mardi 23 décembre 2008

Chili 2008

(Photo: Seb)

Voici maintenant une semaine que je suis arrivé au Chili. Ce lundi j’ai assisté à une manifestation à Santiago en solidarité avec le peuple Mapuche et en particulier avec la communauté autonome de Temucuicui.

Un jeune militant solidaire avec la cause mapuche a en effet été assassiné dimanche dernier dans cette communauté. Les conditions de sa mort sont encore floues.

La manifestation de ce lundi était convoquée par des collectifs anarchistes et une centaine de personnes avaient répondu à l’appel. A cette époque Santiago est, comme toutes les grandes villes du monde, plongée dans une fièvre effrénée à la consommation. Et l’idée était justement d’interpeller les passants du centre de la capitale.

Depuis mon arrivée, j’ai remarqué que Santiago (mais aussi Valparaiso ou j’ai passé deux jours) se caractérise par une forte présence policière, en permanence. Sans exagérer, dans le centre-ville on trouve une patrouille de Carabineros environ tous les deux pâtés de maisons.

Mais ceux-ci étaient évidemment plus nombreux lors de cette mobilisation et, prenant comme excuse le bris d’une vitrine de banque, ils n'ont pas tardé à charger contre les manifestants.

Résultat de la soirée: cinq personnes détenues dont deux mineures. Parmi ces personnes figurait une jeune femme de nationalité péruvienne. Selon Indymedia Santiago, une procédure d’expulsion du territoire aurait été enclenchée après sa détention pour avoir participé à la manifestation.

Le reste en images:


"Liberté pour les prisonniers politiques mapuches" (Photo: Seb)


(Photo: Seb)


Intervention musclée des Carabineros (Photo: Seb)


(Photo: Seb)

Voyez également la vidéo des événements sur Indymedia Santiago.

Au sud du Sud

La voix du sud fait ses bagages. Un peu de vacances, un peu de travail; bref, joindre l'utile à l'agréable. A partir de la semaine prochaine nous vous emmènerons au sud du continent sud-américain, plus précisément au Chili et en Bolivie.

Santiago, Valparaiso, Antofagasta, nous remonterons le pays d'Allende et de Neruda jusqu'au désert d'Atacama. De là, nous passerons en Bolivie par la route. Cochabamba, La Paz et peut-être ailleurs, pour culminer le 25 janvier avec le référendum sur la nouvelle Constitution rédigée par l'Assamblée constituante bolivienne.

La voix du sud vous fera partager ce voyage grâce à ses photos, interviews et articles qui seront mis en ligne régulièrement. N'hésitez pas à nous écrire pour nous recommander des adresses ou des personnes intéressantes à rencontrer. (Photo: Seb)

samedi 13 décembre 2008

Le Venezuela soigne sa dépendance à l’or noir

Depuis l'éclatement de la crise économique et financière, le gouvernement vénézuélien se veut rassurant sur un point: le pays est assez solide économiquement pour résister aux remous de la récession mondiale. Cependant celle-ci, accompagnée de la baisse des prix du pétrole, remet sur le tapis un des principaux objectifs de Caracas, s'affranchir de sa dépendance à l'or noir et développer le secteur productif.

Le 29 octobre dernier, le premier satellite vénézuélien était mis sur orbite depuis la province chinoise du Sichuan. Le satellite Simon Bolivar, ou Venesat-1, est l'aboutissement d'une coopération de près de trois ans avec la Chine, "le seul pays qui ait garanti le transfert de connaissances à des vénézuéliens", précise le Ministère de la Science et la Technologie.

Car au delà des apports pratiques du satellite lui-même (en matière de télécommunications, d'éducation dans les zones les plus reculées du pays, etc.), c'est surtout le transfert de technologies qui intéresse Caracas, afin d'œuvrer au "développement intégral du pays". "L'idée est de fabriquer un second satellite ici au Venezuela", avance déjà la ministre en charge du projet, Nuris Orihuela.


Et la collaboration avec le géant chinois ne s'arrête pas là. En mai dernier, les deux pays ont annoncé la création d'un fond commun de 6 milliards de dollars, qui devrait prochainement doubler sa capacité à 12 milliards. Cet apport permettra de développer des projets dans les secteurs du logement, des infrastructures et transports, des industries de base, de l'énergie, de la santé, de l'éducation, ou encore de l'agriculture.

Cette dernière est prioritaire avec 35% du fond assignés. Il faut dire que la souveraineté alimentaire est l'un des principaux champs de bataille de la révolution bolivarienne. Même si le gouvernement affirme avoir augmenté de près de 25% la production agricole depuis 1998, les autorités reconnaissent que les effets sur l'approvisionnement des produits de base ne se feront pleinement sentir qu'au cours des quatre prochaines années.

Du cacao au pétrole

"Tout au long de son histoire le Venezuela a été un pays monoproducteur. Depuis l'époque où nous exportions du cacao, ensuite le café vers la moitié du XVIII ème siècle, et finalement l'exportation pétrolière depuis le début du XX ème", explique Alfonso Alvarez, membre de l'Association bolivarienne d'Economie socialiste.

Cette monoproduction se répète donc de façon cyclique dans l'histoire du pays, même si avant l'apogée de l'or noir l'agriculture avait acquis un certain niveau de développement "qui a été balayé par la production pétrolière" au siècle dernier.

Mais du côté de l'opposition on tire à boulets rouges sur la politique économique et productive du gouvernement. "Nous assistons à l'affaiblissement systématique et progressif de l'appareil productif privé", assénait encore récemment Miguel Henrique Otero, directeur éditorial du journal d'opposition El Nacional.

Pourtant la politique gouvernementale, si elle met effectivement l'accent sur le secteur public et les entreprises dites "de production sociale" coopératives ou cogestion coopératives-entreprises publiques), n'en délaisse pas pour autant le secteur privé. Le fond commun avec la Chine, par exemple, n'exclut pas les entreprises privées ou mixtes et apportera même l'équivalent de 500 millions de dollars afin d'inciter leur participation dans des projets d'envergure. D'autre part, beaucoup reprochent au secteur privé de n'avoir jamais vraiment développé, par le passé, cet appareil productif qu'il réclame aujourd'hui.


"L'économie rentière s'est aggravée avec la copie du modèle consumériste nord américain et cela mène à ce que personne ne prenne de prévisions pour demain; cela mène à penser que la prospérité des ressources pétrolières atteindra des sommets et ce n'est pas le cas, les aléas de l'économie peuvent nous toucher aussi, cette possibilité existe", résume le ministre de l'Economie et des Finances, Ali Rodriguez Araque.



Article publié dans Le Courrier du 22 novembre 2008

mardi 9 décembre 2008

"S'ils continuent comme ça..."

"Combattre, révoquer, avancer". (Photo: Seb)

"S'ils continuent comme ça, nous prendrons les armes!" (1), scandaient quelques centaines de jeunes jeudi dernier dans le centre de Caracas (2). Ils faisaient référence aux menaces, expulsions et agressions dont ont été victimes ces derniers jours les médecins cubains, mais aussi les étudiants vénézuéliens des différentes missions sociales dans les états et municipalités gagnées par la droite lors du scrutin régional du 23 novembre. (3)


En réaction à ces agressions répétées, quelques collectifs militants, médias communautaires, conseils communaux, etc., avaient convoqué une manifestation qui s'est terminée par la "décoration" (voir la photo ci-dessous) du siège de la Mairie du grand Caracas (remportée par le candidat de l'opposition, Antonio Ledezma), en guise d'avertissement.

"Ledezma dehors. Il n'y a pas de peuple vaincu".
Les graffeurs s'en sont donné à coeur joie.
(Ph: Seb)

Mais la droite, elle, ne s'est pas limitée aux avertissements. Le 27 novembre dernier, trois syndicalistes de l'UNT (Union nationale des Travailleurs) ont été assassinés dans l'état d'Aragua, l'une des régions ouvrières les plus combatives du pays. Par ailleurs, un dirigeant paysan a également été assassiné dans l'état de Portuguesa début décembre. (4)

Ces crimes sont l'oeuvre de "sicarios" (tueurs à gages) et restent malheureusement monnaie courante au Venezuela où 216 dirigeants paysans ont perdu la vie ces dix dernières années (5). D'autre part le 28 novembre, Stalin Pérez Borges, coordinateur national de l'UNT, déclarait au nom du collectif Marea Socialista que pour retrouver les auteurs de ces crimes "nous ne pouvons compter sur la justice ordinaire, car c'est la même qui condamne les travailleurs".

