l'insécurité dans les rues, la lutte contre la corruption, la lutte contre le gaspillage, la lutte contre la bureaucratie, contre l'inefficacité".


On ne pouvait mieux résumer. Car si la majorité des Vénézuéliens a de nouveau soutenu le président (et le processus de changements sociaux qu'il incarne) dans cette épreuve électorale, les critiques ne manquent pas et se font de plus en plus présentes. Dès le lundi, à peine passée la période préélectorale où tout le monde fait bloc et prend son mal en patience, les critiques des auditeurs fusaient sur les ondes de la radio publique, Radio Nacional de Venezuela.


"Il faut faire le ménage dans le PSUV (Parti socialiste uni du Venezuela) de l'Etat du Zulia. Les dirigeants du parti ici ne représentent pas le peuple. Tant qu'on aura des dirigeants comme ça, on n'arrivera jamais à gagner le Zulia", se plaignait une auditrice parmi tant d'autres.

Mais aux abords du Palais de Miraflores le soir de la victoire, Alejandro, jeune travailleur d'une coopérative audiovisuelle, apportait déjà un élément de réponse: "L'efficacité et l'approfondissement de la révolution passent d'abord par une dépersonnalisation du processus".

A l'annonce des résultats, devant le Palais de Miraflores. (Photo: Seb)

Notes:

(1) "Victoire populaire".
(2) Voir sur ce blog: "Elections régionales au Venezuela: la bataille reste à venir".



Article publié sur le site de La Gauche le 18 février 2009

mercredi 11 février 2009

Quand l'opposition fait mentir Bolivar...

Portrait du "Libertador", Simón Bolívar,
dans la salle de presse du Palais présidentiel de Miraflores. (Photo: Seb)


Ce weekend, les Vénézuéliens seront de nouveau appelés aux urnes pour un référendum visant à supprimer la limitation du nombre de mandats des maires, gouverneurs et du Président de la République.

La Constitution actuelle, approuvée par référendum en 1999, permet deux mandants consécutifs à tous ces niveaux de pouvoir. L'amendement proposé par l'Assemblée nationale, s'il est approuvé le 15 février par la majorité de la population, permettra donc de modifier les articles correspondants.

En somme, rien d'exceptionnel, rien de plus que ce qui se fait déjà dans la plupart des pays européens (dans 17 pays sur 27 en ce qui concerne la réélection du chef de l'Etat). A la différence que le Venezuela continuera, quoi qu'il en soit, de jouir d'une Constitution qui permet la réalisation d'un référendum révocatoire à la moitié des mandats, à tous les niveaux de pouvoir.

Rappelons également que, depuis l'arrivée de Hugo Chávez à la présidence, les référendums sont devenus chose courante, alors qu'ils étaient inexistants auparavant dans la politique vénézuélienne (1). Depuis 1999, quatre référendums ont été organisés au niveau national, dont seul celui de 2007 sur la modification de 69 articles de la Constitution a été perdu (2).

Malgré cela l'opposition continue à jouer la carte de la peur du "régime castro-communiste" et de la "dictature". Depuis le début de la campagne, elle utilise une phrase de Simón Bolivar dans sa propagande. Ou plutôt elle utilise une demi phrase car elle n'hésite pas à la censurer pour servir ses intérêts.

"...Rien n'est plus dangereux que de laisser un même individu au pouvoir durant une longue période. Le peuple s'habitue à lui obéir et lui s'habitue à le diriger; de là naît l'usurpation et la tyrannie", peut-on lire sur les tracts distribués par les militants de l'opposition dans toute la capitale.

Ceux-ci ont d'ailleurs même baptisé leur équipe de campagne "Comando Angostura", du nom de la ville (aujourd'hui appelée Ciudad Bolívar) d'où, le 15 février 1819, le Libertador prononçait le discours dans lequel il cite cette phrase.


Et pourtant, les trois petits points qui commencent la citation sont loin d'être anodins, ils substituent la partie où Bolivar dit : "Les élections répétées sont essentielles dans les systèmes populaires" et il continue ensuite "car rien n'est plus dangereux que de laisser un même individu au pouvoir durant une longue période. Le peuple s'habitue à lui obéir et lui s'habitue à le diriger; de là naît l'usurpation et la tyrannie".


