jeudi 27 décembre 2007

L’heure de la réflexion (et 3)

Electeurs attendant patiemment leur tour lors de l’élection présidentielle de décembre 2006. (Photo : Seb)

Voici la dernière partie de ma réaction à la défaite du "oui" lors du référendum sur la réforme constitutionnelle du 2 décembre dernier.

Vous pouvez consulter ici les deux premières parties :

- Leçon de démocratie à la Chávez (1)

- Leçon de démocratie à la Chávez (2)

A bientôt un mois du référendum, le Venezuela et le proceso sont toujours dans une ambiance "post 2 décembre".

Bizarrement, l’opposition s’est montrée relativement calme depuis la dernière échéance électorale. De nombreuses personnes mentionnent le fait que les opposants ne s’attendaient pas à cette victoire. Tous leurs plans étaient basés sur une défaite et sur une mobilisation de leurs secteurs dans les rues pour délégitimer le processus électoral. Mais une fois la victoire acquise sur le terrain démocratique, plus rien, aucune offensive sur le plan politique si ce n’est l’éternelle guerre médiatique qui fait rage.

Se poursuit également le boycott, par certains secteurs de capitalistes "nationaux", de produits de base tels le lait, le sucre, l’huile, la farine, etc. qui parviennent difficilement à la population. Le phénomène est connu ici comme "desabastecimiento" (littéralement : désapprovisionnement) (1).

On peut facilement imaginer ce qu’aurait été la réaction de l’opposition (et de la "communauté internationale") si le "oui" l’avait emporté avec une marge aussi courte. Les derniers chiffres fournis par le Conseil National Electoral donnent une différence de 1,31 % pour le non dans le premier bloc, et une avance de 2,01 % dans le deuxième. Avec une abstention proche des 44%.

L’opposition est calme donc. Mais le "chavisme", que fait-il ? Bien que le président Chávez ait appelé à l’autocritique le soir même de la défaite, on tarde à la voir venir et le discours "post 2 décembre" continue malheureusement de ressembler à celui utilisé dans les semaines précédant le référendum.

J’ai l’impression qu’on essaie très peu de se plonger dans le pourquoi du rejet de la proposition de réforme constitutionnelle, en se réfugiant derrière l’idée que "les gens ont eu peur, ils n’ont pas compris". Posture fort paternaliste pour un processus qui se veut révolutionnaire et participatif.

Des articles en défaveur de la réforme

Je parlais dans mon dernier article d’un secteur du "chavisme" qui divergeait avec la proposition de réforme sur certains points, comme par exemple l’article 338 qui modifiait les conditions pour décréter l’Etat d’urgence. Ou le 191 proposé par l’Assemblée nationale et taillé sur mesure pour ses propres députés, afin que ceux-ci puissent se réincorporer au Parlement après avoir occupé un poste de ministre ou toute autre fonction publique.

Un point à méditer : ce genre d’article n’a-t-il pas amené une partie des partisans du processus à voter contre la réforme ?

S’il en fut ainsi, on peut en tout cas en tirer un aspect positif : cette population qu’on aurait parfois pu croire "suiviste", qu’on aurait pu qualifier comme "plus chaviste que révolutionnaire" (dans le sens négatif de la personnalisation du processus) viendrait en fait de démontrer son indépendance et sa capacité de peser le pour et le contre.

Signal d’alarme ?

L’autre hypothèse possible, c’est que ce "non vote" (à ne pas confondre avec le vote pour le "non") des 2 800 000 partisans de Chávez qui ne se sont pas déplacés le dimanche 2 décembre pour appuyer la réforme, soit une forme de signal d’alarme envers la gestion parfois franchement inefficace du gouvernement dans certains domaines.

J’ajouterais à cela un signal d’alarme aussi contre la présence d’opportunistes et de corrompus qui mènent la belle vie au sein du gouvernement. Il n’est pas rare d’entendre en rue cette remarque : "Espérons que le Président comprenne qu’il doit faire le nettoyage dans son entourage".

Si des pas importants ont été faits dans de nombreux domaines, des efforts énormes restent à faire dans d’autres aspects extrêmement concrets de la vie quotidienne. Vivant dans un quartier populaire de Caracas depuis maintenant plusieurs mois, les premiers qui me viennent à l’esprit sont les suivants : résoudre l’insécurité, exterminer la corruption et être impardonnable envers l’inefficacité des autorités locales qui se montrent, pour certaines, incapables de résoudre des problèmes aussi basiques que la collecte des déchets.

La réforme constitutionnelle aurait-elle permis d’avancer dans ces aspects ? Certainement. Les conseils communaux et la Réserve militaire auraient pu jouer un rôle actif dans toutes ces problématiques. Cependant ces formes d’organisations existent déjà dans le cadre de la Constitution actuelle. Il suffirait donc de les mobiliser dans ce sens !

Comme dans tous les pays, la droite surfe sur le thème de l’insécurité et les journaux à sensation en remplissent leurs pages. Cependant le problème est bien réel. Le combattre efficacement signifierait agir sur plusieurs fronts : continuer à réduire les inégalités sociales, mettre les bouchées doubles sur l’éducation et la prévention, et surtout réformer ou plutôt révolutionner la police. Corrompus, inefficaces et parfois source d’insécurité eux-mêmes, les corps de police constituent une des couches les plus néfastes de l’appareil d’Etat, qu’il s’agisse tant de la Garde nationale que des polices municipales.

Bref, tous ces facteurs peuvent avoir pesé dans la balance et amené une partie de la population à utiliser l’abstention comme une sonnette d’alarme envers Chávez sur des revendications qui, bien qu’elles soient basiques et émanent d’une vision à court terme, n’en sont pas moins légitimes et demandent une réponse rapide et efficace.

En guise de conclusion personnelle j’identifierais donc 3 causes de cette abstention :

(1) L’abstention par la peur

L’utilisation par l’opposition de la vieille peur du communisme, agitant le démon de la suppression de la propriété privée (alors que celle-ci était reconnue textuellement dans la réforme au coté des autres formes de propriété).

Là on peu dénoncer la propagande de l’opposition mais il est bon de se rappeler que celle-ci n’a rien fait d’autre que son travail. Il faut donc se poser la question de l’efficacité de la propagande du "oui" et surtout revoir la stratégie communicationnelle des médias gouvernementaux et communautaires.

(2) L’abstention par le désaccord

Certains articles n’ont pas convaincus une partie de la population. Etaient-ils vraiment indispensables ? N’ont-ils pas contribué à favoriser l’abstention ?

(3) L’abstention comme signal d’alarme

Ce référendum n’a-t-il pas été l’opportunité pour certains de dénoncer la mauvaise gestion, la corruption et autres tares d’une partie des organismes gouvernementaux et locaux ?

Quel est le pourcentage qui correspond à chacune de ces hypothèses ? Laquelle prédomine ? Difficile à dire. Y a-t-il d’autres raisons ? Certainement.

Ces explications ne sont-elles pas trop basiques ? Peut-être mais elles constituent le quotidien de la majorité de la population. Et bien que le Venezuela essaie de construire une société différente, il reste pour l’instant un pays capitaliste où l’argent fait la loi et détermine la vie des habitants. Comme vous répondent la plupart des chauffeurs de taxi quand vous leur parlez de politique : "Moi si je ne travaille pas, je ne mange pas".

Pour convaincre ces personnes il ne suffit donc pas de leur parler de révolution, il faut que celle-ci soit mise en pratique et qu’elle se traduise en une amélioration concrète dans leur quotidien.

La fin du processus bolivarien ?

Je ne le pense pas. De toutes les défaites électorales possibles, celle-ci était la moins grave. Elle ne remet nullement en cause la situation actuelle du Gouvernement. Réélu en 2006 avec 60 % des voix, le président Chávez continuera donc son mandant jusqu’en 2013.

Depuis 1999, le proceso a avancé dans le cadre de cette Constitution, il peut continuer à le faire même si certains aspects seront plus difficiles à traiter que prévu.

Il n’est pas exclu qu’une nouvelle réforme soit proposée dans les années à venir. Selon la Constitution actuelle, le Président de la République ne peut soumettre qu’une seule proposition à référendum durant un même mandat.

Cependant, la Constitution prévoit également que l’initiative de réforme puisse provenir de 15 % des électeurs inscrits ou de la majorité des députés de l’Assemblée nationale. Un de ces deux secteurs pourrait donc prendre l’initiative d’une nouvelle réforme qui devra dans tous les cas être soumise à référendum.

A noter aussi que l’année 2008 sera de nouveau une année électorale au Venezuela, on votera pour l’élection des maires et gouverneurs des 23 états du pays, ainsi qu’à Caracas. Un rendez-vous à ne pas manquer pour le proceso et peut-être enfin l’opportunité de voir émerger de nouveaux leaders issus des bases populaires.