Le syndicaliste réclamait la création d'une commission spéciale "à laquelle participent les centrales ouvrières et dont les résultats aient force de loi" et demandait à l'Assemblée nationale (Parlement) d'habiliter rapidement cette commission.

Selon Pérez Borges, les travailleurs "ne peuvent tolérer qu'il ne leur reste que le chemin de l'enquête postérieure à cet abject assassinat. C'est pourquoi nous appelons immédiatement à l'organisation des autodéfenses ouvrières et populaires. Le gouvernement doit fournir les ressources nécessaires pour l'entraînement et la défense armée des travailleurs et de leurs dirigeants".

"Ce ne sera pas la police corrompue, et dans de nombreux cas directement coupable d'assassinats, qui va prévenir ces crimes. Ce seront nous, les travailleurs. C'est pourquoi nous proposons: enquête, punition et organisation de nos propres autodéfenses contre le fascisme", concluait-il lors de déclarations à la presse.

Quelques photos supplémentaires de la manifestation du jeudi 4 décembre, juste pour le plaisir:


Des collectifs étaient venus de différents quartiers de la ville. (Ph: Seb)

"Mc Merde, dehors!".
Un "fast-food impérialiste" se trouvait sur le chemin de la manifestation... pas de chance. (Ph: Seb)

Malgré l'importance des revendications, la musique n'a pas fait défaut lors de la mobilisation. (Ph: Seb)

Notes:

(1) "Si siguen con la vaina, tomaremos las armas!".
(2) Voir le post ci-dessous.
(3) Voir aussi sur ce blog Elections régionales au Venezuela: la bataille reste à venir.
(4) Lire Fernando Esteban, Situation tendue au Venezuela après les élections, in Rouge.
(5) Ibid.

mercredi 3 décembre 2008

Ofensiva popular


Ce jeudi 4 décembre, les mouvements sociaux appellent à manifester à Caracas afin de défendre les acquis de la révolution face aux nouvelles autorités de droite.


Les consignes :

"Il n'y a pas de peuple vaincu"

"Combattre et avancer"

"Offensive populaire"

lundi 1 décembre 2008

Elections régionales au Venezuela: la bataille reste à venir

(Photo: Seb)

A une semaine des élections régionales et municipales au Venezuela, le nouveau rapport de forces est déjà clairement dessiné. Le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) a remporté 17 états sur 22 et 80% des municipalités (1). Mais le score de l'opposition, limité dans les chiffres, n'en est pas moins d'une importance stratégique capitale. Et les effets se font déjà sentir sur le terrain.


Lors du scrutin du 23 novembre, la droite a fait main basse sur d'importantes régions du pays: les états de Táchira et Zulia, frontaliers avec la Colombie; l'état industriel de Carabobo; la mairie du grand Caracas et l'état de Miranda qui ceinture la capitale.

Elle a aussi remporté l'état insulaire de Nueva Esparta, dont la principale île est celle de Margarita, zone principalement touristique mais aussi l'une des frontières maritimes du Venezuela. Nueva Esparta et Zulia (2) étaient déjà aux mains de l'opposition, mais la capitale de ce dernier, Maracaibo, a été perdue par le chavisme.

La perte du Táchira amplifie la porosité d'une frontière déjà difficile à contrôler et ouvre la porte à l'entrée massive de paramilitaires colombiens. Cela peut accentuer également la fuite d'aliments à prix régulés vers la Colombie pour y être vendus à des prix plus élevés; comme c'est déjà fréquemment le cas, avec l'objectif politique de provoquer des pénuries d'approvisionnement.

En ce qui concerne le PSUV, il conserve l'état industriel de Bolivar (malgré un candidat à la réélection clairement ancré à la droite du chavisme), ainsi que l'état frontalier d'Apure, entre autres. Il récupère également les états de Sucre, l'état industriel et combatif d'Aragua, ainsi que l'état agricole de Guarico et celui de Yaracuy (3), dont les gouverneurs s'étaient déclarés "dissidents du chavisme" et avaient lancé leurs propres candidatures, certaines appuyées par l'opposition.

Le total des voix recueillies par les candidats ayant quitté le chavisme atteint à peine les 451 131 votes. Alors que le camp bolivarien totalise 5 073 774 voix contre 3 948 912 pour l'opposition (53,45% contre 41,65%). La participation atteint des sommets historiques pour des élections régionales (qui en général mobilisent moins les électeurs) avec un taux de 65%.

En comparaison avec le référendum sur la réforme constitutionnelle de l'année dernière, le chavisme augmente son score de 694 342 voix, alors que l'opposition en perd 555 442. Cependant, bien qu'il augmente ainsi son score de 20% et que l'opposition perd 10% de votes, le camp chaviste n'est pas parvenu a récupérer la totalité des trois millions de voix perdues depuis 2006.

Contradictions mises à nu

Environ 45% de la population vénézuélienne vit désormais dans un état aux mains de l'opposition, ce qui va considérablement augmenter les ressources financières de cette dernière. Dans la pratique, ces résultats ont déjà deux conséquences importantes. Tout d'abord, ils mettent à nu la nature même de l'opposition qui, derrière son discours de tolérance et d'ouverture (rappelez-vous les mains blanches de ses étudiants), n'en reste pas moins ce qu'elle a toujours été: l'expression d'une idéologie réactionnaire ancrée dans la droite dure.

Les exemples n'ont pas manqué cette semaine. A peine entrés en fonctions, certains élus de l'opposition ont déjà pris des mesures administratives contre les différentes missions sociales. En effet, plusieurs missions d'éducation ou de santé installées dans des bâtiments appartenant aux états ou municipalités tombées aux mains de la droite ont reçu l'ordre de quitter les lieux.

Par ailleurs, des militants des partis réactionnaires ont menacé et agressé des médecins cubains ainsi que des étudiants des missions d'éducation dans plusieurs états. Le président Chávez a réagi ce vendredi en déclarant que "le scénario de 2002 est à nouveau activé. Ils veulent une confrontation. Nous ne leur laisserons pas de trêve, nous défendrons la révolution bolivarienne contre ces fascistes!".

Lors du coup d'Etat du 11 avril 2002, le maire du grand Caracas (élu sur les listes chavistes et qui avait ensuite changé de camp) avait utilisé la Police métropolitaine pour réprimer les manifestations populaires qui réclamaient le retour au pouvoir du président Chávez.

Quelques mois avant les élections de dimanche dernier, la prudence a amené le gouvernement à transférer la Police métropolitaine (qui est la police du grand Caracas) sous les ordres du ministère de l'Intérieur, afin d'éviter justement une répétition du scénario d'avril 2002.

Pouvoir populaire?

Mais cette situation de confrontation met aussi à nu les contradictions au sein même du camp révolutionnaire. La défaite à Caracas et dans les autres régions oblige le chavisme à retourner dans la rue, et surtout elle remet sur la table l'éternelle question du pouvoir. Qui le détient, les fonctionnaires ou le peuple?

Fini le socialisme de salons et de conférences. Où en est réellement le pouvoir populaire? Est-il capable d'enrayer la progression de la droite sur le terrain? On a vu, lors du coup d'Etat d'avril 2002, que ce fut la mobilisation des quartiers populaires qui permit de sauver la situation.

Le chavisme est-il prêt à soutenir les actions organisées de la base dans les états perdus? Ou va-t-il tenter de les canaliser en les dirigeants par en haut pour négocier un statu quo avec l'opposition? Ou, pire, va-t-il les laisser s'essouffler comme il l'a fait lors de certaines occupations d'usines et autres initiatives? Difficile à dire, même si le discours officiel parle "d'approfondir la révolution".