La manipulation se passe de commentaire...


Notes:


(1) Jusqu'en 1989, les maires et les gouverneurs des états (l'équivalent des provinces ou départements) n'étaient pas élus au suffrage universel mais désignés par le Président de la République!


(2) Ces quatre référendums sont : 1998, pour l'approbation de la convocation à une assemblée constituante; 1999 pour l'approbation de la nouvelle Constitution; 2004, référendum révocatoire à la moitié du mandat de Hugo Chávez; et enfin 2007, pour l'approbation de la réforme constitutionnelle qui fut rejetée à 51,05%.

vendredi 23 janvier 2009

Refonder la Bolivie et reconnaître le rôle social de la coca

(Photo : Seb)

Dans la région des Yungas, au nord-est de La Paz, la tradition veut qu’un homme qui demande une femme en mariage apporte une poignée de feuilles de coca aux parents de celle-ci, enveloppées dans un "tari", le tissu traditionnel aymara.

En plus de considérer la petite feuille verte comme une importante source de revenu, les peuples indigènes de Bolivie la conçoivent également comme un facteur de cohésion sociale.

"La feuille de coca fait partie de notre culture mais elle nous a en plus uni en tant que mouvements sociaux", explique Sabino Mendoza, dirigeant "cocalero" et ex membre de l’assemblée constituante qui fut chargée de rédiger le projet de constitution qui sera soumis à référendum ce 25 janvier.

L’article 384 de ce texte consacre la feuille de coca comme "patrimoine culturel, ressource naturelle renouvelable de la biodiversité de la Bolivie et comme facteur de cohésion sociale". Il y est également stipulé que "l’Etat protège la coca originaire et ancestrale", considérée dans son état naturel comme n’étant pas un produit stupéfiant.

Dans le petit village de Coroico, au coeur de cette région montagneuse et humide que son les Yungas, Sabino Mendoza s’adresse aux paysans réunis devant le siège de campagne du MAS (Mouvement au Socialisme, parti d’Evo Morales). Les exemplaires du nouveau texte constitutionnel s’arrachent comme des petits pains.

"Vous devez lire ce texte ‘compañeros’, il ne faut pas aller voter comme des robots sans savoir pour quoi vous votez ! Cette constitution va refonder la Bolivie et va reconnaître la feuille de coca".

L’article reconnaissant la feuille ancestrale est l’argument principal pour appeler à voter "oui" dans cette région, mais c’est aussi le principal sujet de discussion dans les réunions. "Que se passera-t-il si la coca se généralise dans tout le pays et si les prix se mettent à baisser ?", s’inquiète un cultivateur présent à l’assemblée dans le village de Santa Rosa, à quelques kilomètres de Coroico.

Le projet de constitution prévoit que "la revalorisation, production, commercialisation et industrialisation" de la coca sera régie par la loi. La législation actuelle tolère la culture de la coca à des fins traditionnelles mais prévoit sa substitution progressive. Et sa production n’est permise que dans certaines régions, pour une surface totale qui ne dépasse pas les 12 mille hectares.

Selon Sabino Mendoza, la nouvelle loi générale de la coca devrait autoriser une surface de culture de 20 mille hectares. "Il doit exister un contrôle rigoureux, il faut condamner ceux qui trafiquent les produits chimiques pour extraire la cocaïne de la coca. Mais la coca n’est pas un produit chimique, dans son état naturel ce ne sera jamais de la cocaïne".

Propriété intellectuelle collective

Mais la reconnaissance de la feuille de coca n’est pas le seul avantage dont jouiront les peuples indigènes avec l’approbation de ce nouveau texte. Ils seront désormais reconnus comme "nations et peuples indigènes originaires paysans". Et chacune de leurs langues (36 au total) sera reconnue comme langue officielle, en plus de l’espagnol.

Ils se verront attribuer "l’utilisation exclusive des ressources naturelles renouvelables existantes sur leur territoire", ainsi que la propriété intellectuelle collective de leurs "savoirs et connaissances".