Notes :

(1) J’ai l’intention de revenir sur ce phénomène dans un prochain article plus détaillé.


Réactions des deux camps

J’avais rédigé cet article il y a déjà près de deux semaines mais j’ai mis du temps à le publier. J’ai donc décidé de reprendre deux réactions plus récentes en relation avec ce que j’affirmais ci-dessus.

L’écrivain et intellectuel vénézuélien Luis Britto García a publié un article le dimanche 23 décembre dans le quotidien Últimas Noticias. En voici un court extrait :

"La réforme constitutionnelle s’est perdue à cause du ‘desabastecimiento’ (désapprovisionnement, voir ci-dessus), la déformation médiatique et la perception du manque d’efficacité dans le combat contre l’insécurité et la corruption. Les administrateurs doivent initier de puissantes actions afin d’éviter que le pouvoir ne se perde pour les mêmes raisons. (…) Les médias du proceso doivent restructurer leur organisation, message et contenu".

De l’autre côté de l’échiquier politique, Yon Goicochea, l’un des dirigeants du mouvement étudiant d’opposition, affirmait dans une interview, le même jour dans le même journal :

"Pour l’instant nous sommes en restructuration, nous mettons tout au point afin d’être plus opérationnels et nous travaillons également sur des propositions de type social que nous présenterons au pays en janvier".

A propos de l’année 2008, Goicochea a d'ores et déjà annoncé l’agenda :

"Je crois que l’année qui arrive sera très conflictuelle, pour la raison électorale, à cause du problème économique et du ‘desabastecimiento’, mais nous avons de l’espoir. Nous pensons que le vénézuélien commence à se réveiller".

jeudi 13 décembre 2007

Nouvelles têtes: le même objectif

(Nuevas Caras: el mismo objetivo)




Un documentaire sur le mouvement étudiant d'opposition au Venezuela.

Nuevas Caras: el mismo objetivo démontre les liens des leaders estudiantins de l’opposition vénézuélienne avec l’organisation serbe Otpor (actuellement Canvas), les institutions du Gouvernement étatsunien, les jeunesses du parti de Silvio Berlsconi et le Vatican. Les connections de ces étudiants s’étendent au Parti Popupaire espagnol, Nuevas Generaciones et la Fondation FAES.

On y explique également les incidents de l’Université Centrale du Venezuela, là où ont eu lieu des affrontements violents durant la campagne contre la réforme constitutionnelle.

Ce documentaire est disponible sur le web, malheureusement pour l’instant uniquement en espagnol.

jeudi 6 décembre 2007

Leçon de démocratie à la Chávez (2)

L’article précédent (Leçon de démocratie à la Chávez (1)) était une réaction globale, à chaud et reprenant en grande partie les déclarations du président Chávez quelques instants après la défaite lors du référendum sur la réforme constitutionnelle. Cet article, plus détaillé, se veut une tentative d’analyse sur le pourquoi de cette défaite et ses conséquences. Même si de ces jours-ci de nombreuses analyses ont été publiées, je ne peux m’empêcher d’apporter la mienne. En voici la première partie :

Dans la nuit du 2 au 3 décembre, les visages étaient tirés dans les bureaux de la chaîne multiétatique TeleSUR, où je me trouvais. Le Conseil National Electoral n’avait pas encore diffusé les chiffres officiels, nous étions tous à l’attente du résultat que l’on savait déjà serré. Chacun essayait d’en savoir un peu plus par ses propres moyens, un sms, un coup de téléphone.

Peu avant 1h une info nous parvient : le "oui" a perdu dans l’Etat du Zulia et à Caracas. Les deux régions les plus peuplées du pays, mauvais signe. Quelques instants plus tard, je contacte par sms un ami présent parmi les observateurs. Sa réponse met fin à mes derniers espoirs : "Enterrement".

Que s’est-il passé ?

Comment a-t-on fait pour perdre 3 millions d’électeurs en un an ? Je pense que cette dernière question n’est pas celle à se poser. Chávez n’a pas perdu 3 millions d’électeurs. D’ailleurs, en se mobilisant au maximum, l’opposition n’a amélioré son score que d’un peu plus de 200 000 voix.

Cependant, cela veut quand même dire que près de 2 800 000 partisans de Hugo Chávez en 2006, n’ont pas voté pour cette réforme. Je ne crois pas trop à l’argument "excès de confiance". Si excès de confiance il y a eu, il s’est trouvé dans la bureaucratie d’Etat, les députés et dans le Comando Zamora (l’appareil de propagande en faveur du "oui") mais certainement pas au sein de la population qui, la plupart du temps, se mobilise en force pour soutenir le proceso.

A force de rejeter la faute de tout ce qui ne va pas à "l’impérialisme", cette bureaucratie se coupe de la réalité et ne regarde plus dans son assiette. L’atterrissage risque d’être douloureux, comme ce fut le cas cette fois.

Mais cet "excès de confiance" et ce manque de mobilisation des structures étatiques ne sont peut-être pas anodins. En effet, quel intérêt aurait un gouverneur ou un maire réformiste à voir la population dotée de plus de pouvoir au détriment du sien ?


Même si cette réforme ne touchait pas la structure des gouvernements régionaux ni des municipalités, elle impliquait quand même l’apparition d’un pouvoir parallèle et une diminution des fonds qui leur parviennent, étant donné qu’une partie du budget de la nation aurait été attribué au pouvoir populaire constitutionnalisé.

On en revient à la vieille question : un gouvernement, aussi progressiste soit-il, va-t-il volontairement se défaire du pouvoir pour le "donner" au peuple ? …Ou le peuple doit-il s’organiser à la base pour s’approprier lui-même le pouvoir qui lui revient ?

Les médias… et l’Eglise

Deuxième point, la propagande du "non". Elle fut massive, intense et basée sur l’émotivité. Tous les secteurs réactionnaires de la société y ont participé, les médias privés, l’Eglise catholique, les partis d’opposition, le mouvement étudiant petit-bourgeois, etc.

Avant même que le contenu de la proposition de réforme ne soit connu, la presse nationale avait déjà lancé sa diatribe. Le dimanche 07 juillet, j’assistais à une conférence de presse de la Conférence épiscopale vénézuélienne (CEV). Lors de cet événement, l’Eglise vénézuélienne exprimait ses "doutes sur le talent démocratique de la réforme constitutionnelle".

Le lendemain, c’est à dire le lundi 08 juillet, reprenant une déclaration d’un des représentants de l’Eglise, le journal d’opposition El Universal titrait en première page : "La réforme constitutionnelle mènera au marxisme-léninisme". La proposition de réforme ne fut connue que lors de sa présentation par le président Chávez plus d’un mois plus tard, le 15 août !

La vielle peur du communisme était donc de nouveau exploitée pour effrayer la population. Bref, on peut imaginer qu’un secteur du chavisme, pas assez formé politiquement, se soit laissé influencer.

Et puis il y a l’autre secteur, celui dont on ne parle que très peu (et c’est à mon avis une grave erreur), le secteur chaviste, populaire, conscient, formé politiquement mais qui n’a pas voté. Militant, ouvrier d’entreprise récupérée, média communautaire, etc. qui n’ont pas voté parce qu’ils divergeaient sur certains articles de la réforme.

Nous y reviendrons, dans la troisième partie de cette analyse...

lundi 3 décembre 2007

Leçon de démocratie à la Chávez (1)

On l’avait affublé de tous les qualificatifs, populiste, dictateur, autoritaire, castro-communiste ; pour les entreprises de communication les autorités vénézuéliennes ne constituaient pas un gouvernement mais un "régime". Depuis huit ans, l’opposition mettait constamment en doute la qualité démocratique du vote électronique vénézuélien (un des systèmes les plus avancés, si pas le plus avancé au monde). On a même pu voir ces derniers mois des milliers d’étudiants manifester, les mains peintes en blanc, la bouche bâillonnée hurlant "l’agonie de la démocratie". Et pourtant.

Et pourtant en ce dimanche 2 décembre, le président Hugo Chávez vient de donner au monde entier et à l’opposition locale une véritable leçon de démocratie. Vers 1h30 du matin, il s’est adressé au pays, à ses partisans mais aussi à ses opposants. "Vous voyez ? Vous vous rendez compte que c’est possible, que c’est le chemin à suivre ? J’espère qu’à partir de maintenant vous oublierez le chemin de la violence et de la déstabilisation de nos institutions" a-t-il dit à ces derniers.