En décembre 2007, lors du référendum sur la réforme constitutionnelle, les électeurs avaient adressé un message sans équivoque au gouvernement. En s'abstenant massivement, les secteurs populaires ne s'étaient pas prononcés, comme ont voulu nous le faire croire les médias, "contre le socialisme du XXI ème siècle" mais bien, dans leur grande majorité, contre l'inefficacité et la mauvaise gestion de ceux qui s'en réclament en paroles mais non dans les actes.

On peut aujourd'hui affirmer que le message n'a pas été compris. Un an plus tard, les mesures prises n'ont pas été suffisantes pour renverser la tendance dans les principaux centres urbains (Caracas, Miranda, Maracaibo). L'insécurité, la mauvaise gestion des déchets et des espaces urbains, entre autres, ont coûté cher au proceso, surtout à Caracas.

Il ne faudrait pas se tromper deux fois en analysant les résultats du 23 novembre. Le soir même du scrutin, le président Chávez parlait d'une victoire et affirmait: "Le peuple me dit: Chávez, continue sur le même chemin". Le chemin du socialisme est certes celui que la majorité des Vénézuéliens pointe du doigt. Mais le chemin est semé d'embûches. Le point positif qu'on peut tirer de cette nouvelle distribution des cartes, c'est qu'elle va raviver les luttes et ramener les mobilisations à l'ordre du jour.

Notes:

(1) Le Venezuela compte 23 états, plus le district de la capitale. Mais les élections n'ont pas eu lieu dans l'état d'Amazonas, qui a un calendrier électoral décalé par rapport au reste du pays.

(2) Le Zulia est l'état le plus peuplé et le plus riche du pays, de par ses ressources pétrolières.

(3) Voir notre article préélectoral "Test grandeur nature pour le processus bolivarien".



Article publié sur le site de La Gauche le 27 novembre 2008

vendredi 21 novembre 2008

Radio Venezuela en Vivo

Vivez les élections régionales et municipales au Venezuela en direct sur Radio Venezuela en Vivo les 22 et 23 novembre 2008

Indigènes protestant contre l'exploitation des mines de charbon dans l'état du Zulia.
(Photo: Seb -
janvier 2006)

Qu’est-ce que Radio Venezuela en Vivo ?
Radio Venezuela en Vivo est une radio qui émet par Internet. Elle a été créée à l’initiative d’un groupe d’internationalistes basés à Caracas et dans les grandes villes du Venezuela, dans le but d’offrir une information objective continue sur la situation réelle du Venezuela pendant la période du Référendum sur la Réforme Constitutionnelle en décembre 2007. Cette iniciative s'est suivi d'une émission spéciale "Bolivie" lors du référendum illégal sur les statuts d'autonomie tenu dans le département de Santa Cruz en Bolivie. Radio Venezuela en Vivo est une radio-internet qui fonctionne pour l'instant de manière ponctuelle. Elle émet principalement en français et en anglais, s’enrichissant aussi d’émissions en arabe et en portugais.

Pourquoi lancer Radio Venezuela en Vivo ?
En tant qu’observateurs internationaux du processus démocratique en cours au Venezuela, les membres de Radio Venezuela en Vivo ont pu voir comment les mensonges médiatiques sur la situation que nous vivons tous les jours sont devenus monnaie courante. Afin de rétablir les critères d'objectivité qui font défaut aux employés des grands groupes de communication, Radio Venezuela en Vivo offre son réseau d'analystes et de journalistes de terrain, de correspondants au Venezuela.

Où et Comment écouter Radio Venezuela en Vivo ?
Sur notre site Internet, en cliquant sur l’icône radio :

http://radiovenezuelaenvivo.blogspot.com/

La publication de notre programmation vous permettra de sélectionner les horaires correspondants à la langue de votre choix.


Quand écouter Radio Venezuela en Vivo ?
Nous commencerons à émettre dans la journée du samedi 22 novembre 2008. Nous proposerons divers programmes d’analyses et de reportages de la part des présentateurs et des correspondants que nous comptons dans tout le Venezuela. A partir du dimanche 23 novembre, nous proposerons un suivi continu 24h/24h des élections régionales et municipales au Venezuela. Depuis la journée de vote jusqu'au résultats et même après puisque nous livrerons une analyse à chaud des résultats.

Les auditeurs peuvent-ils participer à Radio Venezuela en Vivo ?
Oui, et même nous les encourageons à le faire. Le forum que nous installerons sur le site Internet leur permettra de dialoguer avec nos présentateurs et de leur poser leurs questions. Nous disposons aussi d'un mail:

radiovenezuelaenvivo@gmail.com

S'il y a des animateurs d’une radio parmi les auditeurs, n’hésitez pas à réutiliser nos émissions. D'une manière générale, la participation de tous est essentielle pour faire connaître l’existence de cette radio. Il ne faut pas hésiter à renvoyer cette présentation à tous les contacts possible.


Contre les mensonges médiatiques, écoutez Radio Venezuela En Vivo !

Radio Venezuela en Vivo

http://radiovenezuelaenvivo.blogspot.com/

radiovenezuelaenvivo@gmail.com

lundi 17 novembre 2008

Test grandeur nature pour le processus bolivarien

Acte de soutien aux candidats du PSUV dans l'état de Barinas. (Photo: Seb)

Le 23 novembre prochain les Vénézuéliens se rendront aux urnes pour élire leurs représentants locaux et régionaux. Ce scrutin fait office de test pour le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), récemment mis sur pied et qui lance pour la première fois ses candidats dans l'arène électorale. Mais c'est aussi le premier scrutin depuis le rejet de la réforme constitutionnelle présentée l'an dernier par le président Chávez.

A une semaine de l'évènement, chaque camp abat ses dernières cartes. Motiver les troupes et marquer des points, tel est l'objectif. Pourtant, la division a fait des siennes autant du côté chaviste que dans l'opposition.

Jeudi dernier, le président Chávez a appelé à "intensifier l'offensive" dans le cadre de la campagne électorale et a demandé à tous les candidats du PSUV (parti dont il est président) de lui envoyer, avant le 23 novembre, "les premières 100 mesures socialistes qu'ils vont prendre". Et le comandante d'ajouter: "s'en est fini de tous ces judas".

Il faut dire que le panorama s'est transformé depuis les dernières élections régionales. Hugo Chávez disposait jusqu'il y a peu de l'appui de 22 des 24 états que compte le pays. Seul le Zulia (riche région pétrolière frontalière avec la Colombie) et Nueva Esparta (composé principalement de l'île de Margarita) étaient aux mains de l'opposition.

Mais plusieurs évènements sont venus bousculer le paysage politique. Il y eut tout d'abord l'éloignement, avec l'appel à voter non à la réforme constitutionnelle, puis le positionnement clair dans l'opposition du parti Podemos (Pour une Démocratie sociale). Ensuite l'expulsion du PSUV de trois gouverneurs provenant du même Podemos et du PPT (Patrie Pour Tous) pour différents motifs: corruption, pratiques politiques douteuses, clientélisme, etc.

Cette recomposition au sein du chavisme a dessiné une nouvelle carte politique du pays. Actuellement, on peut considérer que le camp bolivarien ne contrôle plus ou partiellement plus sept états que sont évidemment Zulia et Nueva Esparta mais aussi Aragua, Sucre, Carabobo, Guarico et Yaracuy.

A titre d'exemple, début novembre le gouverneur de l'état de Sucre, Ramón Martínez (membre de Podemos), niait à la compagnie pétrolière publique PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A.) le droit d'installer une base opérationnelle sur le site de l'aéroport régional de Carúpano. En réaction à cette attitude, le président Chávez ordonna la prise de l'aéroport par l'armée.

D'autre part, le mouvement bolivarien se présente divisé dans certaines régions où le Parti communiste (PCV) et le PPT lancent leurs propres candidats, faute d'être parvenus à un accord sur une candidature unique avec le PSUV.