Le texte reconnais également différents statuts d’autonomie, thème qui fut la pomme de discorde avec l’opposition des départements de Santa Cruz, Beni, Pando et Tarija. La nouvelle constitution instaure des autonomies départementales, régionales, municipales et "indigènes originaires paysannes". Tout cela dans le respect de l’unité du pays.

"C’est une constitution qui a été élaborée par nos propres organisations sociales, depuis la base. La constitution actuelle ne tient pas compte des paysans et des pauvres. C’est pourquoi nous nous sommes tant battus pour obtenir ce nouveau texte", explique Victoriano Choque, lui aussi dirigeant "cocalero" de Coroico.

Et c’est probablement lui qui résume le mieux ce que cette constitution, si elle est approuvée par référendum ce 25 janvier, apportera aux boliviens.

"Cette nouvelle constitution n’est rien de plus qu’un tronc avec ses racines. Ensuite, les organisations sociales devront le compléter en y apportant les branches, et les branches se complèteront par des feuilles. Finalement ces feuilles vont fleurir et vont donner des fruits, et ces fruits seront un bénéfice pour tous le pays".

Article publié sur le Risal, janvier 2009

dimanche 11 janvier 2009

Wal-Mart pousse sa filiale chilienne à punir Cuba

Globalisation et ouverture des marchés obligent, le traditionnel pisco chilien est de plus en plus détrôné par les marques de rhum de tout le continent. Selon le journal local La Tercera, "il y a huit ans, pour chaque bouteille de rhum consommée au Chili il s’en vendait 15 de pisco. Aujourd’hui la proportion n’est plus que de 1 pour 3".

Tous les pays producteurs on leur place dans les rayons des supermarchés chiliens : Nicaragua, Venezuela, Panama, Cuba, République Dominicaine, etc. Cependant, malgré le discours officiel de "liberté totale" du libéralisme économique, il arrive que la politique prenne le dessus sur le libre commerce.

En début d’année, la presse locale a annoncé une OPA sur le groupe D&S (qui représente 34% du marché chilien de la grande distribution) par le géant étasunien Wal-Mart. Mais le plus grand distributeur mondial n’a pas encore pris formellement le contrôle du capital de l’entreprise chilienne que la polémique enfle déjà: Wal-Mart veut interdire à sa future filiale de vendre des produits cubains dans ses rayons.

Certains médias avancent également la possibilité que la mesure soit appliquée aux produits vénézuéliens et iraniens. Ce genre de discrimination, dans le cas de Cuba, ne ferait que renforcer le blocus en vigueur contre l’île depuis plus de 40 ans. Celui-ci fut condamné à maintes reprises par les Nations Unies à l’exception des Etats-Unis et d’Israël principalement.

En appliquant cette mesure, Wal-Mart se plierait aux lois Helms-Burton et Torricelli, qui consacrent l’extraterritorialité du droit US. Selon le site Internet 123.cl, les rhums cubains et vénézuéliens auraient commencé à être vendus à moitié prix dans les supermarchés D&S, afin d’écouler les stocks.


D’autre part, la Centrale autonome des Travailleurs (CAT) a rejeté cette semaine l’arrivée de Wal-Mart sur le marché chilien et dénoncé "les politiques anti-syndicales de cette multinationale".


Malgré ces attaques clairement politiques contre Cuba et les politiques reconnues de Wal-Mart en matière syndicale, le président du Parti socialiste chilien, Camilo Escalona, déclarait encore récemment que "les frontières idéologiques sont affaires du passé".

jeudi 1 janvier 2009

Pour une année 2009 pleine de luttes

En 2009 la voix du sud continuera à vous informer sur ce qui se passe en Amérique latine et plus particulièrement au Venezuela. Le blog (votre blog) continuera à vous donner une vision différente de celle présentée par les multinationales de la communication.