Hugo Chávez venait de reconnaître le rejet de sa proposition de réforme constitutionnelle par la moitié des vénézuéliens. "Nous reconnaissons la décision qu’a pris le peuple. Je tiens ma parole, nous respectons les règles du jeu. Ce n’est pas la première fois, rappelez-vous que nous l’avions également fait lors du référendum révocatoire (1)".

"J’avais un dilemme mais j’en suis sorti, je suis tranquille. Comme j’espère que tous les vénézuéliens seront tranquilles, chacun avec sa position en respectant l’autre. Chaque journée électorale permet à notre pays de mûrir" ajoutait Chávez.
Le dilemme avoué du Comandante était de savoir si les résultats extrêmement serrés qui donnaient un léger avantage au "non", étaient réversibles avec les dernières urnes à dépouiller. "Le dilemme avec lequel je me débattais était de savoir si la tendance allait arriver au point de devenir irréversible ou pas".

"Le Venezuela ne mérite pas de vivre une situation aussi tendue que celle-ci. J’avais cette immense préoccupation de me voir dans la même situation qu’un autre président, aux Etats-Unis, qui a du attendre les résultats des votes venant de bases militaires au Japon. Je ne voulais pas d’une victoire à la Pyrus, mon éthique ne me l’aurait pas permis" expliquait-il.

"Je vous demande à tous de rentrer chez vous. Que ceux qui ont gagné célèbrent la victoire. Mais un conseil, sachez administrer votre victoire, mesurez bien mathématiquement votre victoire".

Et mathétiquement il s’en est fallu de très peu. Après la fermeture des bureaux de vote, certains médias internationaux (2) annonçaient une possible victoire du "oui". Mais plus les heures passaient, plus les visages devenaient tendus dans le camp chaviste et plus les représentants de l’opposition et les médias privés affichaient un optimisme qui laissait présager une victoire du "non".

La réforme se présentait en deux blocs, le bloc "A" reprenait les 33 articles présentés par le Président et le "B" les 36 modifiés par l’Assemblée nationale. C’est finalement par un pourcentage de 50,70 % que le bloc "A" a été rejeté (49,29 % de "oui") et par 51,05 %que le "B" l’a également été (48,94% de "oui"). Le taux de participation a aussi reflété le rejet d’une partie des supporters du président, qui ont préférés ne pas faire le déplacement pour voter.


"Nous n’avons pas réussi, pour l’instant. Mûrissons politiquement et confrontons les processus avec une conviction démocratique qu’ici c’est la démocratie, il n’y a pas de dictature. Je comprends et j’accepte que ma proposition de réforme constitutionnelle est une proposition profonde, intégrale, une équation de pouvoir".

Il fit aussi référence à la campagne médiatique abominable, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, qui s’est abattue sur cette réforme. "Ce peuple a été soumis à un feu nourri d’artillerie de mensonges, de peurs. Mais malgré tous ces subterfuges, que 4 millions de personnes aient voté pour le projet socialiste, c’est un grand saut politique. Nous continuerons à construire le socialisme dans le cadre que nous permet cette Constitution".

En reconnaissant les résultats (ce dont seules l’opposition et les multinationales de la communication doutaient) et en appelant à la confrontation sur le terrain des idées, le président Chávez a montré une fois de plus son talent démocratique au monde entier. A lui et à la base populaire maintenant de faire en sorte que cet échec se transforme en victoire, en victoire morale comme il l’a appelé à le faire, mais surtout en remise en cause des difficultés et des faiblesses qui apparaissent dans la construction du socialisme du XXI ème siècle. Le processus de transformation sociale ne pourra que sortir renforcé de cette confrontations d’idées...

Notes:


(1) En 2004, à la moitié du premier mandat de Chávez, l’opposition avait réussi à rassembler suffisamment de signatures pour convoquer un référendum révocatoire prévu dans la Constitution.

(2) La loi électorale vénézuélienne interdit les médias locaux de diffuser des estimations de résultats avant le premier bulletin officiel du Conseil National Electoral (CNE).

jeudi 29 novembre 2007

Radio Venezuela en Vivo

Je participe à cette initiative avec quelques copains ici à Caracas, connectez-vous et n’hésitez pas à faire circuler l’adresse au maximum !!!


Vivez en direct le référendum populaire sur la réforme constitutionnelle au Venezuela
http://radiovenezuelaenvivo.blogspot.com/

Qu'est-ce que Radio Venezuela en Vivo ?


Radio Venezuela en Vivo est une radio qui émet par Internet. Elle a été créée à l'initiative d'un groupe d'internationalistes basés à Caracas et dans les grandes villes du Venezuela, dans le but d'offrir une information objective continue sur la situation réelle du Venezuela pendant la période du référendum sur la réforme constitutionnelle. Radio Venezuela en Vivo émettra principalement en français et en anglais, s'enrichissant aussi d'émissions en arabe et en portugais.

Pourquoi lancer Radio Venezuela en Vivo ?

En tant qu'observateurs internationaux du processus démocratique en cours au Venezuela, les membres de Radio Venezuela en Vivo ont pu voir comment ces derniers temps les mensonges médiatiques sur la situation que nous vivons tous les jours ont pu s'intensifier dans les médias internationaux. Pour tenter de contrer une situation de coup d'Etat médiatique, comme ce fut le cas en avril 2002, Radio Venezuela en Vivo informera la communauté internationale 24h/24 des évènements qui entourent le référendum sur la réforme constitutionnelle.

Où et comment écouter Radio Venezuela en Vivo ?

Sur Internet, en cliquant sur l'icône radio :
http://radiovenezuelaenvivo.blogspot.com/

La publication de notre programmation vous permettra de sélectionner les horaires correspondants à la langue de votre choix.

Quand écouter Radio Venezuela en Vivo ?

Nous commencerons à émettre dans la journée du jeudi 29 novembre 2007. Nous proposerons divers programmes d'analyses et de reportages de la part des présentateurs et des correspondants que nous comptons dans tout le Venezuela. A partir du samedi 1er décembre, nous proposerons un suivi continu 24h/24 de la situation réelle au Venezuela.

Pouvons-nous participer à Radio Venezuela en Vivo ?

Oui. Le forum que nous installerons sur le site internet vous permettra de dialoguer avec nos présentateurs et de leur poser vos questions. De plus, si vous êtes observateurs des élections à l'ambassade du Venezuela dans votre pays, faites-le nous savoir, nous vous appellerons. Votre témoignage est précieux. Si vous êtes animateurs d'une radio, n'hésitez pas à réutiliser nos émissions. N'oubliez pas, votre participation à tou(te)s est essentielle pour faire connaître l'existence de cette radio.

Contre les mensonges médiatiques, écoutez Radio Venezuela en Vivo
Faites connaître la radio en transférant ce mail à toutes vos connaissances !

Radio Venezuela en Vivo
http://radiovenezuelaenvivo.blogspot.com/
radiovenezuelaenvivo@gmail.com


mercredi 28 novembre 2007

G.I. Joe à Caracas

Photo : TeleSUR

J’affirmais dans mon dernier article (1) que la réforme constitutionnelle se déciderait aussi bien dans la rue que dans les urnes. Apparemment certains semblent bien décidés à ce que la partie se joue dans la rue et pas nécessairement selon règles démocratiques.

Le mardi 20 novembre, la Garde nationale vénézuélienne a perquisitionné une résidence particulière dans l’est de Caracas. Un véritable arsenal militaire y a été découvert.

Selon les déclarations du ministre de l’Intérieur et Justice, Pedro Carreño, le lot mis à jour par la police comportait 7 fusils d’assaut, plus de 6 000 cartouches, des armes de calibre 9mm, ainsi que 78 téléphones portables, de faux papiers, des ordinateurs portables, six véhicules et "un grand nombre" d’uniformes militaires fabriqués aux Etats-Unis.

"D’après le nombre de téléphones portables et la quantité d’armement, plus les photos retrouvées, nous pouvons déduire qu’il y a une grande quantité de personnes impliquées" expliquait Carreño.

Jusqu’à présent à peine quatre personnes (trois supposés vénézuéliens et un colombien) ont été arrêtées trois jours avant l’opération, ce qui à conduit la Garde nationale à découvrir le stock qui comprenait aussi 36 paquets d’une drogue non identifiée et une importante somme d’argent. Une bonne partie du matériel était dissimulé dans des bonbonnes de gaz à double fond.

Le ministre Carreño avait déclaré "n’exclure aucune hypothèse". Les médias on directement évacué l’affaire en la classant comme une "simple" affaire de trafic de drogue.