En ce qui concerne l'opposition, elle se présente divisée dans trois états (Anzoátegui, Bolivar et Yaracuy), ainsi que dans plusieurs municipalités.

Le fait que l'élection de ce 23 novembre porte sur des niveaux de pouvoir proches de la population rend ce scrutin particulièrement sensible. Chávez a souligné que l'opposition espère "remporter des états stratégiques et se déclarer en autonomie, comme l'a fait l'oligarchie bolivienne contre Evo Morales".

Si la situation régionale vénézuélienne n'est pas comparable à la bolivienne (il n'y existe pas cette composante raciale tranchée indigènes / blancs), la victoire de l'opposition dans certains états-clés pourrait cependant susciter de nombreuses impasses comme celle de l'aéroport de Carúpano, et mettre ainsi des bâtons dans les roues de l'Etat national.

Et il est bon de rappeler qu'au Venezuela, le gouverneur d'un état est aussi le chef de la police régionale...



Article publié sur le site de La Gauche le 15 novembre 2008

mercredi 5 novembre 2008

Yes we can. Yo, si puedo!

Le slogan de campagne de Barack Obama ne m'avait jusqu'ici pas spécialement marqué. Mais hier soir, en écoutant à la radio le discours du nouveau président élu, la ressemblance a attiré mon attention: "Yes we can" (Oui, nous pouvons) était si proche de "Yo, sí puedo" (Moi, oui je peux).

Le deuxième slogan est le nom du programme cubain destiné à éradiquer l'analphabétisme en Amérique latine et qui a déjà fait ses preuves notamment au Venezuela et en Bolivie.

Loin de moi l'ombre de l'idée de comparer, par ce parallélisme, Obama à quelconque président se réclamant de la gauche latino-américaine. Il s'agit simplement de l'envie de souligner le défi qui attend le premier président noir des Etats-Unis dans ce que le Nord appelle "le sous-continent", dans lequel "l'Empire" (comme on surnomme ici les USA) a ces dernières années vu son influence grignotée petit à petit par des idées "politiquement pas correctes".

Et l'Amérique latine sait maintenant ce qu'elle représente. Dans la journée précédant l'élection US, un commentateur de la radio publique vénézuélienne faisait remarquer en substance ceci:

"Nous savons très bien que nous ne pouvons pas attendre une révolution venant de l'élection de Barack Obama, ni nous ne prétendons lui demander de devenir socialiste. La seule chose que nous lui demandons est de s'asseoir à la table et d'entamer un dialogue avec les nouvelles forces du continent, et de le faire avec respect".

Dialogue et respect, c'est ce que beaucoup espèrent ici mais sans pour autant se faire trop d'illusions car, comme le rappelait encore hier l'ex-président cubain Fidel Castro (1), si l'ex-candidat démocrate est "sans aucun doute plus intelligent, plus cultivé et plus posé que son adversaire républicain", il n'en reste pas moins que Barack Obama "appuie le système et s’appuiera sur lui".

Note:

(1) Réflexions de Fidel, Les élections du 4 novembre, Granma

mardi 28 octobre 2008

Joyeuse campagne

Alors que l'opposition tapisse les murs de la ville depuis plusieurs semaines déjà, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) a commencé plus récemment sa campagne d'affichage. Ici, une affiche invite l'électeur: "Allons-y joyeux". (Photo: Seb)

Après quelques semaines de vacances, la voix du sud revient avec une nouvelle image, une page Facebook pour la promo et l'envie de mettre un coup d'accélérateur pour vous proposer reportages, billets d'humeur et interviews, le tout à moins d'un mois des élections régionales et locales au Venezuela.

Depuis mon retour à Caracas, la campagne électorale est en route, quoique encore à faible intensité. Le point de plus important à l'heure actuelle est probablement la rupture de l'Alliance patriotique dans le camp de la gauche.

Depuis plusieurs mois, Hugo Chávez appelait à l'unité du PSUV (Parti socialiste uni du Venezuela) avec les autres formations de gauche ayant refusé de se dissoudre pour intégrer celui-ci (1). Mais à la mi-octobre, le président vénézuélien a rompu publiquement cette alliance, faute d'accord sur les candidatures unitaires dans certains états (le pays compte 23 états, plus le district de la capitale, Caracas) et municipalités.

Les principaux alliés du PSUV étaient jusqu'ici le Parti communiste du Venezuela (PCV) et Patrie Pour Tous (PPT). L'Alliance patriotique comprenait également d'autre petits partis dont certains disposent de quelques sièges à l'Assemblée nationale (Parlement). De son côté, la formation Podemos (Pour une Démocratie sociale) s'était ralliée à l'opposition depuis le référendum sur la réforme constitutionnelle en décembre 2007 et ne faisait donc pas partie de l'alliance électorale actuelle.


Avec cette rupture, Chávez a rué dans les brancards en qualifiant ses alliés de "contre révolutionnaires" pour ne pas avoir appuyé les candidats du PSUV dans certaines régions, et s'est dit prêt à les "faire disparaître du panorama politique".


La nouvelle ligne?


Ces déclarations du président vénézuélien (et président du PSUV) ont provoqué des réactions, notamment au Parti communiste dont le secrétaire général, Oscar Figuera, commentait récemment à l'agence de presse IPS que ces accusations étaient "injustifiées et gratuites".


Figuera soulignait le fait que "sur le terrain électoral, les communistes appuient 17 des 22 candidatures du PSUV. Dans les autres cas, nous appuyons ceux que nous considérons les meilleurs cadres pour qu'avance et s'approfondisse la révolution".


Le dirigeant du PCV rappelait également que son parti "est partie intégrante du processus (ndlr: de changements sociaux, le proceso) depuis 1997, nous étions alors l'un des premiers partis à appuyer la candidature de Chávez. Et depuis 1931 nous faisons partie des forces révolutionnaires sur le continent américain. Ces critiques ne se justifient pas", concluait-il.

Du côté de la base, une jeune militante et employée dans un ministère me commentait récemment: "rien à foutre de la nouvelle ligne!", en faisant référence à la ligne adoptée par Chávez par rapport au PCV. Et un ami m'expliquait que dans les locaux de l'école de formation populaire dans laquelle il travaille, on voyait fleurir les affiches indiquant "somos todos comunistas!" (ndlr: "nous sommes tous des communistes!").

Notes:

(1) Lire sur ce blog : La révolution bolivarienne sur le chemin de l'unification, mai 2007.

dimanche 26 octobre 2008

samedi 13 septembre 2008

L'opposition bolivienne tente le passage en force

Une trentaine de paysans ont été assassinés jeudi dernier par des milices armées de l'opposition dans le département de Pando. (Photo: Abi)

Le référendum du 10 août dernier a réaffirmé la légitimité du premier président indigène de Bolivie. Élu en 2005 avec 53,7% de voix, Evo Morales a en effet été réélu par plus de 67% des électeurs. Mais ses principaux opposants, les préfets autonomistes des riches départements de Santa Cruz, Beni, Pando et Tarija, ont également été ratifiés lors de ce scrutin. Ils parient désormais sur un passage en force pour tenter d'enrayer le processus de transformations sociales en marche.


"Nous démontrons une fois de plus que le Beni est uni, qu'il va défendre son autonomie et ses recettes provenant de l'IDH (Impôt direct sur les Hydrocarbures). Ces manifestations ne sont rien d'autre que l'exécution d'un plan que nous avons élaboré pour la récupération de l'IDH".

Telles sont les déclarations du président du Comité civique juvénile du Beni, José Luis Peñafiel, après la prise des installations du Service départemental d'Education de cette région du nord du pays. Durant l'action menée par les membres du Comité, un dirigent paysan et une femme furent malmenés par les assaillants.

Ce type d'action est devenu monnaie courante depuis l'échec de l'opposition bolivienne de révoquer le président Morales par les urnes. Voyant le vent tourner, les préfets autonomistes avaient même un moment envisagé de boycotter un référendum qu'ils avaient eux-même exigé.