La voix du sud se donnera à fond pour vous faire vivre les événements qui se déroulent de ce côté de l’Atlantique, à travers les mots et les images.
Le blog essaie de donner à la photo la place qu’elle mérite, tant pour son côté artistique que pour son caractère informatif. Cette tendance continuera en 2009 afin de vous montrer aussi ce que les mots ne peuvent décrire : les regards, les sourires mais aussi la colère et les luttes. Tout cela bien sûr sans délaisser les textes plus fouillés et les analyses.
La voix du sud amplifiera aussi ses collaborations, notamment avec l’émission Nuestra América sur Radio Zinzine, d’Aix-en-provence. Mais aussi avec Ecos del Mundo, émission diffusée (en espagnol) sur Radio Nacional de Venezuela. Les collaborations écrites continueront bien entendu de venir nourrir le blog.
Dans les prochains jours je publierai une interview d’Orlando Caputo, réalisée à Santiago du Chili en décembre. Caputo est économiste et fut un proche collaborateur de Salvador Allende. Il fut également l’un des principaux protagonistes de la nationalisation du cuivre, en tant que gérant général de l’entreprise chilienne de cuivre, Codelco, sous le gouvernement Allende.
Finalement, la voix du sud couvrira le référendum sur la nouvelle constitution bolivienne le 25 janvier prochain, depuis La Paz, Cochabamba et Santa Cruz. Ce sera également l’occasion de rencontrer les acteurs de terrain dans cette Bolivie en ébullition : mouvements sociaux, médias alternatifs, intellectuels, etc.
Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une année 2009 pleine de luttes : joyeuses, classistes et combatives.
---
Note:
Graffiti sur un mur de Valparaiso, Chili. "Lutte joyeuse, classite et combative". (Photo: Seb)

mardi 23 décembre 2008

Chili 2008

(Photo: Seb)

Voici maintenant une semaine que je suis arrivé au Chili. Ce lundi j’ai assisté à une manifestation à Santiago en solidarité avec le peuple Mapuche et en particulier avec la communauté autonome de Temucuicui.

Un jeune militant solidaire avec la cause mapuche a en effet été assassiné dimanche dernier dans cette communauté. Les conditions de sa mort sont encore floues.

La manifestation de ce lundi était convoquée par des collectifs anarchistes et une centaine de personnes avaient répondu à l’appel. A cette époque Santiago est, comme toutes les grandes villes du monde, plongée dans une fièvre effrénée à la consommation. Et l’idée était justement d’interpeller les passants du centre de la capitale.

Depuis mon arrivée, j’ai remarqué que Santiago (mais aussi Valparaiso ou j’ai passé deux jours) se caractérise par une forte présence policière, en permanence. Sans exagérer, dans le centre-ville on trouve une patrouille de Carabineros environ tous les deux pâtés de maisons.

Mais ceux-ci étaient évidemment plus nombreux lors de cette mobilisation et, prenant comme excuse le bris d’une vitrine de banque, ils n'ont pas tardé à charger contre les manifestants.

Résultat de la soirée: cinq personnes détenues dont deux mineures. Parmi ces personnes figurait une jeune femme de nationalité péruvienne. Selon Indymedia Santiago, une procédure d’expulsion du territoire aurait été enclenchée après sa détention pour avoir participé à la manifestation.

Le reste en images:


"Liberté pour les prisonniers politiques mapuches" (Photo: Seb)


(Photo: Seb)


Intervention musclée des Carabineros (Photo: Seb)


(Photo: Seb)

Voyez également la vidéo des événements sur Indymedia Santiago.

Au sud du Sud

La voix du sud fait ses bagages. Un peu de vacances, un peu de travail; bref, joindre l'utile à l'agréable. A partir de la semaine prochaine nous vous emmènerons au sud du continent sud-américain, plus précisément au Chili et en Bolivie.

Santiago, Valparaiso, Antofagasta, nous remonterons le pays d'Allende et de Neruda jusqu'au désert d'Atacama. De là, nous passerons en Bolivie par la route. Cochabamba, La Paz et peut-être ailleurs, pour culminer le 25 janvier avec le référendum sur la nouvelle Constitution rédigée par l'Assamblée constituante bolivienne.