On se rappellera cependant qu’en mai 2004, 120 paramilitaires colombiens avaient été arrêtés dans une résidence à quelques kilomètres de Caracas. Ils avaient été "engagés" par un secteur de l’opposition radicale qui voulait en finir avec Chávez. (2)

Le président vénézuélien en gracié 41 d’entre eux le premier septembre 2007 et les a remis aux mains du gouvernement colombien. (3)

A moins d’une semaine du référendum sur la réforme constitutionnelle, que les plus radicaux de l’opposition appellent toujours à empêcher par tous les moyens, on ne peut s’empêcher de se rappeler cet incident.

Les autorités vénézuéliennes dénoncent fréquemment des "plans de déstabilisation" contre le gouvernement. Parano Chávez ? La découverte du mardi 20 novembre laisse à réfléchir...

Notes :
(2) Lire aussi : (H.) Calvo Ospina, "Aux frontières du Plan Colombie", Le Monde diplomatique, février 2005.

(3) Lire aussi sur ce blog : "Chávez, Uribe et la parapolitique colombienne"

jeudi 22 novembre 2007

Manifestation des étudiants pour le "oui" à la réforme

Quelques images de la manifestation de ce mercredi 21 novembre. Elle a rassemblé prés de 50 000 personnes dont de nombreux étudiants, dans le centre de Caracas. Les manifestants ont défilé jusqu'au Palais de Miraflores, où le président Chávez s'est adressé à eux.

(Photos : Seb)








Petit clein d'oeil à la chaîne privée Globovisión, rebaptisée par les manifestants "Plomovisión, 24 heures de terreur".

mercredi 21 novembre 2007

La réforme se jouera dans la rue comme dans les urnes

Article publié sur le site de La Gauche, le 25 novembre 2007


Photo : Seb

Le 2 décembre prochain, les vénézuéliens seront de nouveau appelés aux urnes. Un an pratiquement jour pour jour après la réélection du président Chávez, ils devront cette fois approuver ou rejeter la proposition de réforme constitutionnelle déposée par ce dernier. Depuis quelques semaines les mobilisations ont repris dans les deux camps. La campagne électorale est maintenant bien lancée et celle de désinformation n’a rien à lui envier.

Depuis plusieurs semaines, aux abords de la Place Bolivar à Caracas, on ne fait pas vingt mètres sans tomber sur des volontaires qui distribuent des exemplaires de la réforme constitutionnelle. Retraités, jeunes militants ou étudiantes, ils sont vêtus de rouge et font campagne pour le "oui".

Ce qui frappe, c’est que les partisans du "oui" informent en distribuant la réforme comprenant les 69 articles soumis à référendum. Les partisans du "non", de leur côté, se contentent de slogans et de tracs interprétant les articles du projet constitutionnel à leur manière. On ne distribue pas le projet de réforme dans les quartiers chics de l’Est de Caracas, ou très peu.

Chaque jour, les journaux accueillent eux aussi des publicités défendant l’une ou l’autre position. Dans le quotidien de circulation nationale Ultimas Noticias de ce 19 novembre, on pouvait notamment trouver en page 13 une publicité appelant à voter contre la réforme.

Intitulé "Avec la réforme constitutionnelle, qui gagne et qui perd ?", le document signalait dans un de ses premiers arguments :

"Si tu es mère famille, tu perds ! Parce que tu perdras ta maison, ta famille et tes enfants (les enfants appartiendront à l’Etat). Nous perdons tous quand perdent nos mères". A la fin de cet encadré hautement argumenté, il est fait référence à l’article 112 de la Constitution.

La peur du "castro-communisme"

Mais que pouvait bien contenir cet article ? Muni de ma réforme constitutionnelle acquise gratuitement sur la Place Bolivar, je décidais donc de lire ce fameux article 112 qui sera soumis à référendum :

"L’Etat promouvra le développement d’un modèle économique productif, intermédiaire, diversifié et indépendant, fondé sur les valeurs humanistes de la coopération et la prépondérance des intérêts communs sur les individuels, qui garantisse la satisfaction des besoins sociaux et matériels du peuple, la majeure somme de stabilité politique et sociale y la majeure somme de bonheur possible.

De même, il encouragera et développera diverses formes d’entreprises et unités économiques de propriété sociale, tant directe ou communale qu’indirecte ou d’Etat (1), ainsi que des entreprises et unités économiques de production ou distribution sociale, celles-ci pouvant être de propriété mixte entre l’Etat, le secteur privé et le pouvoir communal, créant de meilleures conditions pour la construction collective et coopérative d’une économie socialiste".

Bref, en manque de leader, d’arguments et de légitimité, l’opposition joue la carte de la désinformation et de la peur en agitant la menace d’un soi-disant "castro-communisme" qu’instaurerait cette réforme.

Une opposition fragmentée

La semaine dernière, lors d’une de ces manifestations tant relayées par les agences de presse internationales, le camp opposé à la réforme n’est pas parvenu à se mettre d’accord sur la position à adopter à moins de deux semaines du référendum.

Les opposants sont fragmentés entre ceux qui pensent qu’il faut voter "non", ceux qui pensent qu’il ne faut pas voter, et ceux qui pensent qu’il faut empêcher la tenue du référendum par n’importe quel moyen.

L’ex candidat à la présidentielle, Manuel Rosales, a même dû quitter la tribune sous la pression des jeunes de son propre parti, l’UNT (Un Nuevo Tiempo), qui contestaient son leadership. La manifestation du "non" s’est donc terminée sans aucun appel à la consigne de vote.

Fait qui illustre, s’il le fallait encore, le peu de cohésion qui règne au sein de cette opposition qui en est réduite au "tout sauf Chávez".

Les étudiants de l’opposition reprennent du service

Ils avaient déjà fait parler d’eux lors de la non rénovation de la concession de la chaîne privée RCTV, en mai dernier (2). Aujourd’hui le secteur des étudiants opposés au gouvernement remet le couvert contre la réforme constitutionnelle.

Ces jeunes issus d’universités privées ainsi que de l’Université Centrale du Venezuela (UCV, publique mais dans laquelle les classes populaires ont un taux de pénétration relativement faible), constituent le fer de lance de cette opposition en mal surtout d’appui populaire.

On a enregistré des affrontements entre étudiants dans certaines régions du pays et notamment le mercredi 7 novembre à l’UCV où des coups de feu ont été tirés et 12 personnes ont été blessées, dont trois par balle. Les circonstances de cet affrontement et les responsabilités qui en découlent restent encore floues.

Le même jour, un groupe d’étudiants qui manifestaient contre le projet de réforme constitutionnelle à San Cristobal, dans l’état de Táchira, ont attaqué la façade du siège régional du Parti Communiste à coup de cocktails molotov.

Et le 26 novembre prochain, l’opposition annonce une manifestation qu’elle a d’ores et déjà appelée "sans retour".

La sortie de l’ex-ministre de la Défense

Dans le camp chaviste, le retournement, le lundi 5 novembre, du général en chef retraité et ex-ministre de la Défense Raúl Isaías Baduel a provoqué de fortes réactions. Qualifié de traître par de nombreux membres du gouvernement, d’autres se sont simplement contentés de se distancer de sa position.

En se prononçant publiquement contre la réforme à peine trois jours après que l’Assemblée nationale ait déposé le projet définitif au Conseil national électoral (CNE), Baduel avait médiatiquement choisi son coup. Certains prétendent qu’il essaie de prendre une place de leader fort au sein de l’opposition. Il était pourtant considéré comme un proche du président Chávez.

Ses affirmations selon lesquelles l’approbation de la réforme constituerait "dans la pratique, un coup d’Etat violant le corps institutionnel" ont réveillé de vieux démons chez certains.

Au sein du gouvernement, l’optimisme règne cependant sur le comportement de l’armée. Ce dimanche 18 novembre, le gouverneur de l’Etat de Miranda, Diosdado Cabello, a écarté la possibilité d’une répétition du coup d’Etat du 11 avril 2002.

Il a estimé qu’il "existe des individualités" au sein de l’armée "comme partout". Mais que "ceux qui espèrent voir émerger des Forces armées un mouvement majoritaire de rejet à la proposition de réforme se trompent".

Diodado Cabello a ajouté que les Forces armées "sont un échantillon représentatif de ce qui se passe au Venezuela. Ce ne sont pas des robots, ce sont des personnes tout comme nous".

De leur côté, les étudiants bolivariens se mobilisent également et appellent à la manifestation ce mercredi 21 novembre à Caracas, en soutien à la réforme. Les quelques jours qui restent avant le référendum du 2 décembre promettent donc d’être agités et le sort de la reforme se jouera dans la rue comme dans les urnes.