Le 15 août dernier, les membres de l'Union des Jeunesses de Santa Cruz ont essayé d'occuper par la force le siège départemental de la Police nationale. Les membres de cette organisation de droite radicale ont attaqué les installations policières à jets de pierres, bâtons et pétards.

Selon l'aveu de Peñafiel, les opposants à Evo Morales n'hésiteront pas a exécuter "de telles mesures radicales" dans les prochaines semaines, notamment pour récupérer les recettes provenant de l'IDH.

Sur décision du gouvernement bolivien, 30% des recettes de cet impôt (l'équivalent de 166 millions de dollars par an) destinées aux régions, sont actuellement utilisés pour financer les retraites des personnes de plus de 60 ans, sous le nom de "Rente de la Dignité" (Renta Dignidad).

Le panorama reste complexe

Les mesures sociales comme la Renta Dignidad, les politiques d'éducation pour tous appuyées par un plan d'alphabétisation avec l'aide de Cuba et du Venezuela, ainsi que la politique de nationalisation et de récupération des ressources naturelles, entre autres, ont convaincu 67,41% des boliviens (2 103 732 personnes sur 3 120 724 votes valides) de permettre à Evo Morales et à son vice président, Alvaro García Linera, de terminer leur mandat.

Lors du scrutin du 10 août, les préfets de huit des neuf départements du pays se sont également soumis à référendum. La neuvième, Savina Cuellar (1), du département de Chuquisaca, venait d'être élue en juin suite à la démission de l'autorité précédente et n'a donc pas dû se soumettre à l'épreuve des urnes.

Deux préfets d’opposition ont été révoqués, il s'agit de Manfred Reyes de Cochabamba et de José Luis Paredes de La Paz. Du côté des appuis à Evo Morales, tous ont été confirmés dans leurs fonctions. Après dépouillement de 100% des urnes, la Court nationale électorale (CNE) a annoncé fin août la ratification de justesse d'Alberto Aguilar, du département d'Oruro, avec 50,85% des voix.

Mais si le référendum révocatoire était sensé clarifier le jeu politique, la ratification des préfets autonomistes, qui avaient organisé des consultations régionales (considérées illégales par la CNE) en faveur d'une autonomie départementale, n'a pas permis de débloquer la situation.

Appelés au dialogue par l'exécutif national au lendemain du 10 août, les leaders de l'opposition ont bien vite claqué la porte des négociations et appelé à la grève générale.

Celle-ci ne fut suivie que partiellement mais les dirigeants "civiques" et les préfets d'opposition, réunis au sein du Conseil national démocratique (Conalde), ont ensuite annoncé fin août des blocages de routes, l'occupation d'installations pétrolières et la fermeture de valves de gazoducs, notamment dans la région de Santa Cruz. Et ce de manière indéfinie jusqu'à obtenir la récupération de la totalité de l'IDH pour les budgets départementaux.

Le 22 août, un porte-parole du Comité civique de Tarija avait même déclaré ne pas exclure des actions plus radicales allant jusqu'à "obliger" le gouvernement du président Morales à "rendre ce qu'il a volé".

Face à ces menaces, le gouvernement bolivien a sommé l'armée de garantir la sécurité des installations gazières et pétrolières, principales ressources économiques du pays. L'exécutif a également répondu par un décret établissant des sanctions aux préfectures, mairies ou fonctionnaires qui se feraient écho de telles actions.

Selon l'Agence bolivienne d'Information (ABI), les coûts qui découlent de la réparation et de la remise en marche des installations affectées par les blocages, ainsi que les pertes occasionnées à l'Etat, devront être assumés par les entités concernées.

Retarder l'approbation de la constitution

Malgré sa victoire dans 95 des 112 provinces du pays, Evo Morales n'a pas obtenu la reconnaissance espérée d'une opposition qui se radicalise de jour en jour. Le référendum révocatoire était déjà un stratagème avancé par la droite pour retarder l'approbation de la nouvelle constitution, les revendications sur l'IDH en sont un autre.

Le gouvernement bolivien doit maintenant s’atteler à convoquer de nouvelles élections à Cochabamba et La Paz pour remplacer les préfets révoqués, ainsi qu’à faire voter la nouvelle constitution. Rédigé par une Assemblée constituante, le nouveau texte fondamental fut approuvé en décembre dernier par celle-ci, malgré le boycott des partis de droite.

Fin août, Mr. Morales avait annoncé la réalisation des deux scrutins régionaux (Cochabamba et La Paz) pour le 7 décembre prochain, ainsi que la tenue du référendum national sur le texte constitutionnel.

La journée devait également inclure une consultation populaire sur le nombre maximum d’hectares autorisés pour les propriétés terriennes privées (5 000 ou 10 000 hectares), article qui figure dans le projet de constitution et qui n’a pu être tranché par l’Assemblée constituante.

Cependant, quelques jours plus tard, la Court nationale électorale rejetait le décret émis par le Président de la République et exigeait que la convocation se fasse par un projet de loi qui doit maintenant être approuvé par le Congrès.

La date du prochain référendum reste donc encore floue, d’autant plus que l’opposition va essayer de bloquer ce projet de loi au Congrès.

La ratification d'une nouvelle constitution, qui permettrait une réélection du président Morales et enclencherait surtout la mise en oeuvre d'une réforme agraire interdisant les propriétés agricoles de plus de 5 000 ou 10 000 hectares, n'est pas du goût des latifundistes locaux. Certains d'entre eux sont en effet à la tête d'exploitations pouvant aller jusqu'à 200 000 hectares.

Pour empêcher cela, beaucoup sont prêts à aller jusqu'au bout. C'est le cas par exemple du président du Comité civique de Santa Cruz, Branco Marinkovic. Fils d'immigrés croates collaborateurs du régime oustachi, il est aujourd'hui à la tête d'une grande entreprise dans l'industrie du soja et, entre autres, ex président de la Fédération des Entrepreneurs privés de Santa Cruz.

La haine raciale qui anime également ces secteurs a occasionné en mai dernier des actes d'humiliation de paysans indigènes dans la ville de Sucre, capitale du département de Chuquisaca. Ceux-ci furent à moitié dénudés, rués de coups et obligés à marcher à genoux, et leurs vêtements brûlés sur la place publique.

Ambassadeur US persona non grata

Récemment, le 10 septembre, le président Morales a déclaré persona non grata l’ambassadeur des Etats-Unis en Bolivie, Philip Goldberg, et exigé son départ du pays.

Goldberg, qui avait occupé par le passé le poste de chef de mission à Pristina, au Kosovo, est accusé par les autorités boliviennes de "conspirer contre la démocratie et promouvoir la division de la Bolivie".

Cette mesure n’est que l’aboutissement d’une série de plaintes officielles du gouvernement bolivien face à l’administration étasunienne. A plusieurs reprises, La Paz avait accusé Goldberg d’exercer des fonctions qui allaient au-delà de la simple mission diplomatique, et notamment de soutenir financièrement les groupes d’opposition à Morales (2).

Enfin, accident ou sabotage, l'hélicoptère Super Puma prêté par le Venezuela et qui transportait régulièrement le président Morales s'est mystérieusement écrasé en juillet dernier, lors d'un vol entre Cochabamba et la ville de Cobija à la frontière brésilienne, tuant 4 militaires vénézuéliens et un bolivien.

Le président Morales, qui aurait dû utiliser l'appareil quelques heures plus tard, affirma par la suite que "le processus de changement continuera à coûter du sang, pour certains en luttant et pour d'autres, comme ces pilotes, en servant le peuple bolivien".

Notes:

(1) Savina Cuellar est une dirigeante indigène qui a rallié les rangs l'opposition. Elle fut membre de l'Assemblée constituante à laquelle elle fut pourtant élue sur la liste du MAS (Mouvement au Socialisme, parti d'Evo Morales). Avant cela, elle avait appris à lire avec la méthode cubaine d'alphabétisation "Yo sí puedo".

(2) L’USAID (United States Agency for International Development) avait déjà été exclue de la région indigène du Chapare pour les mêmes motifs, avec l’appui massif des mouvements sociaux locaux.