La voix du sud vous fera partager ce voyage grâce à ses photos, interviews et articles qui seront mis en ligne régulièrement. N'hésitez pas à nous écrire pour nous recommander des adresses ou des personnes intéressantes à rencontrer. (Photo: Seb)

samedi 13 décembre 2008

Le Venezuela soigne sa dépendance à l’or noir

Depuis l'éclatement de la crise économique et financière, le gouvernement vénézuélien se veut rassurant sur un point: le pays est assez solide économiquement pour résister aux remous de la récession mondiale. Cependant celle-ci, accompagnée de la baisse des prix du pétrole, remet sur le tapis un des principaux objectifs de Caracas, s'affranchir de sa dépendance à l'or noir et développer le secteur productif.

Le 29 octobre dernier, le premier satellite vénézuélien était mis sur orbite depuis la province chinoise du Sichuan. Le satellite Simon Bolivar, ou Venesat-1, est l'aboutissement d'une coopération de près de trois ans avec la Chine, "le seul pays qui ait garanti le transfert de connaissances à des vénézuéliens", précise le Ministère de la Science et la Technologie.

Car au delà des apports pratiques du satellite lui-même (en matière de télécommunications, d'éducation dans les zones les plus reculées du pays, etc.), c'est surtout le transfert de technologies qui intéresse Caracas, afin d'œuvrer au "développement intégral du pays". "L'idée est de fabriquer un second satellite ici au Venezuela", avance déjà la ministre en charge du projet, Nuris Orihuela.


Et la collaboration avec le géant chinois ne s'arrête pas là. En mai dernier, les deux pays ont annoncé la création d'un fond commun de 6 milliards de dollars, qui devrait prochainement doubler sa capacité à 12 milliards. Cet apport permettra de développer des projets dans les secteurs du logement, des infrastructures et transports, des industries de base, de l'énergie, de la santé, de l'éducation, ou encore de l'agriculture.

Cette dernière est prioritaire avec 35% du fond assignés. Il faut dire que la souveraineté alimentaire est l'un des principaux champs de bataille de la révolution bolivarienne. Même si le gouvernement affirme avoir augmenté de près de 25% la production agricole depuis 1998, les autorités reconnaissent que les effets sur l'approvisionnement des produits de base ne se feront pleinement sentir qu'au cours des quatre prochaines années.

Du cacao au pétrole

"Tout au long de son histoire le Venezuela a été un pays monoproducteur. Depuis l'époque où nous exportions du cacao, ensuite le café vers la moitié du XVIII ème siècle, et finalement l'exportation pétrolière depuis le début du XX ème", explique Alfonso Alvarez, membre de l'Association bolivarienne d'Economie socialiste.

Cette monoproduction se répète donc de façon cyclique dans l'histoire du pays, même si avant l'apogée de l'or noir l'agriculture avait acquis un certain niveau de développement "qui a été balayé par la production pétrolière" au siècle dernier.

Mais du côté de l'opposition on tire à boulets rouges sur la politique économique et productive du gouvernement. "Nous assistons à l'affaiblissement systématique et progressif de l'appareil productif privé", assénait encore récemment Miguel Henrique Otero, directeur éditorial du journal d'opposition El Nacional.

Pourtant la politique gouvernementale, si elle met effectivement l'accent sur le secteur public et les entreprises dites "de production sociale" coopératives ou cogestion coopératives-entreprises publiques), n'en délaisse pas pour autant le secteur privé. Le fond commun avec la Chine, par exemple, n'exclut pas les entreprises privées ou mixtes et apportera même l'équivalent de 500 millions de dollars afin d'inciter leur participation dans des projets d'envergure. D'autre part, beaucoup reprochent au secteur privé de n'avoir jamais vraiment développé, par le passé, cet appareil productif qu'il réclame aujourd'hui.


"L'économie rentière s'est aggravée avec la copie du modèle consumériste nord américain et cela mène à ce que personne ne prenne de prévisions pour demain; cela mène à penser que la prospérité des ressources pétrolières atteindra des sommets et ce n'est pas le cas, les aléas de l'économie peuvent nous toucher aussi, cette possibilité existe", résume le ministre de l'Economie et des Finances, Ali Rodriguez Araque.



Article publié dans Le Courrier du 22 novembre 2008


Creative Commons License

Les visuels et textes publiés sur ce blog sont sous
licence creative commons

Si vous souhaitez utiliser l'un de ces éléments, merci de me contacter