Notes

(1) La réforme constitutionnelle introduit différentes formes de propriété, publique, sociale directe ou indirecte, collective, mixte et privée.
(2) Chaîne qui continue d’ailleurs à émettre par satellite.

lundi 12 novembre 2007

De retour à Caracas

Photo : Seb


De retour à Caracas après trois semaines passées en Belgique et me voilà replongé dans le quotidien passionnant du processus bolivarien. Avec un nouvel horaire de travail qui va, je l’espère, me permettre de reprendre un rythme de publications plus soutenu sur ce blog. J’espère en revenir au moins à un article par semaine, comme je le faisais au départ. L’actualité est comme d’habitude ici, très chargée. De plus, les esprits commencent de nouveau à s’échauffer autour de la réforme constitutionnelle proposée par le président Chávez. Un référendum est prévu pour le 2 décembre prochain.

Dans les grandes lignes, on retiendra cette semaine dans l’actualité, trois choses.

La première c’est la rencontre entre Chávez et un émissaire des FARC présent à Caracas, Iván Márquez. Le président vénézuélien s’est entretenu avec lui à plusieurs reprises cette semaine, ainsi qu’avec Piedad Córdoba, sénatrice colombienne. Chávez et Córdoba jouent le rôle de médiateurs sur le thème de l’échange humanitaire entre le groupe insurgé et le gouvernement colombien. On parle de 500 guérilleros détenus par le gouvernement d’Alvaro Uribe qui seraient échangés contre 47 à 50 prisonniers détenus par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), dont Ingrid Bétancourt.

Rodrigo Granda, "chancelier" des FARC, serait apparemment aussi présent à Caracas et se serait entretenu avec Chávez, mais il n’est pas apparu publiquement.

J’ai entendu parler également de la présence d’un émissaire français, envoyé par Nicolas Sarkozy pour négocier la libération d’Ingrid Bétancourt.

Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de Daniel Parfait, directeur Amériques et Caraïbes du ministère des Affaires étrangères. C’est en plus l’ex-ambassadeur français en Colombie et beau-frère de l’ex-candidate aux élections présidentielles colombiennes, Ingrid Betancourt.

Parfait avait déjà été reçu par Chávez le 4 octobre dernier, au Palais présidentiel de Miraflores. Je n’ai pas connaissance d’un nouvel entretien entre les deux hommes.

Le second fait qui a occupé l’actualité ces derniers jours, ce sont les déclarations du Général en Chef (retraité) Raúl Isaías Baduel, ex-ministre de la Défense, qui s’est publiquement déclaré contre la réforme constitutionnelle. Cette annonce a fait l’effet d’une petite bombe au sein du chavisme. Qualifié de "traître" par certains, d’autres lui reconnaissent cependant son droit à se positionner sur le sujet. Mais il est clair que l’opposition en fait ses choux gras et le porte maintenant en icône. Un ex-ministre, connu de plus pour être un proche de Chávez, qui retourne sa veste, c’est une aubaine pour la presse d’opposition.

La réforme en route

Le vendredi 2 novembre, la direction de l’Assemblée nationale a déposé la proposition de réforme constitutionnelle, modifiée et approuvée, au Conseil national électoral. Celui-ci est maintenant chargé de convoquer un référendum dans les 30 jours, comme le stipule la Constitution. La consultation populaire aura donc lieu le dimanche 2 décembre.

A la proposition déposée par le président Chávez le 15 août dernier qui modifiait 33 articles, l’Assemblée nationale a effectué ses propres modifications, en se basant sur les idées recueillies lors des rencontres avec la population et ses propres apports. Cela donne maintenant une réforme qui va modifier 69 articles sur 350 que compte la Constitution actuelle.

Ce qui va changer également c’est la forme du référendum. Il était prévu au départ que tout soit voté en un seul bloc. Il y aura maintenant deux parties qui seront votées séparément. La première sera celle présentée par Chávez et la seconde celle comprenant les articles proposés par l’Assemblée nationale (Parlement).

Dernière chose et non des moindres, le mouvement étudiant de l’opposition a repris du service dans la contestation. Ils ont manifesté à plusieurs reprises, notamment face au Tribunal Suprême de Justice (TSJ, équivalent de la Court Suprême) afin de demander le report du référendum. Ils ont été reçus par un des recteurs du TSJ et y ont déposé un document. Leur argument est que la population ne connaît pas assez la réforme pour voter en toute connaissance de cause (1).

Mercredi dernier les choses ont failli mal tourner. Des affrontements ont eu lieu entre étudiants à l’Université centrale du Venezuela (UCV), à Caracas. Des coups de feu ont été tirés et il y a eu 12 blessés dont trois par balle, heureusement pas de mort. Vous avez certainement dû en entendre parler dans la presse européenne, il paraît que Le Monde en avait fait la première page de son édition d’outremer.

Les versions varient beaucoup selon que le discours vienne du gouvernement ou de l’opposition. Apparemment, un groupe d’étudiants d’opposition ayant participé à la manifestation face au TSJ (qui s’était déroulée sans incident) est repassé par l’université. Un groupe de chavistes se trouvait dans la faculté de sciences sociales, ils étaient occupés à coller des affiches de campagne pour le "oui" à la réforme. Et c’est à partir de là que les versions différent. Qui a attaqué qui ? Une enquête à été ouverte et les ministres de l’Intérieur et d’Education supérieure se sont réunis vendredi avec les recteurs de plusieurs universités.

Ce qui est sûr c’est qu’un groupe à mis le feu à l’entrée de la faculté de sciences sociales. Et qu’un peu après, une quinzaine de motos ont débarqué avec des hommes armés et cagoulés tirant des coups de feu en l’air. Je n’en dirai pas plus, le reste ne serait que spéculations...

Note :

(1) Actuellement il n’est pas difficile de se procurer un exemplaire de la réforme, ceux-ci sont distribués gratuitement en centre ville à Caracas. De plus la campagne menée par le Parlement au moment des débats a été assez large et à touché plusieurs villes du pays, voire même des endroits plus reculés (Lire aussi sur ce blog "Réforme constitutionnelle et critique nécessaire"). Maintenant quant à savoir si tout le monde lis la réforme, c’est une autre question. Mais quoi qu’il en soit, la Constitution dans son article 344 stipule bel et bien que "le projet de réforme constitutionnelle approuvé par l’Assemblée nationale sera soumis à référendum dans les trente jours suivant son approbation".

mercredi 10 octobre 2007

Il y a 40 ans tombait Che Guevara

Photo : Seb

Photo prise dans l'ancien bureau du Che, La Cabaña, à La Havanne.
Décembre 2006.

(Dossier spécial - La Gauche)

Il y a 40 ans, le dimanche 9 octobre 1967, tombait dans les montagnes de Bolivie celui qui fut et reste un symbole exaltant de l’action révolutionnaire, de l’internationalisme conséquent et du communisme véritable : Ernesto Guevara de la Serna, dit le "Che".

Dans le journal La Gauche, peu après son assassinat, Ernest Mandel écrivait : "Vous pouvez tuer un homme. Vous ne pouvez pas tuer une idée qui plonge ses racines dans la réalité sociale la plus profonde". Quarante ans plus tard, cet avertissement se confirme plus que jamais.

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samedi 6 octobre 2007

A 40 ans de la mort du Che...


"Un día pasaron preguntando a quien se debía avisar en caso de muerte y la posibilidad real del hecho nos golpeó a todos. Después supimos que era cierto, que en una revolución se triunfa o se muere, si es verdadera...”


"Un jour quelqu'un est venu demander qui fallait-il prévenir en cas de décès et la possibilité réelle du fait nous a tous frappé. Par la suite nous avons compris que c'était vrai, que dans une révolution on triomphe ou on meurt, si elle est véritable..."

Photo prise en 2001 à l’Université Nationale du Panama. Seb



Ils ont abattu l'homme, pas les idées

Le 08 octobre 1967, Ernesto Guevara de la Serna était fait prisonnier par l’armée bolivienne et la CIA dans la région du Río Grande, en Bolivie. Le lendemain, celui que l’histoire retiendra comme le “guerrillero heroico” est abattu dans une petite école du village de La Higuera, où il avait été détenu toute la nuit.

Quarante ans après sa disparition physique, les idées et l’exemple internationaliste du Che restent plus présents que jamais. En Amérique latine et au Venezuela en particulier, ses revendications sont d’une actualité brûlante.

Je publierai sur ce blog quelques articles, photos et liens d’ "actualité historique" en hommage au Comandante Guevara.

Hasta la victoria siempre !


Photo : Seb

Cortège de militants du Parti Communiste du Venezuela (PCV) lors d'une manifestation en 2006 à Caracas pour la célébration du 4 février 1992, date du coup d'Etat manqué de Chávez et des militaires du MBR 200 (Movimiento Bolivariano Revolucionario 200).