Article publié dans Le Drapeau Rouge de septembre 2008 et dans FALMAG

mercredi 20 août 2008

Le Venezuela nationalise le ciment

Le décret de nationalisation de l'industrie vénézuélienne du ciment est entré en application ce lundi 18 août à minuit. Annoncée début avril par le président Chávez, la mesure avait été avalisée par la Court Suprême (Tribunal Supremo de Justicia), qui en avait ratifié la constitutionnalité le 17 juin dernier.

Trois entreprises étrangères sont concernées par ce rachat de la part de l'Etat. La française Lafarge, la suisse Holcim et la mexicaine Cemex. Les deux premières ont accepté de négocier la vente de leurs actions avec le gouvernement vénézuélien.

Holcim s'en sort avec 552 millions de dollars (337 millions d'euros) et Lafarge avec 267 millions de dollars (181 millions d'euros). La multinationale d'origine suisse représentait 23% du marché du ciment au Venezuela, la française 17%.

Toutes deux ont accepté de rester présentes au Venezuela en tant qu'actionnaires minoritaires. L'Etat vénézuélien a acquis 85% de Holcim (qui conserve 15%) et 89 de Lafarge (qui garde 5, les 6% restants demeurent en Bourse).

Dans le cas de Cemex, les négociations n'ont pas aboutit à un accord et les autorités vénézuéliennes ont annoncé son "expropriation".

"Ils demandaient 1 300 millions alors que nous avons acquis les deux autres, qui représentent pratiquement la même capacité que Cemex, pour 819 millions (de dollars)", a expliqué le vice président vénézuélien, Ramón Carrizales.

Le mot expropriation est à mettre entre guillemets car, comme ce fut toujours le cas dans les nationalisations précédentes (télécommunications, pétrole, électricité, etc.), le gouvernement dédommagera l'entreprise mexicaine.

Le ministre de l'Énergie et du Pétrole, Rafael Ramirez, a expliqué que le montant à payer par l'Etat pour les installations de Cemex sera déterminé après évaluation des actifs de la société par des juges.

En attendant, trois des quatre usines de Cemex ont été occupées par des effectifs de la Garde Nationale. Et, de leur coté, les travailleurs se sont mobilisés pour soutenir la nationalisation.

Le 31 juillet dernier, le gouvernement a annoncé sa volonté de racheter la filiale vénézuélienne du groupe bancaire espagnol Grupo Santander. Les négociations sont actuellement en cours pour la nationalisation de cette banque (Banco de Venezuela), une des plus importantes du pays.

mardi 8 juillet 2008

Une directive retour pour les investissements européens?

L'annonce de l'approbation, le 18 juin dernier, de la Directive Retour par le Parlement européen a suscité une vague d'indignation en Amérique Latine, non seulement au sein des populations mais également parmi les gouvernements.

L'une des premières voix à être reprise dans les médias européens fut celle du président bolivien, Evo Morales, qui a écrit une lettre ouverte (1) aux responsables politiques du Vieux Continent.

Dans cette lettre Morales se demandait: "comment pouvons-nous accepter sans réagir que soient concentrés dans ces camps (centres fermés, ndlr) nos compatriotes et frères latino-américains sans papiers, dont l’immense majorité travaillent et s’intègrent depuis des années?".

Et le premier président amérindien de la Bolivie concluait son appel aux dirigeants européens de la sorte: "Vous ne pouvez pas faillir aujourd’hui dans vos 'politiques d’intégration' comme vous avez échoué avec votre supposée 'mission civilisatrice' du temps des colonies".

Mais Morales ne fut pas le seul à rejeter la "Directive de la Honte", les institutions régionales l'ont également fait.

Le 26 juin, l'Organisation des Etats américains (OEA) décidait de créer une commission de haut niveau afin d'établir un dialogue avec l'Union européenne dans le but de "corriger" la directive.

Plus récemment, le premier juillet, le Marché commun du Sud (Mercosur) terminait son XXXVème Sommet de chefs d'Etat et de gouvernement avec une déclaration de rejet unanime de la Directive Retour.

Vers des actions concrètes?

Dans sa lettre aux parlementaires européens, le président Morales soulignait que parallèlement à la Directive Retour, "l’Union européenne tente de convaincre la Communauté andine des nations (Bolivie, Colombie, Equateur, Pérou) de signer un 'Accord d’association' qui inclut en son troisième pilier un traité de libre-échange, de même nature et contenu que ceux qu’imposent les Etats-Unis".

"Nous subissons une intense pression de la Commission européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle ou nos services publics. De plus, au nom de la 'protection juridique', on nous reproche notre processus de nationalisation de l’eau, du gaz et des télécommunications réalisés le Jour des travailleurs".

"Je demande, dans ce cas : où est la 'sécurité juridique' pour nos femmes, adolescents, enfants et travailleurs qui recherchent un horizon meilleur en Europe ?", ajoutait-il.

Et c'est dans cette direction que le président du Venezuela, Hugo Chávez, a orienté son discours. Au lendemain de l'approbation de la directive par le Parlement européen, il déclarait en compagnie du président élu du Paraguay, Fernando Lugo, que "pour les pays qui appliquent cette directive, nous allons revoir leurs investissements ici (au Venezuela) et faire une directive retour vers l'Europe aussi" (2).

"En tout cas, ici au Venezuela, nous n'en avons pas besoin (des investissements européens, ndlr)", avait déclaré Chávez.

Le président vénézuélien avait également averti l'Europe qu'en cas d'application de la directive, "nous n'allons pas rompre les relations, mais en tout cas nous arrêterons d'envoyer notre pétrole aux pays qui mettent en oeuvre la directive". Cependant la vente de pétrole vers l'Europe ne représente qu'un pourcentage minime des exportations vénézuéliennes dans ce domaine. Même chose pour les pays européens qui n'importent qu'un nombre réduit de barils du Venezuela.

Ce samedi 5 juin, jour de la fête d'Indépendance du Venezuela, Chávez a réitéré son discours. En présence d'Evo Morales qui était invité d'honneur, le chef d'Etat vénézuélien a réaffirmé que dans son pays "il y a des banques et des entreprises européennes, elles pourraient partir, les entreprises pétrolières aussi. Les choses sont sérieuses".

Contradictoire?

A côté de ces menaces de Chávez, que les secteurs de gauche au Venezuela aimeraient voir mises à exécution, le discours du président reste contradictoire.

En effet, le 11 juin dernier le Comandante a surpris en annonçant une série de mesures visant à "réimpulser l'économie".

Cependant, si certaines de ces mesures peuvent aider les petits producteurs à assurer leurs récoltes à des prix justes (condamnation de dettes, prêts à faibles taux, etc.), d'autres montrent l'hésitation à approfondir le processus vers la gauche; comme par exemple l'annonce de la suppression d'un impôt sur les transactions financières.

Mais au-delà des annonces économiques, c'est le symbole qui a frappé et déçu le mouvement populaire. Chávez est en effet apparu ce jour-là au côté des grands capitalistes vénézuélien, une façon de leur tendre la main.

Même ceux qui avaient participé activement au coup d'Etat d'avril 2002 et au lock-out patronal qui avait suivi en décembre de la même année figuraient parmi les invités.

Il a appelé le secteur privé à participer à l'effort productif au Venezuela, chose que ce secteur n'a jamais fait durant les 50 dernières années de démocratie représentative, maintenant le pays dépendant des importations et le condamnant à n'être qu'un exportateur de matières premières, principalement de pétrole.

Chávez a également tendu la main aux banques privées (!) et les a invité à "suivre l'exemple (des financements publics, ndlr), avec des taux en-dessous des taux du marché, des garanties et des délais de grâce".

Bref, vu ces déclarations contradictoires et l'échéance électorale du scrutin régional de novembre prochain, on peut s'attendre à ce que la "directive retour" pour les investissements européens ne soit pas pour demain.