Retrouvez ces photos et bien d'autres sur :


Bolivie : L’assassin du Che retrouve la vue grâce... aux médecins cubains ! par Hector Arturo. Lire la suite...


Le corps du Che

Le Monde diplomatique, août 2005, par Richard Gott

Au matin du 8 octobre 1967, Ernesto Che Guevara et une dizaine de guérilleros sont encerclés par l’armée bolivienne à quelques kilomètres de La Higuera, petit village de Bolivie situé dans la précordillère andine. Capturé, le Che est exécuté le lendemain à La Higuera. Pour la première fois, trente-huit ans après l’événement, l’un des rares journalistes témoins de sa mort raconte en détail le moment où l’armée bolivienne, avec l’aide d’officiers américains et d’agents de la CIA, a transporté le corps du révolutionnaire d’origine argentine dans le village de Vallegrande, où des médecins ont "préparé" la dépouille mortelle du Che avant de la présenter aux médias du monde.

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samedi 15 septembre 2007

Réforme constitutionnelle et critique nécessaire

Cette semaine les dirigeants du parti Podemos (Pour une Démocratie sociale) ont fait un pas de plus vers l’opposition. Ou du moins le président Chávez leur a donné le petit coup d’épaule qui les a fait dépasser la ligne et sortir du terrain chaviste.

L’Assemblée nationale a approuvé, ce mardi 11 septembre, le projet de reforme constitutionnelle en seconde discussion (1). Mais une fois n’est pas coutume, le projet n’a obtenu "que" la majorité qualifiée.

Lors du débat en plénière, les députés sociaux-démocrates (Podemos a adhéré il y a quelques mois à l’Internationale socialiste, comme membre observateur) se sont opposés à la réforme sur plusieurs points.

On ne s’étonnera pas de leur position qui était prévisible et qui reflète la ligne qu’a maintenu ce parti depuis de nombreux mois. Ce qui interpelle, c’est la manière dont le M. Chávez a réagit à cette position "dissidente".

Dés le lendemain, il ratifiait la "désertion d’un nouveau groupe de députés". Le Président de la République a applaudi "la manière claire des députés authentiquement révolutionnaires à défendre la proposition" de réforme constitutionnelle. Et a critiqué d’autre part la façon "ambiguë" des autres, en affirmant qu’un "autre groupe de députés, comme cela était arrivé il y a quelques années avec un autre bloc, est passé dans l’opposition".

Je dis que cela interpelle car le président a déposé une "proposition" et non pas un projet fini. Il a d’ailleurs lui-même appelé à la critique. Le premier septembre, lors de la nomination des "comités de défense de la réforme constitutionnelle", Chávez affirmait que le débat sur la réforme devait être une "bataille d’idées".

"Je n’ai jamais demandé ni ne demanderai à personne un appui acritique, à aucune de mes propositions, à aucune proposition de notre gouvernement" déclarait-il alors.

Et invitait à la "pensée critique, réflexive, illuminée par la théorie, par le débat, car cela (ndlr : le projet de réforme) n’est ni ne prétend être parfait".

De quelle manière mène-t-on cette bataille d’idée aujourd’hui au sein du proceso si le seul parti qui proposait des modifications significatives est directement éjecté dans le camp de l’opposition ?

Tout en étant conscient de la ligne idéologique clairement réformiste et sociale-démocrate de Podemos, on peut cependant souligner que ce groupe de parlementaires a touché lors du débat des aspects qui méritaient d’être discutés.

Par exemple, à la désignation par l'Exécutif des autorités qui seront nommées à la tête des Territoires fédéraux, le député et secrétaire général de Podemos, Ismael García, proposait que ces nouvelles autorités soient élues par le vote populaire.

Pas de quoi aller à l’encontre du "pouvoir populaire" que cette réforme prétend approfondir !


Pour une critique de gauche

Dans l’hebdomadaire d’analyse et d’opinion TEMAS Venezuela publié ce vendredi 14 septembre, le journaliste José Roberto Duque mettait le doigt là où le proceso bolivarien se le fout dans l’œil. Le paragraphe vaut la peine d’être traduit tel quel :

"Il se révèle inconfortable et laborieux de critiquer le projet de réforme constitutionnelle. Non pas qu’on défende des postes ou privilèges que l’on n’a pas, ni qu’il existe une persécution formelle contre ceux qui ne suivent pas la ligne au pied de la lettre. Mais plutôt à cause d’une tendance naturelle au sein de la bureaucratie de l’Etat et également de certains secteurs du peuple chaviste, à considérer comme ennemi, antichaviste, ‘escuálido’ (2), tous ceux qui s’opposent à ce que dit le Président de la République".

"Il devient compliqué (et cela nous stimule à continuer d’essayer) de faire comprendre au peuple chaviste que l’on continue à être peuple, que l’on continue à être chaviste et que remettre en question Chávez à partir de notre position de gauche libertaire est une méthode qui vise à améliorer son projet et non pas à lui porter préjudice" soulignait l'auteur.

En effet, un des points sur lesquels, selon moi, le proceso fait fausse route, c’est de se nier à une véritable autocritique publique et ouverte ; non seulement du projet de réforme constitutionnelle mais également, d’une façon plus large, de sa gestion quotidienne.

Comme me le confiait en coulisses un des députés de l’Assemblée nationale (pourtant membre d’un des trois autres partis qui ont voté en faveur de la réforme) : "J’ai l’impression que les rencontres avec la population organisées par l’Assemblée nationale sur la réforme constitutionnelle sont plus des rencontres d’information que de débat. Informer sur un projet est une chose mais débattre et prendre en compte les propositions en est une autre".

Pour sa part, le représentant indigène et député du groupe Podemos, Arcadio Montiel, défendait la position de son parti en avertissant : "Prenons garde à ne pas croire que nous aidons le Président, quand ce que nous sommes en train de faire est d’adopter une attitude servile face au pays".

Les funambules

Ismael García jouait au funambule depuis longtemps, oscillant entre l’appui au proceso et la main tendue à l’opposition. Il savait que d’un moment à l’autre il basculerait dans le camp adverse, duquel il espère probablement prendre la tête.

Aujourd’hui le funambule est tombé et pourra désormais s’attacher à se construire une place au sein d’une opposition en mal d’idées, de leader et surtout en mal de représentation au parlement (la question pour lui sera de savoir si cette opposition l'accepte en son sein).

Cependant, au delà du fait de partager ses prises de position ou pas, il faut réaffirmer le besoin d'analyser, de critiquer la réforme et la nécessité d'écouter les propositions émanant des différents secteurs.
Mais il faut surtout réaffirmer et revendiquer le droit des révolutionnaires à critiquer de façon constructive ce projet de réforme au sein même du chavisme, sans pour autant être qualifié de contre-révolutionnaires ou de sympathisants de Podemos.

Notes :

(1) La troisième et dernière discussion devrait avoir lieu fin octobre.

(2) ‘Escuálido’ est une expression que les chavistes utilisent pour se référer à l’opposition. Selon la Real Academia Española le mot signifie quelque chose de maigre, mince, pâle...mais aussi sale, dégoûtant.

Remarque
Traduire et analyser les 33 articles concernés par la réforme constitutionnelle prendrait pas mal de temps. De plus, un texte intéressant et critique a déjà été publié à ce sujet sur le RISAL, sans pour autant reprendre textuellement les 33 points.

Pour plus de détails lire : "Constitutionnalisation du socialisme. Tous les pouvoirs au peuple… et à Chávez !"

mercredi 5 septembre 2007

Chávez, Uribe et la parapolitique colombienne

Photo : Seb

Ces dernières semaines, le président Chávez a fait irruption sur la scène internationale avec un thème qu’il avait jusqu’à présent très peu abordé, voire même franchement évité : le conflit colombien.

Il faut dire que le terrain est politiquement miné et que la moindre déclaration sur ce sujet pouvait lui valoir rapidement le qualificatif de "soutien au terrorisme", tant de la part de Bogota comme de Washington qui l’a déjà accusé d’être un allié des FARC.

Les médias européens se focalisent principalement sur l’Irak, l’Afghanistan et le Proche-Orient, laissant de côté de nombreux conflits dans le monde. Alors que ces guerres n’ont souvent d’"internes" que le nom. Le conflit colombien est de celles-là.

Ce pays sud-américain vit une véritable guerre civile depuis près de 50 ans. Mis à part les principaux groupes armés que sont les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, 17 000 hommes), l’Armée de Libération nationale (ELN, environ 5 000 hommes) et les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC, environ 13 000 hommes), la répression de l’Etat est féroce et des centaines de syndicalistes y sont assassinés chaque année (2 400 morts et disparus depuis 1991) (1).

Près d’un tiers du Congrès colombien est contrôlé par les paramilitaires. Dernièrement, plusieurs sénateurs ont été détenus par la justice pour relations étroites avec le paramilitarisme. La ministre des Relations extérieures avait démissionné en février dernier dans le cadre de la même affaire qui est désormais connue comme le "scandale de la parapolitique", dans lequel Uribe lui-même est soupçonné d’avoir baigné.

Les négociations entre le gouvernement et les FARC, principal groupe insurgé du pays, ont jusqu’à présent échoué. Alors que par ailleurs, des accords ont été conclus avec les paramilitaires et plusieurs centaines d’entre eux ont été "réhabilités" dans la vie civile.

Les atouts de Chávez

C’est donc dans ces conditions que le Comandante fait sont apparition dans le jeu de quilles. Fin juillet, la sénatrice colombienne Piedad Córdoba, avait appelé à plusieurs reprises le mandataire vénézuélien à s’impliquer dans la résolution du conflit et dans un échange de prisonniers entre le gouvernement et les FARC.

Selon la députée, alors de passage à Caracas, le Venezuela pourrait jouer un rôle décisif dans les négociations en vue d’un accord humanitaire (2). "Non seulement pour la proximité géographique mais également pour la crédibilité et le soutien dont jouit le gouvernement vénézuélien auprès d’un large secteur de la population colombienne" affirmait-elle.

Un autre élément est également à prendre en compte et ce n’est un secret pour personne, le président Chávez bénéficie d’une certaine sympathie des FARC qui partagent son idéal bolivarien.

Dans son édition de ce mardi, le journal d’opposition vénézuélien, El Nacional, cite d’ailleurs une phrase de Raúl Reyes, responsable international des FARC, qui qualifie le président Chávez de "leader de grande importance sur le continent".

Après avoir rencontré les familles des détenus, dont la mère d’Ingrid Bétancourt à Caracas, Hugo Chávez s’est entretenu durant plus de six heures, ce vendredi 31 août, avec son homologue colombien à Bogota.

Il compte également se réunir avec les familles des guérilleros détenus par l’Etat colombien et essaie maintenant d’obtenir une rencontre avec un représentant des FARC.

Dans le même article, El Nacional signale que Manuel Marulanda (alias Tirofijo), le plus haut dirigeant des FARC, pourrait accepter prochainement une rencontre au Palais présidentiel de Miraflores, à Caracas.

Plan Colombie et autres infiltrations

Quand je dis que le sujet est politiquement miné, la métaphore n’est pas de trop. Le Plan Colombie promu par Washington avec l’argument de lutter contre le trafic de drogue, ouvre une porte d’accès de plus de 2000 kilomètres sur le Venezuela (la taille de la frontière partagée entre les deux pays). Les incursions de paramilitaires y sont d’ailleurs fréquentes (3).

En mai 2004, 120 paramilitaires colombiens ont été capturés dans une propriété de El Hatillo, à une vingtaine de kilomètres de Caracas. Ils s’y entraînaient pour mener des actions violentes vêtus d’uniformes de l’armée vénézuélienne, dans le but de déstabiliser le pays et de faire tomber le gouvernement de Hugo Chávez.

Le premier septembre 2007, le Comandante en a gracié 41 d’entre eux et les a remis aux mains du gouvernement colombien. Cela peut s’interpréter comme un geste de bonne foi envers Alvaro Uribe, même si on peut douter du bien fondé de cette décision (4).

Selon l’agence de presse EFE, le ministre vénézuélien de la Défense, Gustavo Rangel, aurait confirmé cette idée en déclarant, lors de la remise des prisonniers à la Consule colombienne, que ce geste faisait partie des efforts de Chávez pour arriver à un échange de détenus entre le gouvernement Uribe et la guérilla des FARC.

Plus récemment, en juillet, les corps de deux militaires ont été retrouvés dans l’Etat de Zulia. D’après l’ex vice-président vénézuélien, José Vicente Rangel, il s’agissait de deux membres des services secrets colombiens, appartenant à la division de Santa Marta.

Sur l’un d’entre eux, une clé USB a été retrouvée. Elle contenait les noms, adresses et photos des députés vénézuéliens membres du Parlement latino-américain (Parlatino). Que faisaient ces deux hommes en dehors de leurs frontières et dans quel but détenaient-ils ces informations ? L’affaire n’a toujours pas été éclaircie.

Lors d’une réunion avec les membres du Parlatino, José Vicente Rangel a d’ailleurs estimé qu’il "existe une dangereuse tendance à la banalisation de la part du Venezuela. Et cela a empêché l’approfondissement des enquêtes sur ce genre de faits". Il a également alerté sur l’infiltration de membres des services de renseignements colombiens dans le pays.

Le 2 septembre, le même José Vicente Rangel a évoqué, lors de son programme dominical sur la chaîne privée Televen, la possible installation d’une nouvelle base militaire nord-américaine en Colombie. Elle serait censée remplacer l’actuelle base de Manta, en Equateur, qui sert de plate-forme de déploiement aux unités du Commando Sud (Southcom).

L’accord entre les Etats-Unis et l’Equateur prend fin en 2009 et le président Rafael Correa a déjà annoncé qu’il ne le renouvellerait pas. L’armée US cherche donc un nouveau point de chute pour ses soldats, l’occasion est rêvée pour se rapprocher du Venezuela (5).

Selon les affirmations de José Vicente Rangel, des patrouilles mixtes de militaires colombiens et étasuniens sillonneraient le secteur de Santa Rosa, dans le sud du département Bolívar, zone limitrophe avec le département d’Antioquia, afin d’étudier la capacité opérationnelle de la zone pour l’installation de cette nouvelle base.

Bref, si on ne peut que se féliciter de l’effort déployé (enfin diront certains) par le président Chávez pour arriver à un accord humanitaire entre les différentes parties, il ne faut cependant pas oublier la menace que fait peser l’ingérence nord-américaine dans la région, tant à travers le paramilitarisme que par l’intermédiaire de l’armée régulière colombienne et du Plan Colombie.

Il est clair que pour Chávez, aboutir à un accord entre les deux parties constituerait une victoire politique et diplomatique de taille au niveau international.

D’un point de vue interne également, les vénézuéliens et surtout ceux vivant dans la zone frontalière verraient d’un très bon œil l’apaisement du conflit voisin. Il en va de même pour les réfugiés colombiens présents au Venezuela.

Début août, le député José Albornoz rappelait d’ailleurs que le Venezuela compte environ quatre millions de colombiens vivant dans le pays (sur une population de 26 millions de vénézuéliens!).

"Quatre millions de colombiens qui travaillent sur notre territoire, qui sont nos voisins, qui partagent des amitiés avec nombre d’entre nous. La paix de la Colombie est la paix du Venezuela" soulignait-il.

Ah! Comme on aimerait entendre parler de la sorte nos dirigeants européens à propos de l’immigration…


Notes :

(1) Lire aussi : (B.) Pérez, "Ces syndicalistes assassinés qui hantent les transnationales", RISAL, juillet 2007.

(2) On parle pour l’instant de la libération de 400 à 500 guérilleros contre 47 personnes retenues par les FARC. Le journal Últimas Noticias précisait dans son édition du samedi 1er septembre : "10 civils dont l’ex sénatrice Ingrid Bétancourt, 3 collaborateurs étasuniens du Plan Colombie et 34 policiers et militaires capturés au combat".

(3) Lire aussi : (H.) Calvo Ospina, "Aux frontières du Plan Colombie", Le Monde diplomatique, février 2005.

(4) Du moins d’un point de vue éthique. Car si on l’analyse d’un point de vue tactique on peut en conclure que c’est bien joué, même si ça peut d’un moment à l’autre se retourner contre lui.

(5) A propos des bases militaires étasuniennes sur le continent, consulter l’infographie sur le site de TeleSur (en espagnol) : Bases militares de EE.UU. en Latinoamérica

jeudi 30 août 2007

Eric Toussaint : La Banque du Sud doit être indépendante des marchés de capitaux

Article publié sur le site du CADTM, le 24 août 2007

Photo : Seb
Eric Toussaint


Eric Toussaint est docteur en sciences politiques et président du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde - Belgique (CADTM). Il a travaillé conjointement avec le cabinet du ministère équatorien des Finances à la rédaction de la proposition de ce pays pour la construction de la Banque du Sud. Nous l'avons rencontré à Caracas afin de déchiffrer les intérêts en jeu dans le projet de création d’une Banque du Sud.

Caracas, 13 août 2007 (NOTISUR).- Où en est la construction de la Banque du Sud à l'heure actuelle?