Notes:

(1) Non à la directive européenne de la honte

(2) Chávez rejette "de toute son âme" la directive Retour approuvée par l’Union Européenne

mardi 17 juin 2008

Le pari démocratique d'Evo Morales

Face aux référendums autonomistes réalisés par l'opposition en dehors de tout cadre légal et au refus de dialoguer de ses dirigeants, le président bolivien Evo Morales joue la carte démocratique pour sortir de l'impasse. C'est la population qui décidera par référendum, le 10 août prochain, qui reste et qui part.


L'opposition bolivienne a jusqu'ici tout essayé pour déstabiliser le premier président amérindien du pays: référendums autonomistes illégaux, boycott du dialogue, violences racistes. Mais Morales a récemment répondu en convoquant un référendum révocatoire pour son mandat, celui du vice président Álvaro García Linera et celui des préfets (gouverneurs) des neuf départements que compte la Bolivie.

Morales joue le quitte ou double, en misant sur le large soutien dont il jouit chez les populations indigènes, paysannes et ouvrières. L'autre chemin, celui de la négociation avec les préfets radicaux de la dénommée "Demi Lune", des départements de Beni, Pando, Tarija et Santa Cruz, a échoué.

Parmi ces quatre régions, trois ont déjà réalisé leur référendum autonomiste, malgré le fait que la Cour nationale électorale (CNE) les ait déclaré illégaux (1). Il s'agit de Santa Cruz le 4 mai dernier, ainsi que Beni et Pando le premier juin. Tarija devrait suivre le 22 juin.

Ces consultations illégales ont été marquées par une très faible participation. Selon les résultats communiqués, le département de Pando a enregistré une abstention de 46,5%, alors que la chaîne de télévision privée ATB parlait de 50,1%, dans une région qui compte à peine 28 000 personnes en âge de voter.

Dans le cas de Beni, l'abstention a été de 34% sur une population d'à peine 134 483 personnes inscrites au registre électoral. Et à Santa Cruz elle a tourné autour des 40% d'une population votante de 935 527 personnes.

Les résultats communiqués par les cours électorales départementales, contrôlées par l'opposition, font état de 87% pour le "oui" à Pando, 80% à Beni et 85% dans la riche région de Santa Cruz.

Il est important de souligner tout d'abord que ces consultations se sont réalisées sans observateurs nationaux ni internationaux. Même l'Organisation des Etats américains (OEA), qui n'est pas forcément connue pour ses prises de position progressistes, avait refusé d'envoyer des observateurs et avait plaidé en faveur de l'unité constitutionnelle en Bolivie.

Ensuite, l'abstention constitue une démonstration du soutien dont jouit Evo Morales, y compris dans ces régions, étant donné que le message tant du gouvernement comme des mouvements sociaux avait été d'appeler au boycott des consultations, afin de ne pas les légitimer.

Mobilisations populaires

Lors de ces différents référendums, les organisations sociales et syndicales se sont mobilisées dans le pays pour rejeter les statuts autonomistes des départements gouvernés par la droite.

"Nous les travailleurs, nous rejetons ces statuts et rappelons à nos bases que la meilleure manière de démontrer notre rejet est de ne pas aller voter", déclarait le 31 mai la présidente de la Centrale ouvrière de Beni, Sonia Guardia.

Dans les trois départements, travailleurs, paysans et indigènes se sont mobilisés le jour des référendums par des blocages de routes et des manifestations. Dans certaines localités ils ont essayé d'empêcher l'ouverture des bureaux de vote et ont confisqué des urnes qu'ils ont brûlées, parce qu'ils considéraient qu'elles contenaient des bulletins de vote falsifiés.

Le 4 mai, 700 000 personnes ont manifesté à El Alto et à Cochabamba pour exprimer leur désaccord avec ces consultations illégales.

Violences racistes de l'opposition

Pour sa part, l'opposition avait mobilisé ses groupes de chocs. Les organisations d'extrême droite, parmi lesquelles l'Union des Jeunesses cruceñistes (Unión Juvenil Cruceñista, de Santa Cruz) avaient fait le déplacement à Beni et Pando où elles ont agressé des membres d'organisations sociales qui s'étaient mobilisés pour le "non" aux autonomies.

Au delà de la composante de classe entre membres de la bourgeoisie de Santa Cruz ou des autres départements et paysans ou travailleurs, il existe également une composante raciale entre blancs qui appartiennent à cette même bourgeoisie et indigènes ou amérindiens.

Le 24 mai dernier, des dizaines de paysans indigènes ont été humiliés et battus par des membres du dénommé Comité Interinstitutionnel, dans la ville de Sucre (département de Chuquisaca, au sud), alors qu'ils s'apprêtaient à participer à une mobilisation pro gouvernementale à laquelle devait assister le président Morales. Les paysans ont été dénudés jusqu'à la ceinture, leurs vêtements ont été brûlés et ils ont été forcés à marcher à genoux et à scander des slogans anti-Morales.

Les membres du Comité Interinstitutionnel étaient armés de bâtons, de pierres et de dynamite. Au total, 26 personnes ont été blessées et le mandataire a du annuler sa visite. Le lendemain, les organisations paysannes ont répondu par des blocages de routes.

Les nationalisations se poursuivent

Malgré les violences et les difficultés à avancer dans l'approbation de la nouvelle Constitution, Evo Morales continue les nationalisations entamées depuis 2006.

Le 3 juin denier, il a annoncé la nationalisation (en fait un rachat d'actions) de Transredes, l'entreprise de transport d'hydrocarbures. La moitié des actions appartenaient à TR-Holding, une filiale des multinationales Shell et Ashmore.

Après avoir récemment racheté les 51% de l'entreprise, l'Etat bolivien par l'intermédiaire de l'entreprise gazière publique YPFB en contrôlera désormais les 98%.

Durant son discours pour l'occasion, Morales a dénoncé que Transredes appuyait les activités des préfets de l'opposition et leurs plans séparatistes, notamment dans le département de Tarija.

"J'ai de nombreuses informations qui prouvent que cette entreprise conspirait en permanence contre le gouvernement et contre la démocratie. Mes ministres le savent, j'ai supporté depuis 2006 ces conspirations mais la patience a des limites. Nous n'allons pas permettre que d'autres entreprises conspirent, comme Enron ou Ashmore", a-t-il expliqué.

Après le référendum révocatoire du 10 août, un autre défis attendra Morales et les mouvements sociaux. Il s'agit de la ratification, par un autre référendum, de la nouvelle Constitution approuvée en décembre dernier par l'Assemblée constituante, boycottée elle aussi par l'opposition.


Notes:

(1) La CNE considère ces consultations illégales car elle estime qu'elles doivent être convoquées par le Congrès national et non pas par les autorités départementales.



Article publié dans La Gauche, juin-juillet 2008

Lire aussi sur ce blog l'article Bolivie, une opposition sans concessions, janvier 2008

mercredi 28 mai 2008

Conseil communal à Manicomio

Le rendez-vous était fixé à 19h, en face du petit magasin. Le groupe de francophones habitant le quartier de Manicomio avait répondu présent.

Ponctualité vénézuélienne oblige, nous avons eu le temps de boire une bière et de discuter un peu jusqu'à 20h, lorsque la réunion a vraiment commencé.

"Attendons que tout le monde sorte, il faut que se soit bien démocratique". Une fois n'est pas coutume, le retard jeudi dernier avait une réelle motivation. Petit à petit, les habitants du "callejon" et des ruelles avoisinantes prennent place dans la ruelle principale.

C'est une des premières réunions du conseil communal de ce quartier populaire à l'ouest de Caracas. Environs 70 personnes, dont une majorité de femmes, se sont regroupées dans la rue pour constituer le Commission électorale qui sera chargée d'organiser l'élection des portes-parole de la communauté, les "voceros".

Les conseils communaux sont des instances de démocratie participative que les Vénézuéliens sont libres de constituer dans leurs quartiers. Toute personne âgée de plus de 15 ans peut y participer comme votant ou comme candidat.

"Ceux qui connaissent la loi, tant mieux. Ceux qui ne la connaissent pas doivent la lire, c'est important. Ici c'est l'assemblée qui décide", s'exclame Wilfredo dans son haut parleur, alors que les voisins se regroupent autour de la pancarte collée au mur et qui servira de tableau improvisé.

La loi des conseils communaux a été adoptée par l'Assemblée nationale en avril 2006. L'article numéro 2 stipule que "les conseils communaux, dans le cadre constitutionnel de la démocratie participative et protagonique, sont des instances de participation, d'articulation et d'intégration entre les différentes organisations communautaires, groupes sociaux et les citoyens et citoyennes".

Ils doivent permettre "au peuple organisé d'exercer directement la gestion des politiques publiques et des projets orientés à répondre aux nécessités et aspirations des communautés par la construction d'une société équitable et de justice sociale".

Commission électorale

Le premier pas pour conformer un conseil communal est le recensement démographique de la communauté, réalisé par un groupe de "promoteurs" qui en prennent l'initiative. Seules les personnes inscrites pourront voter pour élire les membres des différentes commissions et de l'organe exécutif du conseil.

"Ceux qui ne veulent pas se faire recenser par qu'ils n'ont pas confiance ou parce que ça ne les intéresse pas, c'est leur droit. Mais qu'ils ne viennent pas critiquer le travail du conseil communal après!", vocifère Wilfredo pour que tout le monde entende, y compris ceux qui regardent depuis leurs fenêtres sans participer.

Ce jeudi, l'assemblée doit désigner une Commission électorale de 5 personnes qui seront chargées d'organiser la campagne et les élections des différentes commissions qui conformeront cette instance participative.

Cette commission électorale sera dissoute après les élections et ses membres ne peuvent se porter candidats lors du scrutin.


Parmi les principales commissions, la "Banque communale" sera l'organe chargé d'administrer les ressources financières apportées par le gouvernement pour la réalisation des projets.

La Commission de Contrôle ou "Unité de Contrôle social", sera pour sa part chargée de suivre de près le fonctionnement du conseil communal ainsi que l'administration des finances par la Banque communale.

Ces deux commissions, comme toutes les autres, devront se soumettre aux décisions et contrôle de l'assemblée des citoyens, l'instance suprême.

Les domaines que peuvent toucher les conseils communaux, selon leurs niveau d'organisation, sont divers: sport, culture, éducation (en partenariat avec les Missions par exemple), santé, aide aux personnes à bas revenu, infrastructure, transport, etc.

"Le problème n'est pas qu'il n'y a pas de gaz, le problème c'est que les marchands spéculent avec le prix des bombonnes", s'indigne un voisin, alors qu'on s'arrange pour organiser l'approvisionnement en gaz dans le quartier. C'est aussi une des attributions des conseils communaux!

On en revient au but premier de la réunion, la désignation de la Commission électorale. "Allez les expatriés là, ça serait bien que l'un d'entre vous y participe. Vous aussi vous avez des droits!", nous rappelle Wilfredo.

Ma curiosité et l'insistance de l'invitation me poussent à me porter volontaire. Me voilà embarqué dans la Commission électorale du conseil communal de Manicomio.

vendredi 16 mai 2008

Quand Interpol brode autour de son rapport sur l'ordinateur des FARC

Ce jeudi, le secrétaire général d'Interpol, l'étasunien Ronald Noble, a remis en personne à Bogotá le rapport de la Police Internationale sur l'analyse des trois ordinateurs que les autorités colombiennes prétendent avoir retrouvé sur le site du bombardement du campement des FARC, en territoire équatorien, et qui auraient appartenu au numéro deux de la guérilla tué durant l'opération, Raúl Reyes.

A la vieille du cinquième sommet Europe, Amérique latine et Caraïbes, la presse commerciale fait déjà un festin des conclusions énoncées par Noble en conférence de presse.

"Nous sommes certains que les pièces examinées par nos experts proviennent d'un campement terroriste des FARC", a indiqué jeudi le secrétaire général d'Interpol, répondant à un journaliste qui lui demandait s'il pouvait affirmer la provenance de ces ordinateurs.

Pourtant, le rapport écrit dit exactement le contraire (1). Il signale que "la vérification par Interpol des huit pièces à conviction informatiques saisies aux mains des FARC (2) n’implique ni la validation de l’exactitude des fichiers utilisateur, ni la validation de l’interprétation de quelque pays que ce soit relativement à ces fichiers utilisateur, ni la validation de la source des fichiers utilisateur".

En d'autres mots, bien que le rapport prenne comme fait accompli dés le premier paragraphe que ces ordinateurs ont été "saisis dans un camp des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en Équateur, dans la région frontalière avec la Colombie, le 1er mars 2008", il ne peut concrètement en certifier la provenance.

Il met également en garde contre toute interprétation hâtive. Il serait donc bon de rappeler le droit à la présomption d'innocence dont dispose chaque personne et gouvernement jusqu'à ce qu'une instance compétente ait déterminé si quelqu'un est responsable de quoi que se soit (financer, armer les FARC, etc.). Ceci étant un principe de base du journalisme.

Le journal Le Soir, reprenant une dépêche de l'Afp, affirmait jeudi sur son site web que "un rapport d’Interpol, dévoilé jeudi à Bogotá, atteste l’authenticité des documents qui prouvent, selon Bogotá, que le chef de file de la gauche radicale latino-américaine (Chávez, ndlr) aurait financé et armé la guérilla marxiste".

C'est vrai, Noble (3) a assuré que l'équipe d'experts d'Interpol n'a retrouvé "aucun élément attestant la création, la modification ou la suppression de fichiers utilisateur".

Cependant, le rapport rend compte que les pièces à conviction n'ont pas été traitées selon "les principes reconnus internationalement pour ce type d'expertise".

Plus précisément, "l’accès aux données contenues dans les huit pièces à conviction informatiques provenant des FARC entre le 1er mars 2008, date à laquelle elles ont été saisies par les autorités colombiennes, et le 3 mars 2008 à 11h45, lorsqu’elles ont été remises au Grupo Investigativo de Delitos Informáticos de la Police judiciaire colombienne, n’a pas été effectué conformément aux principes reconnus au niveau international en matière de traitement des éléments de preuve électroniques par les services chargés de l’application de la loi".

C'est à dire que les autorités colombiennes ont ouvert directement les fichiers entre ces deux dates. Il est même précisé que "un ordinateur portable ainsi que les deux disques durs externes qui ont été saisis contenaient des fichiers à l’horodatage erroné (dates dans le futur)", datés de 2009.

Finalement, Interpol insiste sur le fait que "l’exactitude et la provenance des fichiers utilisateur contenus dans ces huit pièces à conviction sont et ont toujours été exclues du champ de l’expertise réalisée par Interpol, qui porte sur les aspects d’informatique légale".

Deux rapports, deux couvertures médiatiques

La semaine dernière, l'Equateur à présenté son rapport dénonçant qu'au moins quatre des 25 personnes décédées lors du bombardement du campement des FARC le premier mars, ne sont pas mortes des causes du bombardement mais ont été abattues par balle.

De plus, l'autopsie a démontré que le citoyen équatorien qui se trouvait dans le campement est mort de coups sur le crâne. On se rappellera que Bogotá avait héliporté des troupes après le bombardement afin de récupérer les corps de Raúl Reyes et de Franklin Aisalia (équatorien confondu au départ avec un autre dirigeant de la guérrilla, Julian Conrado).

Les autorités de Quito dénoncent également que la Colombie ne dispose pas d'avions capables de transporter les bombes utilisées dans l'opération, et accusent une "force étrangère" d'avoir participé au bombardement, faisant référence aux États-Unis et à leur base militaire de Manta, située en territoire équatorien.

De nouveau, on voit la différence faite dans la couverture médiatique de ces deux rapports.


Notes:

(1) Pour consulter le rapport d'Interpol en quatre langues, cliquez ici.


(2) Il s'agit de trois ordinateurs portables, deux disques durs externes et trois clés USB.

(3) Le président Hugo Chávez l'a surnommé "ignoble" lors d'une conférence de presse à Caracas ce jeudi, en réaction au rapport rendu par Interpol.



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