Sept pays d’Amérique du Sud sont impliqués dans la création d’une Banque du Sud. En plus du Venezuela qui a lancé l'initiative, se sont ajoutés l'Argentine, la Bolivie, l'Equateur, le Brésil, le Paraguay, l'Uruguay (le Suriname et la Guyane pourraient les rejoindre prochainement). Pour l'Amérique du Sud, il manque seulement la Colombie, le Pérou et le Chili. Mais ces pays ne s'y joindront pas, bien que le Chili participe comme membre observateur aux réunions préparatoires. La Colombie et le Pérou ont des régimes directement opposés à celui de Chavez et sont des fidèles soutiens de la politique des Etats-Unis dans la région.

Il y a eu différentes réunions mais aucune date n'a été déterminée pour le moment. Il existe un accord de principe et la discussion tourne autour du volume de l'apport de chaque pays. Parce qu'il y a des différences importantes entre l'économie du Brésil comparée, par exemple, à celle du Paraguay ou à de l'Equateur.

Une chose importante va normalement se confirmer, c'est le principe d’ "un pays un vote", qui était encore en discussion il y a un mois. Mais ce n’est pas sûr car certains pays (dont le Brésil qui semble revenir à la charge) proposaient un vote proportionnel comme cela s'applique à la Banque mondiale (BM) ou au Fond monétaire international (FMI). Si les pays fondateurs adoptent le même mode de répartition des votes, la Banque du Sud ne représentera pas une alternative à ces institutions en terme de démocratie.

Sept pays se sont investis dans cette initiative, cependant les intérêts ne convergent pas toujours. Quels sont les intérêts en jeux?

L'économie de l'Amérique du Sud est clairement dominée en premier lieu par les multinationales du Nord et ensuite par le Brésil qui a, avec tous les pays que je viens de citer, un excédent commercial. C'est à dire qu'il exporte vers ces pays plus que ce qu'il en importe. Le Brésil n'est pas à l'initiative de la Banque du Sud parce qu'il n'a pas besoin d'une institution multilatérale continentale pour conforter sa puissance économique.

Tandis que le Venezuela, qui a un agenda volontariste d'intégration latino-américaine avec des critères politiques de gauche, veut le succès de la Banque du Sud. A chaque étape du processus de construction il essaie d'accélérer le rythme pour arriver à des accords.

Les petits pays (ce n'est pas péjoratif, il s’agit de la taille de leur économie), c'est à dire la Bolivie, l'Equateur, le Paraguay et maintenant l'Uruguay sont bien entendu intéressés par une banque multilatérale publique, capable de financer leurs projets de développement. Elle leur donnerait une marge de manœuvre face aux créanciers actuels que sont la Banque interaméricaine de Développement (BID), la Banque mondiale, le FMI et d'autres organismes. Ces pays recherchent une Banque du Sud.

Il y a donc différents intérêts. Le Brésil ne recherche pas de façon active la Banque du Sud mais se trouve engagé dans sa création parce que si cet organisme voit le jour, le Brésil ne pourrait en être absent, sous peine de perdre une partie du poids dominant qu'il détient dans la région.

Donc d'un côté, le Venezuela fait pression pour arriver à un résultat au moins avant la fin de l'année, tandis que de l'autre, le Brésil essaie de ralentir la création.

Vous dites que l'Equateur a une position plus avancée que le Venezuela dans les propositions. Pourquoi?

La position du Venezuela (ainsi que celle de l’Argentine) exprimée dans un texte datant de la fin mars 2007 faisait un diagnostic de la situation de l'Amérique latine proche de ce que pourrait écrire la Banque interaméricaine de développement (BID) ou la Banque mondiale. Le texte affirme que la raison fondamentale de la fragilité de l'Amérique latine est le faible développement des marchés de capitaux sur le continent.

Or cela n'est pas la cause des faiblesses et des problèmes économiques et sociaux de l'Amérique latine. Il faut parler du résultat de 30 années de politique neolibérale, des privatisations, de la perte de souveraineté, de l'ouverture économique démesurée et de plusieurs siècles de domination par les pays les plus industrialisés.

Il y a donc une différence. Le texte de l'Equateur fait un diagnostic plus radical et plus cohérent, y compris avec la position générale du Venezuela, la position de Hugo Chavez par rapport à l'intégration latino-américaine.

L'autre point est que les Vénézuéliens qui participent à l'élaboration de la Banque du Sud défendent une position selon laquelle cette banque devrait avoir un statut d'institution internationale pratiquement de la même nature que la BID, la Banque mondiale ou le FMI. Et cela "pour se protéger contre les gouvernements de droite, en cas de virage à droite".

Ils parlent alors d'immunité des hauts fonctionnaires, d'inviolabilité des archives. Ces points son communs avec la BID la BM et le FMI. La position de l'Equateur dit que les hauts fonctionnaires de l'institution doivent être justiciables. En cas de délit ils sont responsables de leurs actes.

Les hauts fonctionnaires de la Banque du Sud qui sont responsables de projets qui se révèlent être dommageables pour la population ou pour l'environnement, parce que se sont des méga-projets pour lesquels on n'a pas étudié les conséquences sociales ou environnementales, doivent évidemment être responsables de leurs actes. Si ce n’est pas le cas, on favorise l'irresponsabilité.

Et c'est exactement ce qui se passe avec la BID ou la BM qui appuient quantités de projets qui se révèlent néfastes. Or les responsables de celles-ci n'ont jamais de comptes à rendre, ils ne sont pas responsables devant la justice.

Un autre point est que l'Equateur demande que les archives fassent partie du domaine public afin de pouvoir faire un audit externe sur les comptes de la future institution.

J'espère et je pense que le Venezuela va avancer, j'imagine qu'avec la conduite de Hugo Chávez. Parce que je pense qu'il n'y a pas de doute sur le fait qu'il cherche à favoriser la construction de solutions réellement alternatives et démocratiques au niveau régional. Ces problèmes doivent être dépassés.

Peut-on imaginer une Banque du Sud comme une "anti-banque", une banque alternative?

Pour moi la Banque du Sud pourrait réellement être une alternative. Dans quel sens? Par exemple en ne finançant pas ses projets en s'endettant sur les marchés de capitaux.

Quand un pays ou une institution financière finance ses activités via les marchés de capitaux, il existe des agences de cotation de risque qui analysent et donnent une cotation. Elles créent alors une sorte de dictature des marchés financiers sur cette institution.

Si l'organisme en question s'implique dans des projets sociaux par exemple, les marchés vont estimer qu'ils ne sont pas rentables et vont exiger une rémunération beaucoup plus élevée. L'institution représente alors un risque pour les marchés parce qu'elle ne suit pas la logique capitaliste du profit maximum. Les marchés exigent des lors des primes élevées.

Pour être réellement alternatif il faudrait être indépendant des marchés. Cela implique de solliciter des prêts aux Etats membres et de se financier par des impôts globaux régionaux, par exemple par une taxe sur les marchés de devises, du genre taxe Tobin.

On pourrait y ajouter un impôt régional sur les multinationales qui rapatrient leurs bénéfices vers la maison mère à l'étranger, en dehors de la région, afin de décourager le rapatriement de bénéfices et de stimuler les investissements dans la région.

Un autre type de taxe pourrait servir à défendre l'environnement par exemple, contre les entreprises polluantes.

Un autre élément d'alternative est qu'une banque publique du Sud pourrait non seulement faire des prêts mais également des dons. Il existe des banques publiques qui font des dons.

Evidemment, il existe des projets absolument nécessaires mais qui ne sont pas rentables au niveau économique. Développer un système de santé gratuit ou une université du Sud gratuite, cela ne va pas générer de bénéfices. Et donc il est logique qu'une Banque du Sud fasse des dons si cela se justifie du point de vue de l'intérêt social.

Le Venezuela a annoncé sa sortie, bien qu'elle ne soit pas encore concrétisée, de la Banque mondiale et du FMI. Que pensez-vous de cette décision?

C'est une excellente décision. En avant!

La Banque du Sud pourrait-elle remplacer ces institutions dans la région?

Bien sûr, si les pays de la région créent une Banque du Sud suffisamment forte. A ce niveau, le Venezuela a tout à fait raison de vouloir une Banque du Sud avec une grande capacité financière et pas simplement quelque chose de symbolique. Avec une Banque du Sud forte, les pays n'auront plus besoin de prêts de la Banque mondiale, de la BID ou du FMI. Ils pourront eux aussi sortir de ces institutions qui sont totalement anti-démocratiques.

Dans le cadre d'une architecture financière alternative, l'idée est de remplacer la BM, le FMI et les banques régionales comme la BID, la Banque africaine de Développement ou la Banque asiatique de Développement par des institutions régionales démocratiques.

Source : Agence de presse Notisur - http://www.notisur.net/

Traduction : la voix du sud


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